RÉACTION CONTRE U FRANCE
leur propre délivrance, s'ils avaient accueilli son représentant Bonaparte comme un sauveur, les résultats de rinvasion n'avaient pas tardé à refouler ces sympathies.
Tout en déplorant ce mouvement de réaction conlre la France, on ne se l'explique que trop au souvenir de ce protectorat transformé en oppression. Bonaparte était arrivé avec des paroles pleines de magnifiques promesses, et le prestige dont Tentouraient ses éclatantes victoires lui eût rendu facile le rôle d'un libérateur; mais il traita l'Italie comme l'eût fait un conquérant vulgaire; après l'avoir lui-même accablée de laxes et dépouillée de ses musées, il l'abandonna à la rapacité de ses généraux et des commissaires du directoire, qui mirent au pillage les caisses municipales, les monts de piété, les monastères, les églises.
Bientôt, un acte à jamais déplorable, l'iniquité de flampo-Formio, apprit aux Italiens quelle foi ils pouvaient avoir dans les paroles de Bonaparte : Venise qui, 5eule avec Gênes, avait osé manifester au début des sympathies pour la révolution française, fut perfidement livrée à l'Autriche, contre le vœu du directoire J
Après la victoire de Marengo , le premier consul sembla devoir être le bon génie de l'Italie. 11 fondala république italienne^ à peu près sur les mêmes bases que la constitution consulaire; et deux années de ce régime suffirent pour donner une vive impulsion à toutes les forces morales et matérielles de ce pays.
Mais l'Empereur s'empressa de ruiner Tœuvre du premier Consul ; la création du royaume cV Italie mit
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en évidence ses vues ambitieuses , et tous les doutes cessèrent quand les États italiens et Rome elle-même furent déclarés de simples provinces du nouvel Empire. Le prétendu héritier de César et de Charlemagne enlevait Rome à Tltalie, sans lui rendre son antique suprématie. A partir de ce jour, pour régner sur la Péninsule, il dut la traiter en autocrate.
Faut-il s'étonner que ces événements aient excité les ressentiments des patriotes contre la France, et que le parti des misogalli ait entraîné toute la jeunesse indépendante? Ces patriotes, la plupart hostiles au clergé romain et par là nouveaux gibelins, en reniant la France révolutionnaire, donnèrent à leur politique un caractère étroit, exclusif et violent. En haine du catholicisme, ils dépouillèrent Tidée nationale de ces hautes conceptions qui Tidentifiaient avec les destinées religieuses de l'humanité . En haine de la révolution française, ils séparèrent leur cause de l'œuvre cosmopolite de cette révolution, qui est la même que celle du christianisme.
Oubliant ainsi la mission universelle de Tltalie, qui est liée au problème de sa nationalité, ils s'enfermèrent dans un patriotisme ardent, passionné, mais tout païen par ses défiances et ses antipathies presque barbares.