ROBERT DE NAPLES ET HENRI VII
rupture ouverte avec Robert, sans rien restituer à la cour d'Avignon de son crédit perdu, eût permis au roi de Naples de jeter résolument le masque, de s'emparer, dans le mouvement des partis, du rôle de la papauté absente, d'organiser toutes les forces guelfes de la Péninsule et de tenter un coup décisif. Il valait mieux, par des négociations adroites et discrètes, rouvrir les portes de Tltalie à la puissance qui avait toujours contenu Tambition de la cour de Naples.
Clément V, en renouant des rapports bienveillants avec TAllemagne et en restaurant à Rome le saintempire, avait d'ailleurs un double but : il enlevait tout à la fois l'Italie au roi de Naples, et empêchait le roi de France de mettre la main sur la couronne de Charlemagne. Ce pape, qui avait acheté la tiare au prix des plus honteuses concessions, s'était fait jusque-là l'instrument servile de la politique de Philippe le Bel, tout en « amassant d'immenses richesses, gorgeant de biens sa famille, sacrifiant l'indépendance et l'autorité de l'Ëglise de Rome à des intérêts mondains ^ »
Mais quand il vit son protecteur ou plutôt son maître prêt à saisir la couronne impériale, il fut effrayé de l'immense pouvoir dont serait armé ce monarque qui déjà gouvernait si souverainement la cour d'Avignon. Il l'endormit donc par des promesses fallacieuses, lui persuada, après la mort d'Albert d'Autriche, qu'il
* De Cherrier, t. III, p. 313.