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LA RÉVOLUTION POLITIQUE

pour Tesprit humain : devant tous les antiques pouvoirs de droit divin, elle a affirmé le droit naturel du corps social. Elle a affirmé que, dans sa vie temporelle, rhumanité se suffit à elle-même; qu'elle porte dans ses traditions, gravées en caractères indestructibles, si obscurcis qu'ils soient par la rouille des siècles, les vraies lois de la morale sociale ; que le progrès, pour chaque nation, consiste à dégager de plus en plus ces lois d'éternelle justice, et à les faire passer dans ses mœurs et dans sa constitution; que, dans ce travail qu'elles opèrent sur leurs propres destinées par un mouvement ascensionnel, les nations sont souveraines et indépendantes de toute autorité qui se prétendrait providentiellement chargée de les diriger dans leurs voies.

Ainsi, la révolution a restitué à l'humanité ses titres primitifs et inaliénables.

Mais en même temps (et c'est là, nous l'avons dit, son caractère essentiel), elle a posé une limite où le droit social s'arrête devant la conscience de Thomme.

La révolution française, comme la révolution cartésienne, a donc deux grandes faces : En tant qu'elle proclame la souveraineté du corps social, elle est la réhabilitation de l'humanité, Témancipation des peuples de toute tutelle usurpatrice. En tant qu'elle distingue l'ordre naturel, où se meut cette puissance humaine, de l'ordre supérieur où la conscience de chacun est hors de toute atteinte, elle est la suprême expression de la révolution chrétienne; elle est l'ac^

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complissement des grandes promesses du libérateur.

A ce point de vue, ce régime de la liberté qui repose sur les deux principes fondamentaux : la souveraineté nationale, Tincompétence religieuse de cette autorité sociale, nous avons eu le droit de l'appeler le régime de la démocratie chrétienne^.

Que Ton comprenne bien notre pensée : Tout ce que nous venons d'exposer du droit de la raison dans le domaine qui lui est propre, de la souveraineté du corps social, de son incompétence religieuse, montre assez que quand nous parlons de démocratie chrétienne^ nous n'entendons pas dire que les principes démocratiques de la société moderne découlent des dogmes religieux du christianisme conune la conséquence découle du principe qui la contient.

C'est le contraire qui résulte de ce qui précède : Dire que la souveraineté politique procède, dans le domaine social, comme la raison humaine procède dans le domaine des vérités philosophiques de Tordre naturel, selon le système de Descartes, c'est dire que nous ne faisons intervenir aucun dogme révélé dans l'œuvre tout humaine de l'organisation sociale. Seulement, nous disons que le christianisme, en affranchissant l'homme, en rétablissant ses vrais rapports avec Dieu, et lui donnant de nouveaux moyens de perfectionnement moral. Ta mis dans de meilleures conditions pour faire un bon usage de ses facultés natu-

* Kous l'avons fait au baiTeau, dans VÈre nouvelle, à la tribune des deux assemblées républicaines.

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relies, pour trouver, comme être pensant, les vérités que sa raison peut atteindre, comme citoyen, les principes fondamentaux de toute société, et en déduire les institutions politiques les plus propres à les réaliser.

Aussi, bien qu*il soit vrai que les hommes, en réglant leurs destinées sociales, se meuvent dans un domaine où le surnaturel n'a rien à faire, où la raison humaine marche indépendante sans emprunter son point de départ à aucun dogme religieux, il n'en est pas moins vrai qu'en fait les croyances religieuses d'un peuple ont une action inévitable et profonde sur ses mœurs, sur sa législation, en un mot, sur son état social.

A ce ccmipte, le christianisme a exercé une influence immense sur tout le mouvement de la civilisation, en jetant une plus vive lumière sur les vérités naturelles qui sont la base des sociétés, en revendiquant les droits de la conscience en face des pouvoirs humains, en maintenant la distinction entre les choses du domaine politique et les choses du domaine religieux, distinction qui devait conduire à la séparation, et enfin à la notion supérieure de la liberté.

Nous n'exagérons donc rien en disant que la civilisation moderne est fille du christianisme, et en appelant le régime qui en est Texpression suprême la démocratie chrétienne.

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