‹ L'ItalieChapitre 65 sur 196 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

mCOLAS V. — TEIITATIVE DE PORCARI. — PIE U.

Les Romains, toujours frémissants sous le joug des prêtres, furent plus difficiles à dompter. Ce fut à Rome que retentit le dernier cri de liberté. Il y avait cinq ans que Thomas de Sarzane occupait le siège pontifical sous le nom de Nicolas Y, lorsque Etienne Porcari, à la tête de quatre cents conjurés, tenta de délivrer sa patrie du gouvernement temporel des cardinaux.

Rien ne peut donner l'idée de l'anarchie qui régnait alors à Rome : les fonctions publiques étaient remplies par des ecclésiastiques cupides et corrompus qui devaient leur élévation à l'intrigue. Le peuple aussi bien que la noblesse, indigné et humilié de vivre sous

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un pareil régime, lais^it éëlater à toute occasion sa colère et son mépris. Alors les violences du gouvernement pontifical redoublaient; faible au fond et détesté, ce gouvernement devenait de plus en plus despotique; les abus de pouvoir, les emprisonnements arbitraires, les sanglantes exécutions sans jugement, déshonoraient chaque jour la ville éternelle.

Le mal était si grand, qu'il n'y avait plus qu'un sentiment dans Rome : le besoin d'en finir avec ce régime abhorré. Des symptômes alarmants se manifestaient même dans la banlieue. On sentait qu'il suffirait d'une étincelle pour provoquer une explosion générale. Les cardinaux effrayés exilèrent à Bologne Etienne Porcari, dont ils n'ignoraient pas les projets ambitieux, et dont l'influence sur ses concitoyens n'était que trop réelle.

Ce fut de Bologne que Tintrépide gentilhomme parvint à organiser sa conjuration. La police pontificale le laissa pénétrer dans Rome. La nuit qui précéda le jour où le complot devait être mis à exécution, Porcari et ses complices furent surpris et arrêtés. On se dispensa vis-à-vis de ces malheureux de toute procédure. Porcari et neuf de ses associés furent pendus sur l'heure aux créneaux du château Saint-Ange; tous les autres furent poursuivis avec une persévérance féroce.

« Nicolas Y, persuadé qu'on avait voulu l'assassiner, tandis qu'au contraire sa mort aurait fait échouer les projets de Porcari, devient dès cette époque timide et

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farouche, lui qui était auparavant confiant et d'un abord facile. De nouvelles exécutions succédèrent aux premières presque sans interruption : le 12 Janvier, il fit pendre un docteur et un citoyen romain qui avaient accompagné Porcari dans son évasion de Bologne; le même jour il fit promettre mille ducats de récompense à celui qui livrerait à la justice deux parents de Porcari qui s'étaient cach&, et cinq cents ducats à celui qui lea assassinerait. Il négocia auprès de tous les gouvernements -dltalie pour se faire livrer ceux qui lui avaient échappé. En effet, pinceurs d'entre eux furent arrêtés à Venise et à Padoue. Le plus notable d'entre eux tous fut Baptiste Sciarra, le neveu de Porcari ; ils furent tous mis à mort. Sur les instantes sollicitations du cardinal de Metz, Nicolas fit grâce de la vie à Tun des prévenus, nommé Baptiste Persona, qui était, disait-on, absolument étranger au complot; mais le lendemain il le fit saisir de nouveau et le fit pendre sans procédure. Les conjurés ne furent pas seuls en butte à ses cruautés. Un gentilhomme, nommé Ange Ronconi, qui avait aidé au comte Averso de l'Anguillara à se cacher pour échapper à la justice qui le poursuivait, fut invité par le pape à se rendre à Rome, et muni d'un sauf-conduit de la main de Sa Sainteté, ce qui n'empêcha pas Nicolas de le faire saisir le 14 octobre 1464, lendemain de son arrivée, et de lui fiiire immédiatement trancher la têle^ »

* Sismondi, t. VI, p. 276.

NICOLAS V AVANT ET APRÈS SON EXALTATION. iil

Bésultat effrayant de la concentration dans les mêmes mains du pouvoir religieux et du pouvoir politique. On dirait que le prêtre, fait pour les choses du ciel, ne peut se mêler aux intérêts de la terre sans y porter le trouble et sans y perdre ses propres vertus : sa foi devient alors fanatisme, son zèle intolérance, son amour de la vérité la haine impitoyable de quiconque la met en doute; plus il est convaincu de rinfaillibilité de sa doctrine, plus il se croit tenu de la faire régner à tout prix parmi les hommes ; plus il a conscience de la sainteté de sa mission, plus il est sans scrupule sur le choix des moyens, plus il est inexorable contre les audacieux qui lui font obstacle. Que vaut le sang d'un homme devant la vérité absolue et la justice éternelle? Qu'importe le choix des moyens devant la sublimité du but à atteindre?

L'esprit se perd et se confond, à sonder les abimes de cette poliiique effroyable qui prétend faire descendre Tordre absolu du monde idéal dans les sociétés humaines, et gouverner les choses du temps avec l'implacable logique de& vérités étemelles. Que Dieu préserve les peuples de ce système contre nature qui est encore le rêve de tant de catholiques égarés.

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