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LE CONCILE DE BALE

de rien moins que de changer le principe même des rapports entre la société religieuse et la société laïque. On se bornait donc à corriger les abus les plus criants, soit dans Tordre des fonctions purement spirituelles, soit dans Tordre des fonctions mixtes où les empiétements de Tune et Tautre puissance étaient une source intarissable de conflits.

Le concile de Bâle, croyant que tout le problème était renfermé dans ces limites étroites, abolit les annales, les grâces expectatives, les mandats ; il décida que le nombre des cardinaux ne dépasserait pas vingtquatre, exclut de celte dignité les neveux du pape, etc. Ces décisions servirent de base à la pragmatique sanction^ qui fut publiée en France quelques années après (1458), ainsi qu'à la pragmatique allemande.

Le préambule de cet éditduroi Charles YII, comme les considérants des décrets du concile de Bâle, signale en termes énergiques Tétat déplorable du clergé, son insatiable cupidité et la corruption de ses mœurs ^

* ff Par les sainctz pères des premiers siècles, plusieurs sainctz canons très salutaires auroyent esté faitz et promulgruez pour le bon régime de l'état ecclésiastique... Hais, hélas 1 par succession de temps, l'improbité d'ambidon et l'insaciabilité de cupidité détestable a commencé à délaisser petit à petit iceux très sainctz décrets... dont s'en sont ensuy^ris corruption et difformité des mœurs, deshonnetetez et décoloracions de Testât ecclésiastique ; usurpations très grèves et entreprinses intollérables, et mesmes par réservations des prélatures, dignitez et autres bénéfices ecclésiastiques; par multiplication de innumérables concessions, de grâces expectatives, de bénéfices non vacants, et autres charges très griefves et importables par lesquelles les personnes ecclésiastiques de nos royaulmes sont opprimez... Les patrimoines des dictz EgUses sont occupez par gens indignes, et au-

ilO JiE CONCILE m BALB.

C'était assurément un progrès dans le royaume de France, où le gouvernement, soutenu par le patriotisme du clergé gallican, sut se faire de la pragmatique nue arme puissante pour défendre les droits de la société laïque ; mais, dans un concile général, de pareilles réformes, n'allant pas à la racine du mal, ne pouvaient avoir ni grande portée ni sanction.

Ce que le monde chrétien avait le droit d'attendre d une assemblée universelle, c'était une formule rationnelle et vraiment libérale sur le rôle respectif des deux puissances, c'est-à-dire une révolution.

Les prélats de Baie ne soupçonnèrent même pas la grandeur de la mission qu'ils avaient à remplir; ils n'eurent aucune idée de la séparation des pouvoirs. S'ils attaquaient les usurpations de la cour romaine, ce n'était nullement en vue d'une restitution à la société laïque, mais en vue d'augmenter leur propre importance et leurs privilèges. Ce que le concile enlevait au pape, il le prenait pour lui-même, et il affecta vis-àvis des pouvoirs humains les mêmes prétentions théocra tiques que s'il eût obéi aux inspirations d'un Gré-

cunes foys par gens estrangers; et souvent les dignitez et bénéfices de plus grant revenu sont conférez à gens iucongnez qui ne résident... et aucunes foys n'entendent la langue, et qui pis est ne tiennent compte de la cure des âmes. Mais comme mercenaires quièrent seullement les gaingz temporels dont s'ensuit que le cult« est diminué, la cure des âmes desprisée et délaissée, hospitalité substraicte, les droits des Ëglises perduz, les édifices en ruyne, la dévotion du peuple diminuée... les clercz de nos royaulmes délaissent les estudes des divines et humaines sciences, à cause de l'espérance de promotion congrue à eulx ostée... » (Ghampeaux, Droii civil ecclésiwtiquet 1. 1, p. 19 et 20.

L'ITALIE TOUJOURS ORTHODOXE. ili

goire VII. « Les Pères du concile crurent avoir une inspiration du Saint-Esprit pour gouverner les puissances temporelles aussi bien que TÉglise de Dieu; ils s'érigèrent en arbitres des princes d'Allemagne et des rois, et leurs prétentions orgueilleuses finirent par aliéner Tempereur Sigismond et leurs plus zélés protecteurs*. »

C'est surtout en Italie que l'entreprise de Bâle devait rencontrer peu de sympathie. L'Italie orthodoxe se retrouvait toujours quand les droits apostoliques du saint-siége étaient menacés. Si impopulaire que fût Eugène IV, les Italiens ne Tabandonnèrent pas un seul jour*.

Quant aux prétentions théocratiques du clergé, les peuples de la Péninsule commençaient à en sourire. Ils étaient las de l'intervention stérile des prêtres dans leurs affaires politiques et de leur influence dissolvante par rapport à leur constitution nationale. Sans se rendre compte clairement de la vraie cause qui faisait de la papauté l'instrument de leur ruine, ils

* Sismondi, t. YI, p. 89.

* Nous parlons des peuples et non des princes. Ceux-ci prirent parti pour l'un ou l'autre pape, selon leur intérêt du moment : Al^phonse d'Aragon, par exemple, ainsi que le duc de Milan, se prononcèrent pour Félix Y; René d'Anjou, Florence et Venise restèrent fidèles à Eugène IV.

112 ÉPUISEMENT DE L'ITAUE.

sentaient instinctivement que le remède n'était point dans Textirpation de quelques abus, et encore moins dans la révolte intéressée de quelques prélats ambitieux contre la suprématie du chef de TÉglise.

Us accueillirent donc avec une extrême défaveur les décisions du concile de Bâle dont Teffet le plus réel était de partager en deux camps le monde chrétien. Mais ils ne se passionnèrent pas pour la cause du vrai pape.

L'état d'épuisement moral où était tombée lltalie et le sentiment de son impuissance la rendaient a peu près indifférente aux querelles des princes. Les luttes n'existaient plus qu'à la surface ; il ne s'agissait plus de savoir si lltalie serait libre ou esclave, mais quels maîtres allaient définitivement se la partager. La vie semblait se retirer de cette société en décadence ; la guerre elle-même n'était plus qu'un simulacre ; les mercenaires, qui ne combattaient ni pour une idée, ni pour un droit, ni pour un grand intérêt, passaient sans scrupule d'un camp dans un autre, s'épargnaient mutuellement et recommençaient indéfiniment, sans gloire ni honneur, des combats qui n'aboutissaient ni à une défaite ni à une victoire ; jeux puérils où achevaient de se perdre toute virilité et tout amour de la patrie.

Quelques lueurs d'indépendance éclatèrent encore sur quelques points de la Péninsule, mais ne firent qu'attester la profonde désorganisation de ce peuple et Fabsence de toute solidarité nationale.

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