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A QUI PROFITE L'ÉCHEC DE MILAN

verselle ne sera livrée ni à un lyran victorieux, ni même à Tltalie, tant que TÉglise n'aura pas renoncé à en faire la base matérielle de son organisation et le gage de son indépendance.

Mais à qui profitera cet écrasement de la domination milanaise? Ces républiques qui ont mieux aimé briser entre elles tout lien national, plutôt que de subir cette unité violente et barbare, vont-elles du moins garder respectivement leur indépendance? Chaque cité va-t-elle, comme au temps des premières luttes du moyen âge, avoir son gouvernement à part et ne relever que d'elle-même?

Les conditions de Tltalie sont entièrement changées. Quand le droit supérieur de Tempire était la loi commune et incontestée, et que la main de l'empereur se faisait réellement sentir dans les affaires dé la Péninsule, une protection égale couvrait les plus petites comme les plus grandes cités. Le chef de Fempire avait tout intérêt, nous Tavons montré plus haut, à empêcher Tabsorption des villes secondaires par les grandes capitales.

A défaut de cette tutelle impériale, le saint-siége veillait avec une sollicitude non moins vigilante à maintenir ce qu'on appelait l'équilibre entre les républiques innombrables, qui ainsi ne pouvaient ni jamais se vaincre, ni jamais cesser de se combattre.

Maintenant que le droit de Tempire est un droit dé-

e» A QUI PROFITE L'ÉCHEC DE MILAN.

risoire, et que Tautorité pontificale, indécise entre deux prétendants, n'est une tutelle pour personne, la force sera la seule loi qui décidera du sort des cités. Les plus faibles n'auront échappé à la conquête d'un tyran unique que pour tomber sous quelque autre domination.

Après la seigneurie de Milan, Venise et Florence étaient les deux cités lesplus puissantes» Elles ne manquèrent pas de profiter, pour s'accroître, de la dissolution de rËtat qui, un moment, avait menacé de tout absorber.

Venise déposséda les deux maisons voisines des La Scala et des Carrare, et resta maîtresse de la Marche véronaise et de tout le pays qui dépendait de Vicence etdePadoue.

Florence se fit une part non moins large en s'emparant de Pise, l'illustre cité gibeline, qui avait si longtemps tenu ses forces en échec- Pour soumettre sa glorieuse rivale^ il ne lui fallut rien moins que provoquer une double trahison, suivie de deux marchés honteux. La citadelle lui fut d'abord vendue par Gabriel Visconli, puis la ville elle-même par un Pîsan, Jean Gambacorta, que la confiance publique avait mis à la tête du gouvernement.

Époque désastreuse, où les cités, autrefois si Jalouses de leur liberté, ne sont plus qu'une proie pour le plus riche enchérisseur, où il se trouve des citoyens assez infâmes pour vendre leur patrie et des répubUcains assez dégénérés pour en profiter! Symptôme fu-

DËGiLDËNGE DE L'ITÂUB. '6T

neste qui accuse la décadence profonde de l'Italie et fait présager une prochaine catastrophe.

Frappés de Tesprit d'envahissement et de Tégoïsme de ces républiques qui ne savent user de leur propre liberté que pour asservir ce qui les entoure, les historiens ont cru voir là un effet du caractère particulier à ce peuple. Us en ont conclu que les Italiens ne peuvent comprendre la liberté ni pour eux ni pour les autres, considérant la vie publique comme une lutte et cherchant toujours dans la victoire, moins le triomphe Ae leur indépendance qu'un moyen de domination.

C'est un des plus grands écûeils de Thistoire que cette illusion qui fait prendre pour un vice inhérent à l'esprit intime d'une nation ou d'une race ce qui souvent, n'est que le rfeultat. de circonstances purement aecidentelles. Noms n'admettons pas pour notre compte ces prétendues catégories de races, les unes faites pour comprendre et pour pratiquer la liberté, les autres condamnées à ne jamais la connaître. Une étude plus attentive de l'histoire révélerait les causes secondaires qui ont produit de si grandes différences dans les destinées des nations.

Pour ce qui est de l'Italie, si la notion de la vraie lib^té, qui est inséparable du respect de la liberté d'autrui, a manqué à ses républiques, cela ne tient nullement à un vice de la race italienne. Où trouver plus qu'en ce peuple, si richement doué pour la vie

BS DËCÂDEKCE DE L'ITALIE.

publique, l'instinct et le besoin de la liberté? S'il est mis dans Timpossibilité de la réaliser, c'est par une conséquence fatale d une situation qui empêche chez lui toute conception d'une unité nationale. Quand une ville lutte contre une autre, ce n'est pas pour la faire entrer avec elle dans le sein d'une grande famille commune, soit unitairement, soit fédéralement organisée. Personne, et nous avons dit pourquoi, n'est préoccupé de ce but patriotique en dehors du droit du saint-empire.

Sous celte idée commune du saint-empire, chaque cité formait une unité distincte, et son unique souci était de maintenir son indépendance contre toutes les autres; elle devait dès lors s'appliquer à se rendre forte le plus possible ; et pour se prémunir contre les envahissements, elle se faisait conquérante. On sait quelles guerres acharnées s'ensuivirent pendant tout le cours du moyen âge ; on sait comment ces guerres furent toujours alimentées par l'égoïste intervention, soit de l'empereur, soit du pape, qui se hâtaient de secourir les villes les plus faibles contre celles qui menaçaient de devenir prépondérantes.

Le respect mutuel et la solidarité dans la possession d'un droit national commun et de libertés inviolables ne pouvaient sortir de ces rivalités perfidement entretenues par deux puissances prétendues protectrices.

Supposez, chez un peuple quelconque, au lieu d'un pouvoir central et national intéressé à seconder l'union sympathique de toutes les cités, une force supérieure

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