‹ L'ItalieChapitre 139 sur 196 · L'ÉTAT N'EST PAS RATIONALISTE · texte numérisé non relu

L'ÉTAT N'EST PAS RATIONALISTE

tières religieuses ; il s abstient donc, non parce qu'il est indifférent^ mais parce qu'il est incompétent.

L'État n'est pas rationaliste. Le rationalisme consiste, non pas précisément à nier le sentiment religieux, mais à croire que l'homme possède en luimême la puissance de satisfaire toutes les aspirations et tous les besoins de son âme, sans le secours de la révélation ou de tout autre moyen surnaturel. Transportez cette notion dans le gouvernement d'un peuple : l'État sera rationaliste s'il affirme que Dieu n'a pas établi sur la terre d'autre pouvoir que les pouvoii*s humains ; de même qu'un philosophe rationaliste n'accepte aucun médiateur inspiré entre son esprit et la vérité qu'il veut connaître, et s'institue son seul maître et son seul guide, de même un peuple rationaliste, après avoir rejeté toute autorité religieuse supérieure à celle de l'homme, niera toute souveraineté distincte de la sienne ; il voudra, dans son omnipotence, tout régler par l'organe de l'Étal, intérêts de la terre, intérêts du ciel; à côté des lois civiles et politiques, il fabriquera une religion nationale. Le gouvernement révolutionnaire, en fondant le culte de la raison, était le véritable modèle d'un État rationaliste.

Mais cette manière de concevoir le rôle de l'État n'a rien de commun avec le droit nouveau. La charte de 1830 et la constitution de 1848 ont fait à TÉtat une position toute contraire à celle des gouvernements rationalistes, puisqu'elles déclarent, au moins dans

L'ÉTAT N'EST PAS ATHÉE. 28î>

leur esprit, que TÉtat, pouvoir humain, chargé seulement de régler les relations temporelles des hommes, est incompétent dans le domaine religieux.

L'État n'est pas athée. L'athéisme est une négation ; la négation suppose une délibération antérieure et la" possibilité de faire un choix ; elle suppose que la chose affirmée ou niée peut et doit être un objet de connaissance pour celui qui délibère. Or, l'État se borne à déclarer l'élément religieux en dehors de ses attributions ; il ne nie rien, il n'affirme rien, parce qu'il n'a le droit ni de nier ni d'affirmer ; il ignore, parce qu'il est dans sa nature de s'abstenir. Les dépositaires de la puissance publique, les princes, s'il s'agit d'une monarchie, le président ou les consuls, ou les directeurs, s'il s'agit d'une république, ainsi que tous les fonctionnaires publics, ainsi que tous les citoyens, pourront, comme individus, professer la religion qu'il leur conviendra, ou n'en professer aucune; ils pourront se dire catholiques, luthériens, rationalistes, indifférents ou athées; mais l'État, être moral, organe de la société temporelle^ n'a pas d'autre rôle, en fait de religion, que de rester dans son incompétence.

On peut se faire une idée nette de cette incompétence religieuse de l'Etat par les analogies les plus vulgaires : voilà une réunion d'hommes qui se forme pour un objet déterminé, pour une entreprise commerciale ou industrielle, par exemple. Les membres de cette société peuvent individuellement professer tous la même religion, ou bien offrir la plus grande

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