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Mamiani , que nous avons répétés souvent , où il reproche aux esprits corrompus de l'Italie d'avoir une langue esclave et lâche comme leur cœur et comme leur pensée.
Je ne me suis pas contenté de vous montrer les Poètes et les Prosasateurs anciens, et, pour faire voir que l'Italie n'est pas une terre de morts , j'ai choisi parmi les vivants quelques noms dont elle s'enorgueillit à juste titre. Je regrette que l'impossibilité où l'on a été de se procurer leurs portraits m'ait empêché de donner les biographies de Berchet, qui flagellait en vers dignes d'Archiloque les malheureuses qui enivraient de baisers italiens le soldat de l'Autriche, et de Giusti, qui mit au service de la satire un mètre nouveau et l'âme d'un citoyen. C'est encore un chagrin pour moi que parmi les Femmes Poètes les plus célèbres je n'aie pu placer les vivantes, et surtout Catherine Ferrucci, dont l'Hymne à la Providence et le Chant de guerre respirent une âme patriote et virile sous une brillante imagination. J'eusse aimé à rendre un juste hommage aux filles, aux épouses et aux mères, chez qui le talent rehausse l'éclat de la vertu et défend les femmes italiennes contre des accusations mensongères. Pour vous, amants passionnés des Beaux- Arts, tout en trouvant dans ce recueil les maîtres les plus fameux dans la Peinture, l'Architecture et la Musique, vous regretterez que son étendue ne m'ait permis d'introduire parmi eux ni le Pérugin, le porteétendard de l'école romaine , ni le Ghirlandaio qui préluda à la manière terrible de Michel-Ange, ni Andréa del Sarto, l'irréprochable (seni?L errori), ni le Giorgione, rival du Titien, ni Ghiberti , qui sculpta ces portes que Bonarroti appelait dignes du Paradis, ni Jomelli, l'admirable auteur du Miserere, ni le Porpora, fameux par ses sublimes récitatifs. Il faudrait des volumes pour donner une idée complète de l'originalité, de la variété, de la grâce et de la puissance de nos Artistes.
Et vous pardonnerez , esprits généreux , je n'en doute pas, si quelquefois l'amour des deux patries, celle qui m'a vu naître et celle qui m'a adopté, ne m'a point permis de maîtriser l'espérance ou la crainte, la colère ou la pitié que je ressentais en présence des catastrophes dont j'ai été témoin ou que je contemplais avec les yeux avides de la pensée. Et comment taire sa joie alors que Rome , l'éternelle aspiration de toute âme bien née, semblait se relever de ses ruines séculaires; alors que la valeureuse Milan et l'invincible Venise, rendues à la liberté, juraient de ne plus retomber sous les griffes autrichiennes, et que les cités piémontaises, lombardes, toscanes , romagnoles, siciliennes vou-
laient toutes s'unir dans la ligue sainte, qui seule doit tirer l'Italie de l'abîme du déshonneur? Comment ne pas maudire les discordes jalouses des imprudentes cités qui , au lieu de courir sus aux Barbares et de marcher résolument à Novare , laissaient échapper l'occasion et usaient leurs forces dans des discussions politiques, comme si celui-là était libre de choisir qui sent sur sa gorge le pied du vainqueur? N'était-ce pas aussi un devoir pour moi, en retour de l'hospitalité généreuse dont je jouis depuis de longues années, de dévoiler ces utopies socialistes que quelques milliers d'insensés auraient voulu appliquer dans ces journées fratricides dont Paris tremble encore? Je ne crains pas de le dire , dût-on me taxer de présomption , si quelque honneur doit me revenir, c'est à cela sans doute, c'est à ces libres aveux que je le devrai. Il y a quelque mérite, en effet, dans cette succession lamentable de révolutions et de guerres civiles, quand chacun tournait si rapidement à la tyrannie ou à la démagogie, à être resté l'ami passionné mais sage de la Liberté. Et cependant, je le sais, en même temps que j'encourrai la haine des Socialistes de France pour avoir osé leur déclarer la folie de leurs systèmes, je soulèverai contre moi les républicains d'Italie à qui je montre le danger de leur doctrine : esprits généreux, sans doute, mais sur qui doit retomber la responsabilité de la ruine de ce pays, à qui n'a manqué, ces dernières années, aucun aide du ciel ou de la fortune, à qui a manqué une volonté ferme. Moi aussi, dont personne ne contestera le profond amour pour notre malheureuse patrie, moi aussi je soupire après l'unité italienne, mais je l'attends avec une courageuse patience du travail du temps et de l'impérissable vertu de tout ce peuple qui est divisé par les Apennins et entouré par les Alpes et par la mer.
L'ouvrage n'est rien, si l'on regarde à l'insuffisance de l'auteur, le sujet seul lui donne du prix. Mais cela même n'est-il pas un péril pour l'auteur? Ne lui demandera-t-on pas les agréments du style et la finesse des aperçus, que le concours de plusieurs écrivains compétents n'eût pas manqué de répandre sur un ouvrage de cette nature, au lieu de songer que c-'est au contraire un avantage que personne que lui n'y ait mis la main? En effet, il arrive rarement que plusieurs esprits adoptent le même point de vue et s'entendent pour faire plus de cas des qualités de la substance que des apparences de l'écorce, pour préférer une pensée rendue en bons termes plutôt qu'en termes barbares , pour blâmer le prosateur ou le poète qui semble ne témoigner nul souci d'instruire
le lecteur par de mâles pensées, et de l'enflammer par la science de l'amour delà patrie. Quand il s'agit ensuite déjuger les Artistes, est-ce que les contradictions ne fourmillent pas parmi les biographes? Est-ce qu'on n'en voit pas qui s'extasient devant un tableau où ni le dessin, ni la composition ne répondent à la noblesse du sujet et où la couleur a enfanté des spectres et des figures de cauchemar plutôt que des formes naturelles? Et ne regarde-t-on pas souvent comme un chef-d'œuvre tel Opéra où la musique, au lieu de pénétrer dans l'âme de l'auditeur, ne produit qu'un affreux tintamare qui déchire l'oreille sans la dépasser?
Je regrette vivement d'avoir été contraint de restreindre dans un si petit nombre de pages , les vies de ces merveilleux esprits , et il m'a semblé faire l'office d'un peintre qui s'étudierait à représenter des géants sur une toile de quelques palmes. Toutefois cet abrégé pourra suffire à qui n'a pas étudié ces Génies dans la multitude de leurs chefs-d'œuvre, ou dans les analyses savantes qu'en ont données des critiques célèbres, en même temps qu'il sera goûté peut-être par ceux qui aiment à trouver beaucoup de matière sous un mince volume, sans déplaire à ceux qui cherchent surtout l'agrément dans les compositions littéraires. D'ailleurs ne m'étant rien proposé au delà de ce double but, si ces Biographies des Écrivains et des Artistes font naître en vous le désir de les étudier dans les livres , dans les toiles, dans les marbres, dans les palais et dans les temples, qui font l'orgueil de l'Italie, si ces sublimes exemples poussent les fils oublieux à marcher sur la trace de leurs pères, je bénirai un labeur enduré avec un dévouement de citoyen.
Toutefois, je ne croirai pas vous avoir dévoilé le Génie de l'Italie, sinon quand je vous aurai montré les Philosophes, les Savants, les Politiques et les Guerriers qui abondèrent parmi nous. Ce sera la matière d'un second volume, intitulé l'Italie Scientifique et Civile, et auquel j'apporterai tous mes soins, si les événements inattendus qui m'ont contristé pendant cette première partie de ma tâche , ne me refusent pas les consolations de l'étude. Cependant , quoi que prétendent certains esprits qui désespèrent de l'Europe , j'ai le ferme espoir que les peuples, instruits par l'expérience, cesseront de se hasarder en aveugles dans la voie des révolutions liberticides, et se confieront aux armes de la CiviUsation. Qu'ils se rappellent les dures conditions auxquelles était soumis depuis des siècles le troupeau humain , qu'ils se réjouissent de la part nouvelle qui leur a été faite, qu'ils se réconfortent par l'espé-
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rance des destinées meilleures que le temps leur prépare. Que l'amour soit le doux lien qui unisse les hommes , que les pauvres continuent à supporter vertueusement ces douleurs auxquelles le riche doit , par une obligation suprême , apporter un soulagement fraternel. Qui ne voit que si chacun obéit à cette loi de concorde, c'est alors que naîtra ce Monde de félicités que les utopistes promettent faussement avec leurs systèmes ou puérils, ou subversifs de tout ordre social, ou impossibles à l'humaine nature? La France ne se retournera plus sur son lit de tribulations, l'Angleterre, moJératrice des destinées européennes, ne pleurera plus sur l'Irlande affamée, l'Allemagne proclamera l'unité tant désirée,. la Pologne retrouvera son indépendance, l'Italie, débarrassée de l'ignorance qui lui fait la guerre, indépendante et libre, ne pleurera plus l'exil de ses hls , et nous recouvrerons notre ancienne suprématie, nous qu'Alfieri appelait:
" Les bouillantes, les valeureuses nations italiennes, par qui toute "rande chose est entrée dans le monde. »
GlLSEPPE ZlHARUl.M.
Paris, 25 (cvrier IS.jO.
riTALIE ,
^itiévaire et ^rti^tiqui^^