LA PAPAUTÉ DÉSARMÉE
son glaive matériel qui pourra servir de défense au chef de TÉglise, et que toutes les difficultés que l'on prévoit dans Thypothèse d'un conflit entre un gouvernement et le saint-siége dépouillé de son royaume, seraient absolument les mêmes, le pape restant prince temporel.
Supposez, dans ce dernier cas, qu'il plaise aux princes voisins de TÉtat ecclésiastique, ou à des gouvernements plus éloignés, d'empêcher Fintroduction dans leurs États de quelque décret du saint-siége, ou de gêner les rapports des évoques avec le chef de l'Église ; supposez, ce qui s'est vu, que quelque prince, enivré de sa propre grandeur, mette la main sur la personne du saint-père, sera-ce son royaume qui protégera le souverain pontife, et la force de son armée qui imposera à ses ennemis? Non, il ne pourra s'appuyer, outre son droit, que sur la conscience publique de l'Europe.
Eh bien, on peut être certain que l'opinion publique sera surtout disposée à protéger le chef de l'Église, à refouler par la réprobation universelle les tentatives des princes qui abuseraient envers lui de la force, lorsque le pape, simple chef spirituel, se présentera désarmé devant leurs attaques. Un trône, si petit qu'il soit, une épée même dérisoire, suffisent pour enlever au souverain pontife l'intérêt et la protection morale du monde civilisé : « Il est l'un des princes de la terre ; qu ilse protège lui-même» dit la conscience publique, qu'il se défende par cette position temporelle qu'il n'a