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LE PAPE APPELLE L'EMPEREUR

Ces difficultés, sans arrêter un instant l'audacieux vieillard, le firent redoubler de prudence ; il continua son système de ménagements et de transactions avec les Espagnols et les Français.

Cependant, ce jeu ne pouvait se prolonger indéfiniment. Tout faisait supposer que la guerre contre Venise jetterait de son côté Tune ou Fautre des deux puissances. Alors Jules II, pour leur faire équilibre, imagine d'appeler sur la scène un troisième acteur, celui qui ne manque jamais d'intervenir dans les crises de la Péninsule, l'empereur d'Allemagne.

C'était, on le voit, reprendre le fil des anciennes traditions de la cour romaine : attirer, selon l'occurrence, des étrangers quelconques. Français, Espagnols, Suisses, Hongrois, Turcs même au besoin ; puis, quand il est temps d'arrêter les progrès de l'invasion ou d'expulser les barbares, faire apparaître le deus ex machina^ Tombre d'un empereur, à défaut d'un César puissant.

Du reste, il fallait que la papauté et llempire se retrouvassent en présence sur le sol italien, non plus pour recommencer les grandes luttes du moyen âge, non point pour résoudre la question des Guelfes et des Gibelins dont on avait perdu le sens, mais afin que la logique de la fausse politique incarnée dans la théocratie papale et dans le saint-empire, aboutit à sa conséquence fatale : Timmolation de l'Italie et de la liberté par l'accord antichrétien des deux puissances.

U LIGUE DE aHBRAL 155

Maximilieni trop faible pour porter ombrage à Jules II, était assez ambitieux pour subir les séductions du rusé pontife. Son arrivée en Italie fut le prétexte dont le pape se servit pour déclarer la guerre aux Vénitiens qui avaient refusé à l'empereur le passage à travers les Alpes. Jules II mit à profit avec une grande habileté les rancunes des diverses puissances contre Valise. Chacune d'elles convoitait quelque portion du domaine de la république, et toutes étaient jalouses de sa haute fortune. Elles s'unirent donc au pontife dans la fameuse ligue de Cambrai^ où Venise vit se grouper contre elle l'empereur, le pape, Ferdinand le Catholique, Louis XII et le duc de Ferrare.

Telle fut la cause de cette célèbre transaction diplomatique, la premièi*e, depuis les croisades, où presque toute l'Europe soit intervenue, et dont les dispositions sont devenues la base du droit public européen : un pape voulant reconquérir quelques lambeaux détachés de l'État pontifical; un empereur revendiquant quelques places fortes au nom d*un droit tombé en désuétude; un roi de France disputant à un Ëtat italien, par droit de conquête, une ou deux villes dans le Milanais ; un prince espagnol, devenu roi de Naples, voulant reprendre quelques places maritimes ; misérables causes enflées outre mesure par les cour-

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