ROME ASSERVIE
darité entre les États. Sforza, reconnu par tous ses voisins, avait recouvré toutes les dépendances de son duché de Milan. Cosme de Médicis était maitre absolu de Florence.
Rome ne se releva plus de la chute qui suivit la malheureuse tentative de Porcari. Jusque-là la souveraineté du peuple romain n'avait jamais été entièrement annulée ; après la ruine de Vautorité impériale, le pouvoir des Caporioni, représentants de TÉtat, avait toujours tenu en échec la puissance pontificale. Pendant la longue période de Texil d'Avignon et du grand schisme d'Occident, les Romains ne cessèrent de se gouverner en république. On a vu que la restauration de la papauté temporelle n'avait pas tardé à être suivie de l'expulsion d'Eugène IV.
C'est donc de la catastrophe de Porcari que date en réalité l'établissement définitif du pouvoir politique des papes ; date funeste qui marque en même temps le terme des libertés italiennes.
Dans ces révolutions et ces luttes qui ont abouti à la restauration du pouvoir pontifical et à la conquête des États péninsulaires par quelques familles puissantes, l'idée nationale n'a joué aucun rôle. Les graves problèmes religieux et sociaux, qui avaient fait le
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grand intérêt des siècles antérieurs, ont aussi disparu de la scène ; il n'est plus question de Guelfes et de Gibelins; les mots, il est vrai, sont conservés, mais ils n'ont plus aucun sens^
Uempire, ce rêve si longtemps caressé, n'est plus pour les Italiens qu'un souvenir. Deux empereurs^ Sigismond et Frédéric III, ont traversé l'Italie, non pas en maîtres, mais en étrangers : le premier, qui vint se faire couronner à Milan le 25 novembre 1431, puis à Rome le 30 mai 1433, eut Thumiliation de n'être point accepté pour arbitre par les partis qu'il voulait pacifier ; le marquis d'Esté lui fut préféré. Le duc de Milan, Philippe-Marie Visconti, pour montrer le peu de cas qu'il faisait de ce monarque, ne daigna pas même le voir quand eut lieu dans sa capitale la cérémonie du couronnement. Le second passa plus inaperçu encore quand il vint en Italie pour y célébrer ses noces avec Éléonore de Portugal et recevoir à Rome la couronne impériale, le 18 mars 1452.
La papauté théocratique, cette institution qui embrassait le monde pour le courber sous le même glaive comme sous la même pensée, avait fait place à une principauté italienne encore mal assise. Les foudres, que les papes essayaient de fulminer du haut de ce trône temporel, résonnaient dans le vide. Et quand un appel fut fait aux princes et aux peuples pour entreprendre une nouvelle croisade contre les
* V. Ranke, Histoire de la papauté pendant les seizième et dix-septième siècles, trad. de M. de Saint-Chéron, t. II, p. 12.