‹ L'ItalieChapitre 68 sur 196 · RÊVE THÉOCRATIQUE DE PIB II · texte numérisé non relu

RÊVE THÉOCRATIQUE DE PIB II

Turcs, dont les progrès devenaient effrayants, l'Europe ne reconnut plus la voix des grands pontifes du moyen âge, et elle demeura impassible.

On vit bien un pape, Pie II, rhéteur célèbre, mais politique sans portée, remuer les cendres de Tenipire théocratique, espérant y trouver quelques débris qui pussent servir de base à une réédifîcalion. Mais le moyen bizarre qu'il imagina fut la preuve éclatante que l'œuvre de Grégoire VII avait fait son temps ; elle avait commencé avec grandeur parce qu'elle s'appuyait sur la foi naïve des peuples; mais, fausse dans son principe, elle n'avait pu se soutenir que par la violence et elle finissait par le ridicule.

iEneas Sylvius, à défaut d'un empereur italien ou allemand, se tourna vers Constantinople. « Après avoir vainement cherché autour de lui un homme capable de jouer ce rôle, il jeta les yeux sur Mahomet*. »

* Lanfrey, Histoire politique despapes^ p. 320.

« Une toute petite chose suffit, écrivait Pie II, pour te rendre le plus grand, le plus puissant, le plus illustre de tous les vivants. Laquelle? me diras-tu. Elle n'est point difficile à trouver et tu l'as à ta portée: c'est une goutte d'eau pour te baptiser. Si tu y consens, il n'est point de prince dans l'univers que tu ne puisses surpasser en gloire et en puissance. Nous te nommerons empereur des Grecs et de ^<HJt l'Orient. Et de même que nos prédécesseurs Etienne, Adrien et {iéon suscitèrent Pépin et Gbarlemagne contre Astolphe et Didier,

ii4 LES PROVINCES PONTIFICALES.

Ce fut du reste la dernière tentative. Désormais ta cour romaine, renonçant à la domination universelle, n'a plus qu'une préoccupation et qu^un intérêt : consolider sa principauté temporelle, a Quel que soit, dit Ranke, le jugement que l'on puisse porter sur les papes des époques précédentes, ils avaient toujours de grands intérêts devant les yeux : la direction d'une religion opprimée, la lutte avec le paganisme, la propagation du christianisme parmi les nations du Nord, la fondation d'une puissance hiérarchique indépendante. Il appartient à la dignité de l'existence humaine de vouloir et d'exécuter de grandes choses ; ces nobles tendances, les papes les possédèrent à un degré supérieur. Mais, au temps où nous sommes arrivés, les circonstances avaient arrêté cet élan généreux; le schisme était terminé, il fallait se résigner à ne pouvoir plus soulever la chrétienté contre les Turcs. Il arriva que le chef spirituel fut entraîné à diriger d'une manière plus exclusive et plus résolue que jamais toute son activité vers l'agrandissement de sa principauté temporelle*. »

Or cette entreprise de la création d'un État pontifical était loin d'être achevée. Nominalement, le pouvoir du saint-siège embrassait déjà toutes les provinces

rois des Lombards, et firent passer l'empire des Grecs sur la tète de leurs libérateurs, de même nous invoquerons ton patronage dans les nécessités de l'Église, et nous reconnaîtrons ainsi tes bienfaits. » Lanfrey, p. 320.

' Ranke, Histoire de la Papauté pendant lei seizième et dix-sep^ tiême siècles j traduction de Saint-Ghéron, 1. 1, p. 49.

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