LE PAPE ET L'ANTIPAPE. M
Robert de Genève frapper de stupeur, par ses fureurs homicides, les plus féroces chefs de bandes.
Urbain VI, de mœurs moins relâchées, montra dès le premier jour une humeur si impérieuse et si hautaine, tant de roideur envers ses partisans et tant dé dureté envers ses adversaires, qu'il finit par décourager ses plus fidèles alliés.
Avec de la modération et de la prudence, Urbain eût assurément pu dominer la situation et triompher du mauvais vouloir des cardinaux rebelles. A la première menace d'un schisme, Tltatie presque tout entière s'était prononcée pour la cause du premier élu. Florence, prête à engager la lutte contre le saintsiège au moment où la mort frappa Grégoire XI, oublia ses ressentiments quand elle vit, non plus la personne d'un pape sérieusement menacée, mais la papauté elle-même. Et la cité guelfe ne fut pas la seule à prêter assistance au saint-siège.
Pour rifalie orthodoxe, tout intérêt de parti disparaissait devant le grand intérêt de l'unité de TËglise en péril. Le mouvement qui la poussa vers Urbain YI fut unanime. La reine Jeanne de Naples, qui d'abord lui avait offert ses trésors et ses soldats, ayant ensuite pris parti pour son compétiteur, ses sujets se soulevèrent et chassèrent du royaume Clément VII à qui elle avait donné asile.
Urbain VI ne sut profiter de ce mouvement spontané des populations ni pour sa propre cause ni pour la cause italienne. On eût dit que la papauté n'était
rentrée en Italie que pour Tentralner dans sa chute. Elle ne sut ou ne voulut ni favoriser les révolutions démocratiques qui s'opéraient dans les principales cités, ni laisser sortir Tunification de Taccroissement de quelqu'un des grands Ëtats.
Assez occupé de sa lutte avec Fantipape, Urbain ne s'inquiétait guère des grandes idées qui, dans les siècles précédents, avaient divisé en deux sectes et si vivement passionné les peuples italiens. D'ailleurs, depuis que le pape et l'empereur avaient cessé d'avoir une part aussi directe et aussi générale dans les affaire^ de la Péninsule, les querelles s'y étaient localisées, tout en perdant ce caractère tranché qui autrefois avait distingué les deux sectes. Il serait difficile de dire maintenant pourquoi ce parti garde le nom de guelfe, pourquoi le parti opposé s'appelle gibelin.
' Quoi qu'il en soit, sous ces dénominations traditionnelles, des mouvements divers agitaient le sein des cités sur lesquelles ne pesait pas encore un gouvernement despotique. Florence, la plus libre de toutes, profita du répit que lui donnait sa réconciliation momentanée avec le saint -siège, pour se replier sur elle-même. C'est en ce moment qu'elle accomplit sa révolution démocratique des Ciumpi, où l'on voit entrer en scène la célèbre famille des Médicis qui devait l'illustrer mais l'asservir.
Sylvestre Médicis, du parti gibelin, appartenait aux
Arts mineurs qui souffraient de Tétat de subordination où les tenaient les Arts majeurs. Nommé goufalonier, il eut recours à Fémeute pour forcer la seigneurie à augmenter la part faite aux Arts mineurs dans le gouvernement. Selon l'usage invariable des ambitieux, Médicis, une fois son but personnel atteint, c'est-à-dire une fois sa position officielle agrandie et sa prépondéranee dans la seigneurie assurée, aurait voulu contenir le mouvement révolutionnaire dans une mesure raisonnable. Mais il fut débordé.
Pour réussir, il avait dû s*appuyer sur la plèbe, sur cette partie de la population, appelée les Ciumpi, qui, sans être organisée en corps de métiers, se rattachait, selon la nature de ses travaux, à quelqu*un des Arts majeurs ou des Arts mineurs. Les Ciumpi ne déposèrent pas les armes au gré des riches bourgeois qui les avaient soulevés ; ils ne se contentèrent même pas d'obtenir une part dans les conseils de la république ; ils menaçaient de tout envahir, et Dieu sait à quels désordres eussent entraîné leurs exigences, sans le bon sens et Tintrépide fermeté de leur chef, le cardeur de laine Michel Lando, qui mit un terme à Fémeute et rétablit pour un moment le règne des lois.
Tandis que ces événements s'accomplissaient à Florence, Venise et Gênes, pour qui les affaires de la Péninsule étaient d'un intérêt secondaire, se disputaient avec acharnement Tempire des mers. Nous n'avons pas à raconter les alternatives de cette lutte, glorieuse pour les armes des deux républiques, mais