‹ L'ItalieChapitre 57 sur 196 · EUGÈNE IV JUGÉ PAR SES ACTES · texte numérisé non relu

EUGÈNE IV JUGÉ PAR SES ACTES

les garnisons que les Colonna tenaient dans quelques villes pontificales, et recouvra ce trésor tant convoité, lequel ne s'élevait plus qu'à la somme de soixantequinze mille florins d'or.

Le but était atteint ; mais quel but misérable et à quel prixl La guerre civile dans Rome, la conflagration de ritalie, des flols de sang versés par les mains du père commun des chrétiens ! Le trésor de Martin V était reconquis, mais les Romains détestaient le nouveau pape.

C'est dans ces circonstances qu'Eugène lY vit ses États envahis d'un côté par Sforza, de l'autre par Forte Braccio. Pressé par les deux condottieri, menacé du soulèvement général de ses peuples, il dut céder une partie de ses provinces pour sauver le reste. Le péril étant plus imminent du côté de Rome, il essaya de se réconcilier avec Sforza en lui faisant toutes sortes de promesses. Il était trop tard; rien ne put empêcher une révolution dans Rome. Le pape n eut que le temps de s'enfuir à Taide d'un déguisement, et ses États furent partagés entre Forte Braccio et Sforza.

Eugène IV se réfugia à Florence où il assista à la lutte acharnée des Albizzi et des Médicis, lutte suprême qui devait donner la victoire à ces derniers et asservir la république à ces marchands sortis du

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peuple et résumant un moment en leur personne tous les éléments de la démocratie pour en faire bientôt le fondement de leur domination.

S'il est un spectacle attristant, c'est celui de ce pape fugitif, ayant perdu ses États par sa cupidité et ses violences, et recommençant pour les recouvrer une longue série d'intrigues, de perfidies et de cruautés. Nous savons que les panégyristes d'Eugène IV ont essayé d en faire un des plus grands papes. Us vantent son zèle pour l'intégrité de la foi, Ténergie qu'il déploya contre les hérétiques qui troublaient les églises d'Allemagne, et sa résistance invincible aux entreprises coupables du concile de Bâle.

Sans doute, Gabriel Gondolmero possédait à un degré éminent quelques-unes des qualités qui font le politique habile ; le rusé Vénitien ne le cédait en rien aux princes italiens et aux condottieri de cette époque où tous les moyens étaient bons, où le succès légitimait toutes les déloyautés et tous les crimes. Même en dédoublant le personnage d'Eugène et distinguant en lui le pontife du prince temporel, nous ne pouvons partager l'admiration de ses partisans. S'il est vrai qu'avant de monter sur le trône pontifical il ait mérité les éloges que saint Antonin donne à sa ferveur, à l'austérité de sa vie et à sa charité, il faut reconnaître que ces qualités, une fois au service du pontife tout-puissant et irresponsable, devinrent un sombre fanatisme et une intolérance impitoyable.

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Que d'autres lui fassent un titre de gloire de ses poursuites contre les Hussites. Quant à nous, nous avons horreur de ces croisades commandées par le successeur des apôtres et qui n'étaient autre chose que des guerres d'extermination. Que la doctrine des hérétiques fût condamnée du haut de la chaire pontificale, c'était le droit et le devoir du gardien de la foi chrétienne ; mais que le signal des luttes fratricides partit de ses lèvres, rien ne le justifie ni ne Texcuse.

Du reste, quoi qu'il en soit des vertus privées d'Eugène IV, les actes de son gouvernement temporel ajoutent une preuve de plus à la démonstration faite par l'histoire tout entière des effets désastreux et inévitables de cette situation qui arme du glaive matériel le ministre de la prière. N'est-il pas déplorable de voir ce pontife, l'un des plus austères des chefs de l'Église, enveloppé dans un réseau d'intrigues politiques, ne se faisant nul scrupule de manquer à sa parole, ne reculant devant aucune violence, et tout cela pour garder ou reconquérir son État temporel 1

Un moment, à la mort de Jeanne II, Eugène IV éleva des prétentions sur le trône de Naples. Il est vrai que, les trois branches de la maison d'Anjou étant éteintes, la cour romaine pouvait invoquer son prétendu droit de suzeraineté sur ce royaume. Mais, exilé comme il

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