‹ L'Italie littéraire et artisqueChapitre 2 sur 86 · IJ · texte numérisé non relu

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parce qu'il est rare que les portraits de ces Grands ne gardent pas l'empreinte de leur âme , en même temps que la manière dont ils ont soutenu les coups de la Fortune devient une leçon pour la postérité. Les Génies de la France , de l'Angleterre , de l'Allemagne, de l'Espagne , sont nombreux; mais, si l'amour de la patrie ne m'aveugle pas, nulle part il ne plut au Créateur d'en animer de son souffle divin un plus grand nombre qu'en Italie, dans cette Italie d'où les belles-lettres passèrent dans la barbare Europe , et où les arts brillèrent du même éclat dont resplendirent autrefois les villes grecques. Et ceci de l'aveu même de Voltaire, peu enclin d'ordinaire à nous louer.

Mais ce qu'on nous envie surtout, et le plus universellement, ce sont nos Arts, ce sont nos Peintres, nos Sculpteurs, nos Architectes, nos Musiciens, dont les vies sont partout décrites, et les ouvrages proposés comme d'éternels modèles. On a moins écrit sur nos Poètes et nos Prosateurs , envers qui l'Europe se croit obligée à moins de reconnaissance, oubliant de quel bienfait elle est redevable à Dante, à Pétrarque, à Boccace, à Machiavel, à Galilée, ces premiers restaurateurs des lettres et des sciences. C'est pourquoi , désireux de rappeler la part qui revient à l'Italie dans l'œuvre de la civilisation, j'ai donné d'abord les biographies des Poètes et des Prosateurs, et comme les Lettres ont une alliance étroite avec les Arts, j'y ai ajouté celles des Peintres , des Sculpteurs , des Architectes et des Musiciens les plus célèbres. Ces notices ont été, pour la plus grande commodité du lecteur, renfermées en un seul volume , en tête duquel on a placé la traduction d'un discours sur le Génie Italien, composé par un Français recoimaissant, à qui je suis heureux de pouvoir offrir ici mes remerciments publics pour avoir justement revendiqué en faveur de l'Italie, une des gloires, hélas! en petit nombre qui lui restent et qu'on voudrait lui enlever.

Je ne me borne pas à raconter les vicissitudes des illustres Italiens, j'examine aussi leurs ouvrages, ceux-là surtout où se révèlent leur génie et leur âme. J'exalte ces esprits élevés qui aimèrent assez la Religion pour en faire l'inspiration de leur muse, sans oublier, comme d'autres l'ont fait, avec une négligence coupable, d'honorer en eux les vertus patriotiques. Toutefois, mon admiration pour nos grands hommes ne va pas jusqu'à dissimuler leurs défauts et à ne voir partout que des perles. Je ne pardonne pas à ceux qui s'imputent à honneur de souiller leurs écrits de tournures étrangères, comme si la langue italienne était une

mendiante, elle, l'héritière des richesses antiques. Et plût à Dieu que les corrupteurs du goût se fussent contentés de ce sacrilège, sans aller jusqu'à renouveler les folies du xvr siècle ! Plût à Dieu qu'un trop grand nombre parmi eux ne se fût pas laissé gagner par ces utopies sociales qui compromettent si gravement la liberté en France !

Pour que le lecteur puisse se former une idée plus exacte des Écrivains dont nous étudions les œuvres, je leur ai emprunté des fraoments, soit en prose, soit en vers, qui composent un assortiment de modèles de tous les genres de style. Ces emprunts suppléeront sans doute à l'insuffisance de ma critique.

C'est ainsi que l'on a cité en entier, pour défendre la mémoire de Machiavel , l'éloquent chapitre des Discours sur les Décades de Tite Llve , où le grand politique en justifiant les fondateurs de royaumes ou de républiques , flétrit les fondateurs de tyrannies. J'ai extrait de Guicciardini ce passage où il peint avec tant de vérité Charles VIII, dont l'invasion , qui devait entraîner tant de maux à sa suite , commença la division et la servitude de l'Italie. Je vous montre Castiglione, lorsqu'il traite des devoirs du Courtisan, flagellant les hommes pervers qui emploient les grâces de leur esprit à corrompre les princes et à « infecter d'un venin mortel la fontaine publique où puise tout le peuple. » Je vous ai offert un modèle d'éloquence dans la péroraison de monsignor Jean de la Casa, lorsque voulant persuader au doge de Venise de se liguer avec Paul III et Henri II contre l'empereur Charles V, il dépeint « le monstre plein de rage de cette monarchie cruelle qui convoite et qui dévore le sang et la vie et la liberté de chacun. » J'ai choisi dans les Lettres de Magalotti contre l'Athéisme le passage où cherchant à convaincre un ami de l'existence de Dieu, il lui dit : « Vouloir comprendre Dieu est une folie en soi, une témérité de votre part et pour lui, si par hasard il existait, une injure. « J'ai reproduit les réflexions piquantes d'Alexandre Manzoni quand il montre le peuple tour à tour acteur, spectateur, instrument, obstacle, au gré du vent. ,Te n'ai eu garde d'omettre les magnifiques paroles avec lesquelles le philosophe Gioberti décrit la ville éternelle, ni l'élan généreux de Giacomo Leopardi, lorsqu'aux femmes, habituées à triompher des natures les plus rebelles, il demandait compte de l'assoupissement et de la dégradation de leurs fils. Et comme je crois que l'union dont le défaut se fait si vivement sentir parmi nous tient en grande partie au respect de l'idiome national , j'ai voulu vous redire encore une fois les beaux vers de

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