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LE PAPE RAPPELLE L'EMPEREUR

Deux dangers, on le sait, menaçaient la puissance des papes en Italie, au commencement du quatorzième siècle : au nord, les seigneuries naissantes, et particulièrement celle de Milan ; au midi, le royaume de Naples s'efibrçant toujours de reculer ses limites. Selon sa politique traditionelle, le saint-siège manœuvra entre ces deux ècueils, de manière à paralyser successivement chacun de ses ennemis, en s* associant tantôt avec les uns, tantôt avec les autres. Mais il sentait que, dans Tétat de déconsidération où était tombée, aux yeux des Italiens, la papauté exilée volontaire, l'habileté de ses légats ne suffirait pas pour maîtriser les partis et dominer la situation.

Le saint-siège eut alors recours à Tartiôce qui lui avait si souvent servi ; il réveilla l'idée de Tempire. n comptait que désormais Tempereur n*aurait plus assez de prestige pour asseoir une domination permanente, et qu'ainsi les papes auraient, sans courir aucun risque sérieux, tous les bénéfices de cette intervention qui entretiendrait les divisions de la Péninsule et empêcherait le trop grand développement de l'un ou l'autre des petits États en voie de formation. Le saint-siège, du reste, saurait bien, si l'empire devenait menaçant, lui susciter à son tour des embarras.

Dans les premières années de cette période où la double absence de l'empereur et du pape semblait laisser le champ libre aux plus ambitieux projets, le plus grand danger pour le saint-siège était du côté de Naples.

g 1". — Clément V. — Robert de Naples. — Henri Vil de Luxem-

La maison d'Anjou, qui occupait le trône de Naples, était W prindipal soutien du parti guelfe et favorisait dans toutes. les villes de la Périinsule la: bourgeoisie contre la noblesse. Depuis la destruction de la famille impériale des Hobenstauffen et Téclipse de l'empire, elle n'avait cessé de convoiter toutes les provinces italiennes. Mais tant qu'elle eut à disputer la Sicile aux princtô d'Aragon, ne pouvant disposer de toutes ses forces, elle dut ajourner ses projets de conquête sur Ip .continent. • •.

Libres enfin du <^ôté de la Sicile, par suite des événements qui avaient assuré auix insulaires leur autonomie, Robert d'Anjou put reprendre avec ardeur l'œuvre capitale de la politique angevine^ Tout favorisait alors les entreprises ie ce prince. Depuis quarante ans, ni un empereur, ni. une armée impériale ne s'étaient montrés en deçà des Alpes; la cour romaine venait de se transporter à Avignon ; la Lombardie, la Ligurie, les Romagnes,.' étaient déchirées par les factions; parmi les seigneurs qui commençaient à surgir, aucun n'était encore assez (fort pour contre-balancer l'influence du roi de Naples.. . >

Les Visconti •de Milan, lesLambertazzi de Bologne et tous les autres chefs gibelins se sentant incapables d'établir quelque stabilité dans ces cités anarchiques,

toarnaîent leurs regards vers^ le césar allemand, Venise, tout entière à sa vie maritime et- à ^on organisation intérieure,, n^ dépassait pas^ dans ces rapports avec la Péninsulei la zone deà cités les plus voisines qu'elle cherchait à attirer dans son orbite, plutôt par la ruse que parila force ouverte; elle ne devait prendiie une part directe aux affaires italiennes que lorsque les progrès m^fiaçants de Mastino de la Scala Tobligeraient à solliciter Taide de Floretice. Gênes, la rivale helireuse de Venise sur ses innombrables vaisseaux, avait dans ses murs la guerre civile en permanence; et ses révolutions^ qui changeaient à toute heure sa constitution etson gouvernement, qui dévoraient ses richesses acquises, qui épuisaient Ténergie de ses citoyens dans des luttes stériles et abaissaient l'esprit public, Tempêchaient de se mêler activement aux affaires de la patrie commune.

Florence au contraire avait toujours joué un rôle important dans les affaires italiennes ; ses crises sociales avaient un contre*coup inévitable dans toutes les autres républiques, etiTéclat de son génie dans les lettres et dans les arts «lui assurait une sorte de souveraineté intellectuelle. Jalouse et fière de sa liberté qui l'avait faite si grande, Guelfe d'ailleurs par toutes ses traditions, elle n'avait nul intérêt à désirer la restauration de i'empire.

Cependant celte liberté de l'illustre république ne s'exerçait pas sans orages. Au milieu de sa prospérité commerciale et de la merveilleuse fécondité de ses

it hOBERT DE NAPLES.

artistes et de ses poètes, les partis s'y disputaient le gouvernement avec des ressources toujours renaissantes, se renversaient et s'exilaient alternativement, sans pouvoir s'anéantir. Ces agitations, qui appelaient à tout instant le peuple armé sur la place publique, entretenaient dans la cité un esprit de turbulence très-menaçant pour l'avenir de la république. Au moment où nous sommes arrivés, deux factions célèbres, les Noirs et les Blancs, nuances nouvelles dans les grands partis des Guelfes et des Gibelins, avaient absorbé en elles toutes les autres factions, et occupaient exclusivement la scène dans Florence et dans la plupart des républiques de la Toscane et de la Lombardie.

Robert de Naples vit loccasion favorable et s'empressa de la saisir. Il vint en aide au parti des Noirs et assura son triomphe. Cette intei*vention opportune le rendit prépondérant dans toutes les parties de la Péninsule. Il se fit en outre nommer seigneur de plusieurs villes du Piémont et de la Toscane. En même temps, il avait tâché de se maintenir dans les bonnes grâces du saint-siège.

Les vues ambitieuses du prince napolitain devenaient trop manifestes pour que la cour pontificale ne jugeât pas urgent de les combattre. Mais la prudence faisait au saint-siège une loi de ménager le chef des Guelfes. Une

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