NICOLAS V AVANT ET APRÈS SON EXALTATION
Comme Eugène IV, Nicolas V, avant d'être ceint de la triple couronne, avait brillé autant par ses vertus que par sa vaste érudition. Les premiers actes de son pontificat furent dignes de sa grande renommée : après avoir mis fin au schisme en obtenant l'abdication de Félix Y, il tâcha de relever Rome de ses ruines; le temps, les guerres civiles, l'anarchie en permanence, l'incurie des magistrats les avaient accumulées. Thomas de Sarzane réédifia les murs de la ville ; il restaura les églises ; il couvrit les villes de ses États de monuments magnifiques; il fonda la fameuse bibliothèque du Vatican; il fui le protecteur des lettres ; par ses ordres, des traductions furent faites des grands auteurs de l'antiquité grecque et latine et des premiers Pères de l'Église, etc.
Mais ces œuvres, qui jettent un vif éclat sur les débuts de ce règne, laissaient subsister au fond tous les vices du gouvernement clérical. Si sensible que soit le peuple romain aux magnificences du culte et aux merveilles de Tart sous toutes ses formes, il n'entend pas qu'elles ne soient qu'un vêtement splendide destiné à voiler sa servitude. 11 n'oublie pas que la force et la véritable grandeur d'un peuple sont dans la possession de lui-même et dans le libre usage de sa souveraineté. Or il n'a jamais volontairement accepté le gouvernement politique des prêtres, parce que ce gouvernement est la négation même de son droit inaliénable. La violence seule et F intrigue ont pu l'établir et le perpétuer. Voilà pourquoi les pontifes les
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plus doux et les plus sincères ont fini par devenir violents et perfides.
Nicolas V, on Ta vu, n'échappa point à cette fatalité de son rôle, et les historiens attestent que, une fois sa vengeance assouvie contre Poreari et ses complices, il traîna désonnais sa vie comme un fardeau, et quelques-uns ajoutent qu'il ne l'acheva point sans remords.
Quant à son rôle dans les affaires générales de la Péninsule, Nicolas Y suivit fidèlement les traditions antinationales et anarchiques de la politique pontificale. Il ne fit rien pour arrêter le mouvement de décadence morale et de dissolution qui entraînait Tltalie. Tout entier au culte des lettres antiques, il laissa les peuples s'épuiser dans des guerres interminables et sans autre but que la gloire ou le profit de quelques ambitieux.
Un moment on put croire qu'une grande pensée de pacification nationale animait le pontife. La prise de Constantinople par les Turcs (29 mai 1453 ) avait jeté la consternation dans tout le monde chrétien. Était-ce le signal d'une nouvelle invasion de barbares? Sur tous les points de l'Europe, et particulièrement en Italie, on sentit le besoin de se préparer à soutenir ce choc formidable. Nicolas Y n'eut point de peine à
lia U PAIX DE LODI.
réunir à Rome un congrès des princes et des généraux italiens, en vue d'une grande réconciliation des partis.
Mais, quand on se mit à Tieuvjre, on vit que le mal était profond et les iaimitiés irréconciliables. Dans ces conférences, le temps, se passa-^n vatns discours. Chaque parti voulait la paix sans rien abandonner de ses prétentions; toutes les concessioiis devaient venir des adversaires.
C'est qu*aucune idée élevée, aucun sentiment patriotique n'avaient inspiré cette tentative de pacification. Le pape lui-même, quoique le promoteur du congrès, n avait qu'une bonne volonté apparente. « Sa prudence, dit son panégyriste Zanotto Manetti, lui avait appris que les guerres entrer les princes d'Italie assuraient la paix de l'Église; que leur concorde au contraire menaçait sa tranquillités » — a II chercha donc, ajoute Sismondi, uniquement à plaire à tout le monde, à ne se rendre suspect à personne, et à traîner en longueur les négociations S »
Si la paix finit par se conclure, ce fut en dehors des influences officielles et grâce aux efforts des Vénitiens qui traitèrent secrètement avec Sforza, et il fallut plus d'une année pour obtenir l'adhésion de tous les princes italiens à cette paix de Lodi.
Cette pacification n'eut rien de commun avecTunité de la patrie italienne; elle consolida le pouvoir de quelques princes, mais n'établit aucun lien de soli*
* T. VI, p. 256.