INGRATITUDE DU CLERGÉ
nous acceptons l'alliance proposée. » Évidemment vous vous êtes laissé envahir, ainsi que je le disais, par les terreurs communes. (Rumeurs diverses à droite.)
M. Parisis. J'ai cru au péril, mais je ne Tai pas craint.
M. Arnaud (de l AriIge). Vous Tavez craint, puisque vous voulez mettre tous les moyens en œuvre pour le conjurer ; sans cela, vous vous seriez confiés à la liberté; vous n'auriez pas demandé d'autres moyens que ceux que vous demandiez sous la monarchie, quand vous arboriez le drapeau de la liberté et que vous entraîniez à votre suite toute cette légion de cœurs dévoués, comme je le disais tout à Theure.
Ainsi donc, vous aussi, ministres de Dieu, vous vous êtes tellement défiés du peuple, que vous avez cru indispensable, pour vous défendre contre lui, d'opérer cette alliance funeste. (Nouvelles rumeurs à droite et au banc de la commission.) Ah! permettezmoi de vous le dire, vous avez été bien oublieux, et peut-être aussi bien ingrats : bien oublieux, car enfin nous sommes à peine au lendemain de cette révolution qui s'est signalée par sa mansuétude, par sa générosité, par son respect pour la religion.
A gauche. C'est vrai! c'est vrai!
M. Arnaud (del'Ariége). Bien ingrats! car ce peuple contre lequel vous manifestez ces défiances, et que vous outragez par ces terreurs... (Vives interruptions et dénégations au banc de la commission.)
INGRATITUDE OU CLBHGÉ. 371
A gauche. C'est vrai. — Très-bien! très-bien I
M. DE MoNTALEMBERT, Défiance eontre un parti et non pas contre le peuple.
M. Parisis. Je n'ai exprimé aucune défiance.
M. Arnaud (de l'Ariége). Il ne s'agit pas ici, remarquez-le bien, d'aller scruter vos intentions. Le langage de rhonorable évéque de Langres, tout le monde le sait, a été à la tribune plein de noblesse et de dignité; ce n'est pas lui que je viens attaquer^ c'est la loi. N'est-il pas vrai que c'est une loi de défiance? N'est-il pas vrai qu'on vous a fait appel et que vous avez répondu précisément parce que vous croyiez à un danger immense? Et ce danger, d'où vient-il si ce n'est du peuple I je vous le demande (Exclamations à droite.)
M. LE Président. De ceux qui trompent le peuple et non pas du peuple.
M. DE MoNTALEMBERTi. C'est dc Yous ct dc VOS amis.
Voix à gauche. Très-bien! continuez! Vous rendez un grand service au pays et à l'Église.
M. DE TiNGUT. Ce n'est pas le peuple qu'on craint, ce sont les empoisonneurs du peuple.
M. Arnaud (de l'Ariége). Oui, vous avez raison d'être contre les empoisonneurs du peuple; oui, vous avez raison de vous concerter pour éloigner du peuple toutes les fausses doctrines, toutes les pernicieuses théories; mais cette œuvre vous deve? l'accomplir par la liberté, et vous savez bien que, lorsque vous vous présentez librement et avec confiance devant le peuple,
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il n'est pas sourd à \olre parole. C'est pour cela que je me permettais de dire tout à Theure aux ministres de Dieu : Vous avez été ingrats en témoignant ces défiances vis-à-vis du peuple, en croyant que, pour user de votre influence sur le peuple, vous aviez besoin de tendre la main aux puissances temporelles. (Approbation à gauche.)
M. Parisis. Je ne l'ai pas demandée, je Tai acceptée.
M. Arnaud (dg l'Ariége). J*ai dit que vous aviez été ingrats, parce qu'au milieu des tourmentes révolutionnaires, le peuple s'est pieusement agenouillé sous vos bénédictions. (Assentiment prolongé à gauche.)
Voix diverses à droite. Il y a peuple et peuple. Qu'est-ce donc que le peuple? C'est tout le monde.
M. Arnaud (de l'Ariége). Je suis vraiment désolé d'avoir contristé le cœur du pieux pontife ; mon regret est sincère ; mais, en vérité, je ci'oyais avoir le droit, au nom de la démocratie, au nom de l'Église, que je crois compromise dans cette alliance, j'avais le droit et le devoir de signaler les dangers de cette loi : c'était le but de mes paroles. Mais, pour répondre aux interruptions de quelques-uns de mes honorables collègues, je vous supplie de ne pas déplacer la question.
Assurément, je suis persuadé, comme eux, qu'il faut que la religion intervienne dans toutes nos luttes sociales, qu'elle soit présentée au peuple comme un préservatif contre toutes les fausses doctrines qui peuvent l'envahir.