SIXTE IV. — INNOCENT VIIÎ
Sixte IV (François la Rovère), d'une naissance obscure, prit à tâche, une fois sur le trône, de confondre son nom avec celui de Tantique maison des la Rovère, en comblant d'honneurs les membres de cette famille. Les débuts de son pontiticat, les efforts qu'il déploya pour défendre Tltalie contre une invasion des Turcs, Tappui qu'il prêta aux républicains de Florence contre la domination des Médicis^ ont fait illusion sur le but véritable de sa politique et lui ont fait attribuer de vastes et patriotiques projets.
Sismondi lui-même déclare que Sixte IV avait peutêtre de grandes pensées et de nobles projets pour Tindépendance de l'Italie, et que le plan qu'il avait conçu
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est digne d'un homme de génie*. Cet hislorien ajoute, il est vrai, ces paroles : « Le caractère du pape corrompait son esprit et mêlait de la fausseté et de la perfidie à ses vastes conceptions. Incapable de distinguer la vertu d'avec le crime, tous les moyens d'exécution lui étaient indifférents, et il déshonorait ses projets par les instruments dont il faisait choix pour les accomplir. Ainsi, tout en s'armant pour la liberté, il se rendait odieux aux républicains eux-mêmes ; en invoquant le pouvoir de TÉglise, il scandalisait les catholiques, et en projetant Tindépendance de lltalie, il Texposait le premier aux invasions de l'étranger*.»
Ce n'est pas assez dire. Nous ne croyons pas aux vues élevées de ce pontife, encore moins à sa sollicitude pour l'indépendance de lltalie et à ses sympathies pour les institutions républicaines. Les faits démentent celte prétendue générosité d'intentions. Nous ne voyons dans Sixte IV qu'un prince ambitieux, cupide et corrompu.
S'il fut d'abord l'âme de la défense nationale contre l'invasion, c'était afin de se rendre maître des affaires intérieures delà Péninsule et de procurer à ses neveux, par ses intrigues et ses artifices, de petites principautés.
Venise, Florence et Milan, aussi alarmées de ses desseins personnels que de la menace des Turcs, formèrent entre elles une ligue offensive et défensive,
* T. vil, p. 123.
« T. VII, p. 123.
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tout en invitant le pape et le roi de Naplés à entrer dans cette alliance. A partir de ce moment. Sixte lY, voyant ses véritables projets compromis, se montra moins zélé pour la défense nationale. Ce fut en vain que Venise appela la flotte pontificale à son aide dans les mers de Rhodes. Et lorsque, en 1479, les Yénitlais parvinrent, au moyen d'une paix honorable avec les Turcs, à mettre Titalie à Tabri des attaques de ces barbares, Sixte IV, au lieu de se réjouir de cet heureux événement, laissai éclater sa colère et blâma solen* nellement les auteurs du traité de paix, sous prétexte qu'il était sur le point de conclure une nouvelle croi*sade contre les Turcs avec le roi de France, l'empereur Frédéric UI et son fils Maximilien, duc de Bourgogne.
S'il seconda, en 1478, la conspiration des républicains de Florence contre les Médicis, ce fut uniquement par esprit de vengeance envers cette maison qui avait contrarié, quelques années auparavant, la tentative de Julien de la Rovère, Tun des neveux du pape, pour s'emparer de Città di Castello. De ce jour. Sixte IV voua une haine implacable aux Médicis; il reçut à Rome les proscrits florentins, prit une part active à leurs complots et soudoya des assassins chaînés de frapper Julien et Laurent de Médicis, en pleine ^lise, pendant Toffice divin.
Cette conjuration, qui ne rëosàt qu'en partie, retentit comme un immense scandale dans tout le monde chrétien; des protestations et des anathèmes furent