TOMMASO GROSSI
Classiques et des Romantiques commençaient alors. II prit parti comme je l'ai dit, pour les seconds, et composa (1816), en haine de cette mythologie trop louée et trop blâmée, un poème en dialecte milanais, intitulé la Plvie d'or, où il tournait en ridicule Jupiter et Vénus. Ce poëme fut bientôt suivi d'un autre , dans le même dialecte , où il se supposait transporté en songe aux pieds de l'Hélicon , au milieu d'une troupe d'Arcadiens , qui le menaient devant Apollon , pour le prier de leur accorder à tous le don de l'inspiration poétique. Le dieu, faisant droit généreusement à leur requête, les renvoyait, qui à tel recueil de Mélanges, qui à tel autre, comme à l'unique source de toute poésie.
Grossi , une fois engagé dans cette voie , n'en sortit pas facilement. Une nues d'adversaires s'éleva contre lui ; la guerre devint générale , et tandis que l'éducation de la nation était tout entière à faire , ces disputes frivoles accaparèrent la plupart des esprits en Italie. Cependant il finit par échapper à cette polémique oiseuse, et se mit à raconter l'histoire de la Fugitive , pauvre femme italienne , qui ne pouvant se séparer de son amant entraîné en Russie à la suite de Napoléon, quitte ses habits de femme , et devient la compagne du soldat qui , tandis qu'il a une patrie esclave , combat et meurt pour l'étranger. Demeurée seule , elle trouve encore assez de forces et de courage pour se traîner, à travers des fatigues et des souffrances sans nombre, jusqu'au seuil de la terre italienne, où elle expire. Ce simple récit , semé par le poète de traits pathétiques , eut un grand succès populaire. Moi qui n'ai jamais su prononcer une syllabe des dialectes, moi qui les regarde comme un fléau pour l'Italie, déjà bien assez divisée comme cela, je trouve une raison de blâme là où d'autres trouvent un sujet d'éloges ; la Fugitive me plairait mieux si elle n'était pas écrite à la milanaise , et je crois que celui qui se sert du dialecte ne doit plus se glorifier du riche patrimoine de notre langue , qui ne prodigue ses grâces qu'à ses seuls fidèles. Du reste, il esta présumer que Grossi s'aperçut lui-même de son erreur, lorsque s'étant avisé de traduire la Fugitive et de la vêtir à l'italienne , il vit que celle-ci , malgré la noblesse de son costume, fut loin de plaire à l'égal de la première.
II ne faudrait pas cependant juger Grossi d'après ces seuls essais. Une autre Nouvelle , Ildegonde, qu'il publia bientôt après, en italien cette fois, montra quelle était la fécondité de son esprit, et quelle verve , quelle noblesse il pouvait donner au vers. Le sujet de celte Nouvelle, qu'il divisa en quatre parties, est emprunté au moyen âge. C'est l'histoire d'une jeune fille qui aime un noble cavalier, et qui plutôt que de lui manquer de foi , endure patiemment le long martyre auquel son père l'a condamnée, jusqu'à ce que les tourments du cloître