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LA RÉVOLUTION CHRÉTIENNE

que soit leur caractère, quelle que soit leur origiae, n'ont pas le droit d'employer des moyens matériels pour opprimer votre conscience; » après avoir opéré cette émancipation, vous allez dire à l'individu : «c Désormais vous appartenez à TÉtat, vous retombez tout entier sous son pouvoir, malgré votre dignité, malgré votre émancipation, dont le germe avait été déposé au sein des sociétés par le christianisme...)» Yoilàquel était le langage des révolutionnaires rationalistes.

Ainsi, dès l'origine, vous avez deux sens opposés : D'un côté vous avez ce que j'appelle la révolution chrétiennCy c'est-à-dire la révolution libérale qui veut reconstituer la personnalité humaine dans tous ses droits, dans toute sa dignité, dans toute sa grandeur, qui veut la soustraire à la domination de toute puissance despotique; et, de l'autre côté, il y a les révolutionnaires rationalistes^ qui, après avoir affirmé que la raison humaine se suffit pour atteindre les vérités de l'ordre surnaturel, pour résoudre tous les problèmes, même ceux de la philosophie la plus profonde, de la métaphysique, de la théologie, ont aussi affirmé que le pouvoir humain a reçu mission de s'occuper de tout ce qui constitue la destinée humaine, de résoudre tous les problèmes et de faire un culte absolument comme il ferait une organisation temporelle.

Cette distinction, messieurs, ne s'est pas arrêtée à l'origine de la révolution; vous la retrouverez encore dans le socialisme.

' Le socialisme aussi se divise en deux camps : il y a

LE SOCULISÏE CHRÉTIEN. 385

le socialisme chrétien, si je puis le dire, et le socialisme raHondisie ou le socialisme paien.

Le socialisme chrétien, après avoir posé les problèmes sociaux, après avoir affirmé qu'il y a des progrès à faire dans les relations industrielles, qu'il y a des améliorations à opérer dans le sort des classes souffrantes, dit : Nous faisons appel à la liberté, nous prétendons n'avoir aucun droit sur l'individu, nous ne voulons pas absorber tout l'individu dans l'État.

Le socialisme rationaliste ou despotique, ou païen, consiste à dire : Nous voulons nous emparer de Tindividu; il est à nous, il nous appartient; nous possédons des moyens d'organisation sociale que nous avons fabriqués dans notre imagination, nous voulons les imposer despotiquement, et tous les citoyens seront obli*» gés de s'y soumettre.

Voilà, messieurs, la distinction, la grande distinction <iui existe entre le socialisme chrétien et le socialisme païen.

M. Versig?«y. — C'est le socialisme de la politique actuelle.

M. Arnaud (de l'Ariége). — Eh bien, c'est parce que ces deux côtés de la révolution n'ont pas été bien dégagés dès Torigine qu'il en est résulté des malentendus, que dans tous les régimes que nous avons traversés se trouvent des contradictions perpétuelles. D'une part, vous voyez le principe de la liberté de conscience proclamé; de l'autre, par exemple dans la charte de 1814, le principe de la religion de l'État, qui

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