DE DÉVOUEMENT ÉTERNEL
d'espérance SUBLIME.
Certes ces dialogues philosophiques et politiques ne sont pas indignes de leur destination. Le dialogue de Campanella ou du Bien et celui de Mario Pagano ou de l'Ame, me paraissent joindre à un sens profond les grâces de l'éloquence, autant que le comportent la hauteur et la difficulté de la discussion philosophique. Toutefois, la longue amitié qui me lie à cette âme et à cette intelligence vraiment italiennes ne m'empêchera pas de dire que ses autres ouvrages en prose demanderaient à être un peu moins sobres de ces ornements qu'il a trop prodigués peut-être dans quelques-unes de ses poésies, et qui laissent parfois apercevoir l'art et le travail.
Mamiani ne se borna pas à des ouvrages poétiques et philosophiques pour l'instruction de ses concitoyens. Il publia encore en 1758 les Documents pratiques touchant la régénération morale et intellectuelle des Italiens, et l'année suivante Un avis sur l'état de l'Italie, pour engager les Italiens à entrer dans la voie où ils marchent à présent d'un commun accord, et à abandonner tout esprit de parti pour chercher dans l'union et dans le patriotisme de tous, les réformes et la régénération tant désirées. Tel fut aussi le but de mon excellent ami , Philippe Canuti, lorsqu'à la fin de 1845 il publia quelques pensées en français sur les affaires de la Romagne, pour éclairer l'opinion publique dansée pays qui a toujours eu à cœur le sort des peuples.
Au milieu de cette espérance et de cette attente universelles, Grégoire XVI vint à mourir, et avec lui tombèrent les barrières qui séparaient l'Italie de ses nouvelles destinées. L'avènement de Pie ÏX, qui suivit presque aussitôt, porta à son comble l'enthousiasme non-seulement
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desLégations, maisde l'Italie tout entière, qui se considère avec un juste orgueil comme le cœur de la chrétienté. Le nouveau pontife parut digne à tous de ce titre de vicaire de Jésus-Christ, que d'autres avaient porté comme une flétrissure ; et ce rare accord d'une âme magnanime, d'une vie pure, d'un ardent amour de la religion et de la justice, fut plus puissant sur l'esprit des sujets que la prison, l'exil et la hache. Cependant les méchants s'étant ligués contre sa volonté, l'Europe, qui avait les yeux attachés sur lui, semblait lui crier: Courage , Saint-Père! la Providence vous a appelé à une belle, mais difficile mission, et si vous l'accomplissez, vous acquerrez une renommée immortelle, auprès de laquelle les gloires des conquérants seront une vaine boutiee de vent. La religion obscurcie par de faux ministres attend de vous le concours d'œuvres évangéliques, le peuple éducation et justice, l'Italie son salut. Parce que les ennemis du bien vous font la guerre, ne vous détournez pas de votre magnanime entreprise. Qui entendra leurs vaines clameurs au milieu des applaudissements universels? qui sera assez insensé pour vous refuser son âme et son bras? quel prince d'Italie ne s'enflammera pas à votre saint exemple, et ne préparera pas une meilleure destinée au peuple italien?
Ces paroles ont été entendues du souverain pontife ; la voix de son pardon retentit dans toute l'Europe. Yoici tomber les barreaux de la prison et de l'exil , voici qu'il ouvre ses bras à ses fils, voici qu'il proclame la régénération de l'Italie. Je ne me rappellerai jamais sans émotion le jour où il me fut donné, par sa grâce, de toucher après tant d'années la terre italienne, et de voir cette Rome, sur laqueUe il avait appelé l'attention du monde, renaître tout entière de ses ruines. Les restes majestueux du Forum, les colonnes rostrales, les arcs de triomphe, m'apparaissaient plus beaux et plus gigantesques, lorsque je les visitais, le cœur débordant de l'amour de la patrie. Les gloires passées, naguère une injure et un reproche , se reconstruisaient tout à coup à mes yeux pleins de larmes d'allégresse, et je m'écriais dans un orgueilleux transport : t Italie sera. Cette espérance devient à présent une sublime certitude. A la voix de Pie , le grand-duc Léopold arbore la bannière italienne; Milan désarmé se souvient des antiques vertus et chasse le bandit autrichien ; Charles-Albert disperse avec ses valeureux Piémontaisle barbare Tudesque et ravit à la généreuse France l'honneur de combattre pour la délivrance de sa sœur, et l'immortel Pie, pour couronner l'œuvre de la régénération, veut que le philosophe Mamiani enseigne au peuple romain ses droits et ses devoirs, et choisit pour son ministre celui qui peu de temps auparavant adressait au pays ce généreux et sublime appel : <■ Heureuse et glorieuse l'Italie, le jour où, se ressouvenant enfin de la reconnaissance qu'elle doit à Dieu et à la nature pour les dons et les privilèges souverains dont elle fut comblée , elle
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prendra la résolution ferme et inébranlable d'associer en elle les trois grandes perfections de l'être humain: la sagesse de la pensée, la fermeté de la foi, la magnanimité de l'action ! Alors non-seulement elle pourra sortir de cet abîme de misère et d'humiliation où elle est plongée d'autant plus avant qu'elle ne s'en aperçoit pas , mais peut-être qu'elle sera de nouveau choisie par le ciel pour être l'instrument de la restauration et de la régénération spirituelle de l'humanité. Le génie de Dante, de Raphaël et de Michel-Ange ne doit plus se borner aujourd'hui à inspirer les arts ; sa tâche est de se répandre dans toutes les conditions de la vie , de créer un type souverain de beauté morale et d'enseigner aux peuples amollis , glacés et calculateurs l'esthétique sublime de la vertu »
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N a déploré que la guerre qui s'est levée, il n'y a pas longtemps, entre les Classiques et les Bomantiques ait bouleversé le royaume des lettres et perverti le goût au point de renouveler en Italie les hontes et les ridicules du xvir siècle. Pour moi , quel que soit mon attachement pour les saines doctrines , je ne pense pas que l'on ait eu raison de ^ pousser, comme on l'a fait , le cri d'alarme. S'il ''^^^^^ est vrai que les Romantiques , dans leurs courses a\entureuses, n'ont point découvert de nouvelles terres, Manzoni, le premier d'entre eux, a montré comment on pouvait quelquefois, sans s'astreindre à suivre les traces des anciens , rencontrer sur son chemin des beautés inattendues ; et l'exemple malheureux de ceux qui, par une étrange inconséquence, se sont faits ses imitateurs , fait mieux sentir la nécessité d'embrasser plus étroitement 7-^^^^ que jamais la bannière classique et l'étude des anciens maîtres. C'est pourquoi il n'est pas inutile de dire ici quelques mots d'un homme qui fut comme le second apôtre de la liberté littéraire.
ToMMASO Gro&si naquit sur la fin du siècle dans ce même Milan qui venait de produire Parini et Manzoni, et leur exemple, ainsi que leurs conseils, eut une grande influence sur sa jeunesse. Les guerres des