W PROGRÈS DES CHEFS DE BANDES
désordres et les débordements de Timpudique Jeanne réduisaient à Vimpuissance; rien du côté de Venise, tout entière à son négoce et fort alarmée de Tattitude menaçante et des progrès du sultan Mahomet; rien du côté de Milan, dont le dernier duc, Philippe-Marie, digne successeur du féroce et lâche Jean-Marie Visconti, avait grand'peine à retarder ia ruine de son duché déjà plusieurs fois ébranlé par de \iolentes secousses; Florence elle-même, la plus nationale et la plus libre des villes' péninsulaires, lasse de ses guerres civiles et jouissant en ce moment de la paix qui résultait d'une sertei de trêve entre les partis, paraissait peu disposée à diriger ses forées hor^ des limites de la Toscane.
Mais le retour delà papauté à Rome vint troubler la sécurité des condottieri. Martin Y suppléa à la force par l'adresse. Il mil habilement aux prises Sforza et Braccio, les détruisit T un par l'autre et finit par reprendre Rome sur le premier et Bologne sur le second.
Ces événements ne diminuaient en rien les forces réelles des condottieri ; ils ne faisaient que les déplacer et changeaient le théâtre de leurs opérations. Ce n'était plus les chefs d'aventuriers d'autrefois, mais des capitaines illustres, à la tête de troupes disciplinées, devenus les protecteui-s de ceux dont ils avaient été d'abord les instruments et dont ils devaient bientôt prendre la place.
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En déposant leurs armes entre les mains de mercenaires, les Italiens avaient abdiqué comme nation. Avec ridée de la patrie s'étaient perdues les grandes traditions de lapolitiqueitalienne* Lespeuplesn'étaient plus ni gibelins ni guelfes. On eût dit les redoutables problèmes du monde moderne supprimés, tant s'était rétréci le champ de l'activité sociale de cette race dégénérée ; après avoir rêvé Tempire du monde, le peu^ pie-roi 'ne savait même plus dégager de son sein une idée commune, un intérêt général, une grande passion qui reliât les diverses parties de la Péninsule, après avoir été Toracle des nations, Tinitiateur de tous les progrès, après avoir creusé, au prix de vingt révolutions et pour le renouvellement du monde, un sillon lumineux, il s'était affaissé sur lui-même, plein d'irrésolution et de trouble, oubliant qtie l'Europe attendait la solution des hautes et radicales questions qu'il avait le premier soulevées.
Que l'on contemple l'inexorable logique des lois providentielles, qui éclate dans la sanction, quand l 'homtne a voulu mettre son œuvre fragile à la place de Tœuvre de Dieu. Empire, papauté, Italie, ces trois éléments qui représentaient trois grandes faces des plus hautes destinées de l'humanité, le droit social, la liberté religieuse, la patrie, n'ont produit que des révolutions stériles et ont fini par n'être plus pour les