‹ L'ItalieChapitre 32 sur 196 · POLITIQUE D'URBAIN VI · texte numérisé non relu

POLITIQUE D'URBAIN VI

dont le résultat définitif fut de les affaiblir l'une et Tautre, surtout Gênes dont les désastres étaient toujours aggravés par ses discordes civiles.

La seigneurie de Milan attendait son heure. Suffisamment protégée par retendue de ses domaines, elle devait profiter de Taffaiblissement des cités rivales et des fautes de la cour pontificale. Elle laissait Venise et Gènes s'épuiser en sacrifices inutiles, le pape se déconsidérer par son orgueil et ses violences, en même temps que le royaume de Naples était réduit à Timpuissance par la dépravation et le despotisme de ses princes.

Nous Tavons dit, c'est du côté de ce royaume que se porta tout TelTort de la cour romaine. L'impudique Jeanne avait pris parti pour Clément VIL Elle adopta comme successeur à sa couronne un prince français, Louis d'Anjou, frère du roi Charles V. Urbain VI se hâta d'appeler de Hongrie le cousin de Jeanne, Charles de Duras, héritier présomptif du trône des Deux-Siciles. Il espérait que la reconnaissance jointe à la politique ferait de ce prince un serviteur dévoué au saint-siége. Il avait pris du reste ses précautions en l'investissant de la couronne de Naples : il s'était réservé pour un de ses neveux la principauté de Capoue et d'autres seigneuries \

Mais il ne tarda pas à s'apercevoir qu'il avait intro-

« F.deCherrier, t. IH, p. 344

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duiten Italie un ambitieux dont les projets n'embrassaient rien moins que la Péninsule tout entière. Charles se défit de Jeanne par un crime et prit vis-à-vis du pape l'attitude d'un prince qui n'entend pas se laisser dominer. En même temps, il intervient dans les affaires de l'Italie ; il renverse, à Florence, le gouvernement démocratique issu de la révolution des Ciumpi.

Urbain, effrayé des progrès de cette puissance, se mit en mesure de résister. Était-ce donc pour lui livrer l'Italie, qu'il avait déposé Jeanne, publié contre elle une croisade, demandé une contribution à l'Angleterre, aliéné à prix d'or des possessions de l'Église et battu monnaie avec les vases sacrés? Si précaire que fût la position du trône pontifical coupé en deux, Urbain ne pouvait sans déshonneur laisser le champ libre à la conquête du nouveau roi de Naples.

Le saint-siége était obligé par toutes ses traditions de s'opposer alternativement au flot venant du midi et au flot venant du nord. Nous l'avons dit vingt fois» l'État pontifical ne pouvait subsister qu'en se tenant dans une sorte d'équilibre entre les deux parties extrêmes de la Péninsule, par conséquent en affaiblissant successivement l'une et l'autre. Urbain acceptait Charles de Duras comme son protégé et son vassal ; il devenait son ennemi implacable, dès que ce prince voulait sortir des limites de son royaume.

Mais son emportement envers le roi et ses cruautés envers les cardinaux qui le trahissaient^ ne pouvaient

^ « Urbain, serré de près dans le château de Nocera, découvril un

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suppléer aux forces réelles qui lui manquaient. Il fui obligé de se réfugier chez les Génois qui le délivrèrent des poursuites de Charles.. De Gènes, où sa hauteur ne tarda pas à le brouiller avec le doge, il se retira à Pérouse. Bientôt encore chassé de cette ville par une émeute, il regagna Rome où il mourut le 18 octobre 1589.

L'action de ce pontife en Italie n'avait servi qu'à faire descendre la papauté d'un degré de plus aux yeux des peuples. Aussi peu favorable aux libertés locales qu'à l'unification nationale, il laissa son protégé Charles de Duras comprimer la révolution dans Florence, puis se tourna contre lui, quand ce prince voulut faire de l'Italie un seul royaume. En cela, la fortune plus que les efforts d'Urbain VI servit la politique du saint-siège : la mort coupa court aux projets de Charles de Duras.

Après lui, le royaume de Naples, disputé entre son fils Ladislas et le fils de Louis d'Anjou, était tombé dans un tel état d'anarchie et de dissolution, qu'il demeura longtemps sans la moindre action sur le reste de la Péninsule.

complot ourdi contre sa personne par six cardinaux qui ne pouvaient supporter ses \iolences. Us subirent la torture en présence du pontife qui, pendant qu'ils étaient sur le chevalet, lisait tranquillement son bréviaire. Cinq d'entre eux moururent étranglés. » De Cherrier, t. III, p. 345.

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g 2. — La seifirneurie de Milan (1385 à 1400).

En vertu de ce mouvement oscillatoire que nous avons vu donner alternativement la prépondérance au midi et au nord de Tltalie, Naples étant réduite à Fimpuissance, le rôle capital allait appartenir à Milan. Le moment semble enfin venu où la maison des Yisconti va atteindre le but si laborieusement poursuivi. Tous les obstacles sont tombés autour d'elle :

Rome, déchirée par les factions, est désarmée devant la conquête : le nouveau pape Boniface IX y est sans pouvoir ; les États de TÉglise, un moment restitués au saint-siége par le cardinal Albornoz, sont de nouveau tombés dans les mains de petits seigneurs ou plutôt de brigands divisés entre eux et incapables de résister aux armes ou à For dés Visconti.

Venise, réduite à peu près à ses lagunes depuis la guerre de la Chiozza, ne pouvait protéger les seigneurs ses voisins contre Tambition de leur puissant rival.

Gênes, paralysée par ses guerres civiles toujours renaissantes, ne put se sauver du seigneur de Milan qu'en se donnant au roi de France.

Florence seule fut assez forte pour défendre son indépendance, pas assez pour attaquer hors de ses murs l'ambitieux tyran qui convoitait Tltalie, et pour organiser contre lui la résistance générale.

Jean Galéas put donc s'avancer en tous sens près-

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