VINCENZO MONTI
les Alphonsines pour Fusignano , puis pour le séminaire de Faenza , où il fit ses études. C'est là qu'en lisant Virgile il lui arriva ce qui était arrivé déjà à beaucoup d'autres, de se sentir éveillé comme d'un songe. Néanmoins la prédilection qu'il avait pour ce poète et pour les autres Latins, assez vive pour lui faire négliger toute autre occupation, céda devant les remontrances et les désirs de son père. Car un jour que celui-ci était venu le visiter, et se désolait de le voir négliger tout pour la poésie, le jeune homme, pour montrer son obéissance, jeta au feu tous ses chers poètes. Le bon père , touché d'un tel sacrifice , qui lui semblait au-dessus des forces de son âge , lui fit présent de douze florins d'or, avec lesquels Monti courut à la foire de Lugo acheter de nouveaux exemplaires de ses auteurs, dont il lui était impossible de rester plus longtemps séparé. Après cette seconde expérience le père renonça à faire de son fils Vincent un cultivateur ou un avocat, et il ne l'empêcha plus de se consacrer à cette poésie qui devait donner à l'obscure famille la plus belle de toutes les noblesses , la noblesse du génie. Monti avait un peu plus de seize ans lorsqu'il composa son poème de la Prophétie de Jacob à ses fils , qui étonna le public par la richesse d'imagination qu'y déployait le jeune poète. A cette même époque les Visions de Varano lui tombèrent entre les mains et lui inspirèrent une admiration qui devait produire d'heureux fruits dans une âme aussi bien préparée. Une circonstance heureuse le conduisit à Rome à la suite du cardinal Borghèse. La canzone de la Prosopopée de Périclès , qui fut chantée aux quinquennales de Pie VI , lui gagna l'amitié de son neveu Braschi , et devenu secrétaire du duc, il eut tout le loisir nécessaire pour travailler. Mais si la faveur d'un Mécène est souvent utile à l'écrivain et au poète , il arrive souvent aussi qu'en le forçant à se plier aux passions et aux fantaisies de son patron, elle le façonne insensiblement à la flatterie et à la servitude.
Un grand nombre d'ouvrages sortirent de ces fortunés loisirs. Je citerai en premier lieu XOde à l'aéronaute Montgolfier, dont la hardiesse devait plaire nécessairement à un écrivain qui , dédaignant les sentiers battus, tenta des voies nouvelles; puis le poème de la Basvilliana, qui causa une grande sensation à Rome. L'auteur y flétrissait les crimes de la République française avec une vigueur et une énergie de pinceau inconnues depuis Dante, dont il s'était approprié en grande partie les beautés. Il y a du Dante surtout dans cette scène admirable du chantilly où les spectres altérés du sang de Louis, allongent les uns par-dessus les autres leurs hideux museaux, tandis que le glaive d'un fier chérubin les tient à distance. Et ces spectres ne sont pas seulement ceux des quatre régicides Damiens, Ankarstrœm, Ravaillac et Clément: parmi les monstres qui « fécondèrent le tronc maudit d'où sortirent ces fruits amers de liberté, » Monti se plut à placer des noms célèbres , Voltaire,