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et les terreurs superstitieuses la conduisent au tombeau. Il semble que le poëte, en personnifiant dans Roland la puissance paternelle, dans Richard la valeur chevaleresque, dans Ildegonde les tortures du sacrifice monacal , ait voulu offrir le tableau complet de ces siècles tout de crimes et de vertus. Une scène d'un pathétique terrible , est celle où la pauvre fille, après avoir lu dans un sot livre qu'on a fait tomber exprès entre ses mains, les tortures d'un damné , se figure voir, dans son imagination troublée, son bien-aimé Richard changé en un démon hideux , s'acharner à sa poursuite , si bien que pour lui échapper elle se précipite du haut d'une fenêtre. Les sœurs s'attachent à ses pas comme à ceux d'une bête fauve, et se font un jeu de ses tourments :
» Pauvre Ildegonde! chaque secousse rouvre la blessure de sa tête ; le sang coule et rougit sa chevelure ; son œil se creuse , tantôt hagard , tantôt stupide ; une rage insensée l'anime , et on là voit par instants mordre sa langue et ses lèvres.
'< On la transporte dans les tristes cellules, affreux et noir séjour des infortunées dont la raison a péri dans l'horreur de leurs tourments ; emprisonnée dans un amas de cordes on la jette sur un dur grabat ; ses pieds et ses mains sont chargés de lourdes, de douloureuses chaînes.
« Elle passa trois semaines entières en proie à ce délire épouvantable , sans que le sommeil fermât un seul instant sa paupière , sans que ses membres fatigués reposassent un seul moment. Hélas ! que de fois, dans cette veille affreuse, elle mordit avec rage ses propres chairs, déchira ses liens , rouvrit l'horrible plaie , et y plongea ses mains , la malheureuse !
« Elle blasphéma Christ et tous les sacrements , les saints et le ciel , auteur de ses jours ; elle maudit sa naissance, elle maudit le ventre qui l'avait portée, les mains qui la reçurent, le moment où l'on dit : Une enfant est née , et appela le feu de la vengeance à venir sur la tête impie de toute créature.
« Souvent, s'arrêtant au milieu de ses imprécations, elle pousse un éclat de rire , elle parle et répond comme s'il y avait à côté d'elle tantôt une ou deux, tantôt un plus grand nombre de personnes. D'autres fois un chant glisse sur ses lèvres, c'est le chant plaintif de Richard qu'elle a entendu tant de fois dans les nuits sereines , et qu'elle va répétant au bruit de ses chaînes. »
Le succès â' Ildegonde inspira à Grossi la malheureuse idée de composer une épopée héroïque , les Lombm^ds à la première croisade , dont il fit paraître un fragment en 1826. Ce n'est pas que ce poème ne soit remarquable à plus d'un titre ; les passions , comme les descriptions, y sont en général bien traitées; mais il eut le tort de dépouiller ses croisés de la grandeur dont Tasse les avait revêtus , et qu'il prête
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aux personnages les plus ordinaires. Qui n'est choqué, par exemple, de voir son Pierre l'Ermite , dont il fait par une contradiction choquante , un fanatique et un traître , en venir à une de ces luttes chevaleresques qui rappellent les grossiers spectacles de l'Angleterre et de l'Amérique? Les Lombards essuyèrent de vives critiques ; et si l'on vit par là que ces doctrines erronées n'étaient pas nouvelles en Italie , les novateurs apprirent aussi que l'on ne s'écarte pas impunément dubeau, et que la chute suit presque toujours un essor téméraire.
Le succès des Fiancés tenta également Grossi , qui donna Marco Visconti, histoire milanaise de 1300 , oîi le tableau des guerres civiles, celui de la liberté mourante, et de la tyrannie des Visconti eussent demandé une plume plus éloquente. Toutefois ce roman renferme plusieurs caractères bien tracés , entre autres celui de iMarco ; mais l'imitation de Manzoni est partout flagrante : ceci soit dit plutôt à la gloire du modèle qu'au blâme de l'imitateur.
Le dernier ouvrage de Grossi a été Ulrique et Lida , épisode des guerres du xir siècle entre les Milanais et ceux de Côme. L'héroïne de cette Nouvelle est, comme d-Axis Ilder/onde et la Fugitive, une victime de l'amour, dont les vertus illuminent la barbarie de ces temps que l'auteur aime par-dessus tout à décrire. Une remarque à faire , c'est que les femmes qu'il met en scène oublient toutes et leur patrie et leurs parents : et l'on ne peut s'empêcher de trouver que le récit de leurs aventures serait beaucoup plus touchant si le poète, mieux inspiré, ne se fût pas préoccupé exclusivement du triomphe de l'amour.
Aujourd'hui Grossi paraît avoir renoncé pour toujours aux lettres, et préférer les durs labeurs du notariat à ces études charmantes qui vous payent par une ample moissonde gloire. Je ne m'en plaindrais pas si l'Italie n'avait perdu en lui qu'un versificateur facile : car elle en a assez. Dieu merci, et je ne vois pas qu'elle ait grand sujet de s'en enorgueillir. Mais Grossi pouvait mieux que cela; il pouvait ( et c'est pour cela que son silence me peine) nourrir le peuple de sages et consolantes pensées comme celle-ci qu'il a mise à la fin de son roman : « Il suffit d'un peu de réflexion pour s'apercevoir que la Providence, en arrangeant de cette manière les aô'aires de ce monde , avait ses vues ; que, par conséquent, vouloir que chacun soit rétribué ici-bas selon qu'il nous semble qu'il l'a mérité , est de notre part impatience, légèreté, présomption et pis; c'est nous supposer plus de discernement qu'à Dieu; c'est oublier que les comptes s'établissent ici-bas, mais qu'ils se règlent ailleurs. »
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A-T-iL une chose au monde que l'on ambitionne plus que la gloire ? Rien ne coûte pour l'obtenir, ni veilles , ni périls ; et cependant, le plus souvent, ambitieux ou modestes , elle trompe notre attente , et son laurier tardif n'ombrage que notre tombe. Heureux donc, heureux entre tous, celui qui atteint cette gloire de son vivant, et plus heureux encore si elle est le fruit de nobles écrits qui inspirent l'amour du bien et la pratique des vertus! Le poëte dont je vais parler eut ce rare bonheur, et seul peut-être parmi les modernes , il se vit plaint et admiré de son vivant par toute l'Europe. Qui ne connaît les événements de sa vie? Qui n'a présentes à l'esprit les longues douleurs de ses prisons ?
SiLvio Pellico naquit à Saluées, en Piémont, en 1789. Par un pieux dessein de la Providence, il eut dans son père, Onorato , un guide vertueux qui par la puissante leçon de l'exemple forma son âme à la constance et à la dignité dans le malheur et à la magnanimité du pardon. Lorsque éclata la révolution de France, Onorato Pellico, qui tenait pour le roi, fut forcé de se réfugier avec sa femme et ses enfants dans les Alpes, et le roi ayant fini par triompher, il fut assez heureux pour offrir un asile dans sa maison à
qui avait été cause de son exil. Le jeune Silvio vint au monde si débile, qu'on ne pensa pas qu'il pût vivre au-delà de sept ans ; en revanche , la nature lui avait accordé une âme remplie de chaleur et de poésie, k dix ans, il composa plusieurs scènes d'une tragédie dont le sujet était emprunté aux héros d'Ossian, dont Cesarotti avait engoué l'Italie. Son goût pour le théâtre fut entretenu en quelque sorte par l'exemple de son père, qui s'amusait à composer des comédies que Silvio avec son frère Louis et d'autres enfants, garçonset filles, représentaient à Turin, sur un théâtre construit grossièrement. A dix-sept ans , ayant accompagné à Lyon sa mère qui allait y marier sa sœur jumelle Rosine, il se donna tellement aux études et aux conversations françaises, qu'il semblait avoir perdu de vue l'Italie, lorsque le poème inspiré des Tombeaux, qui venait de faire révolution dans la Péninsule, réveilla en lui le souvenir et l'amour de son pays. Il quitta la France pour revenir à Turin, et se rendit ensuite à Milan , où il eut le bonheur de connaître et de voir familièrement Monti et Ugo Foscolo, qui excitèrent en lui une noble émulation.
En 1816, une actrice célèbre, Carlotta Marchionni , qui semblait devoir réussir admirablement à exprimer toutes les passions de la tragédie, donna l'idée à Silvio de faire revivre sur la scène cette Françoise d'Arimino dont les vers éloquents de Dante avaient fait excuser la passion adultère. La tragédie de Françoise, qui fut représentée à Milan, à Naples, à Florence, à Bologne, péchait à la fois et par l'analyse des passions , et par la peinture des mœurs qui ne sont pas celles de cette époque barbare , et par le style qui est loin d'atteindre à la terreur tragique du sujet. De plus , l'auteur manquait évidemment à l'obligation imposée au poète dramatique , de ne mettre jamais le vice sur la scène que pour faire briller et aimer davantage la vertu combattue, et de le montrer toujours sous un aspect repoussant. L'adultère Françoise, bien loin d'éprouver aucune crainte ou aucun remords, pousse l'aveuglement et l'impudeur de la passion jusqu'à déclarer elle-même et sans hésiter sa faute à son père. Aucun blâme ne s'attache à son complice Paolo, que le poète représente comme doué de toutes les vertus nobles et aimables. L'époux abusé seul , le frère trahi , Lanciotto , est vil, méprisable, odieux. La moralité des autres compositions de Pellico , à laquelle je suis des premiers à rendre hommage, ne doit pas m'empêcher de m'exprimer franchement sur le compte de sa première tragédie , d'autant que le reproche que j'adresse à Françoise d'Arimino est devenu le défaut presque général de la scène française , qui n'enfante plus de nos jours que des drames où l'immoralité le dispute à l'invraisemblance. Cependant, l'intérêt même du sujet, rehaussé par le souvenir de Dante, la grâce du style, le pathétique touchant qui y règne, firent goûter la pièce de Pellico. Les élans de patriotisme dont elle est semée par intervalles contribuèrent encore
plus au succès. Il était aisé de voir que tout sentiment italien n'était pas mort en nous, aux applaudissements enthousiastes qui accueillaient ces paroles de Paolo, lorsqu'en apprenant de la bouche de Lanciotto la mort de son vieux père , il s'écriait :
« M'a-t-il béni? — Du haut du ciel il nous regarde, il nous voit unis et son àme est joyeuse. Nous serons désormais unis pour toujours. Je suis rassasié de toute vaine ombre de gloire. J'ai versé mon sang pour le trône de lîyzance, combattant des cités que je ne haïssais pas, j'acquis un vaillant renom , et le clément empereur me combla d'honneurs : cependant, au sein des applaudissements universels, je me méprisais moi-même. Pour qui donc fuma mon glaive? Pour l'étranger. Et n'ai-je pas une patrie à qui appartient le sang de ses fils? Pour toi, pour toi, qui as de pieux citoyens, ô Italie ! je combattrai, si jamais l'envie te fait outrage. N'es-tu pas la plus aimable terre de toutes celles que le soleil échauffe ? N'es-tu pas la mère des beaux-arts , ô Itahe ? Ta poussière n'est-elle pas la poussière des héros? Tu as nourri et illustré mes aïeux , et tout ce que je chéris habite dans ton sein. »
A l'éclat d'une renommée précoce, Peliico joignit bientôt l'amitié douce qui le lia avec le comte Porro Lambertenghi, dont il éleva les fils avec une tendresse de père. Il connut dans cette maison Byron , Schlegel , madame de Staël, et une foule d'autres célébrités. Son goût pour la littérature s'accrut naturellement par le commerce de ces esprits d'élite ; et , jugeant en même temps que l'écrivain doit faire office de citoyen, il conçut le projet de la fondation d'un journal qu'il appela le Conciliateur, et destiné à préparer le réveil de la nationalité des Lombards courbés sous le joug autrichien. Romagnosi, Gioia, Manzoni, Grossi, Berchet et quelques autres, s'associèrent généreusement à cette périlleuse entreprise , qui ne se soutint pas au delà d'une année. Le gouvernement autrichien prit ombrage de celte école de libres penseurs, et le journal fut suspendu. C'était merveille qu'il eût patienté jusque-là. En revanche, il ne s'en tint pas à cette mesure, mais prenant prétexte de la révolution de Naples, dans laquelle il impliqua les écrivains du Conciliateur, il les fit arrêter en masse. Peliico, conduit le 13 octobre 1820 dans les prisons de Sainte-Marguerite, en sortit bientôt pour s'entendre lire sur la place de Venise et en plein échafaud l'arrêt de la commission qui le condamnait à la peine de mort , que l'empereur François commuait paternellement en quinze années de carcere duro au Spielberg.
Peliico nous a appris lui-même dans ses Prisons comment s'écoulèrent les dix années que dura sa captivité. Quant au livre lui-même , que pourrais-je en dire? Plusieurs centaines d'éditions, des traductions dans toutes les langues , n'ont pas suffi à l'admiration de l'univers. La haine de la tyrannie autrichienne, un récit tout plein de ces vertus
évangéliques si longtemps insultées , méconnues , bafouées et dont on avait soif à cette époque , telle fut la double cause de la renommée universelle des Prisons. De plus, par un bonheur qui n'échoit pas toujours aux meilleurs ouvrages , la traduction de M. Antoine de Latour donna au livre français un mérite littéraire qui manquait à l'original , où l'on voit trop l'empreinte de la langue que l'auteur avait étudiée à Lyon. On a prétendu , je le sais, que le récit d'une si grande infortune pouvait se passer des artifices du style ; comme si nous n'avions pas les lamentations de Jérémie et de Job , où l'énergie de l'expression s'égale partout à l'infini de la douleur. Et en laissant de côté ces sublimes modèles , Pellico ne manquait pas de compositions de toute espèce , et dans toutes les langues , où l'on peut apprendre à écrire correctement sans pédantisme, simplement avec élégance.
Cependant je n'entends pas dire par là que le livre des Prisons ne mérite pas la sympathie durable des peuples. Et comment n'être pas touché des souffrances racontées avec une si grande résignation chrétienne et une telle mesure de paroles , que Pellico semble plutôt spectateur qu'acteur du drame inique? Ni les plombs de Venise, ni le carcere duro du Spielberg ne purent affaiblir l'âme et l'intelligence du poète qui composa les tragédies à'Esther d'Enyaddi, d'iginia d'Asti, de Leoniero di Dertona. Plus tard, lorsque Pellico eut été rendu aux douceurs de la liberté et de la patrie , il donna Gismonda, Hérodiade , Thomas Morus et ses Poëmes chevaleresques Le traité des Devoirs des hommes est une belle école de ces vertus chrétiennes et civiques qui pouvaient seules donner au martyr de la liberté italienne la force de raconter sa souffrance de dix années, sans qu'il lui échappât un seul cri de colère ou de vengeance. On l'a blâmé de cela; je l'en louerai. Le livre évangélique, libre de censure, a couru de bouche en bouche, de pays en pays. Aux tortures de Pellico, de Maroncelli , de Foresti , à l'agonie d'Oroboni , mort de faim , l'Europe entière frémit et cria anathème contre les bourreaux tudesques. L'Autriche, plutôt épouvantée qu'assouvie, sentait ses ongles s'amollir et lâchait ses proies.
Cui^i Carrer.
ERSONNE ne niera que, si l'Italie est inféneure à quelques autres nations en fait de libertés politiques , elle ne puisse se vanter à bon droit de l'emporter sur elles en fait d'art et de littérature, et d'être le sol fécond où s'épanouit dans tout le luxe de sa végétation ce beau qui germe à grand'peine ailleurs. Cette abondance naturelle est certainement le don le plus précieux du génie italien, mais un don funeste parfois, parce qu'il pousse beaucoup de nos écrivains, yi^ par un excès de confiance dans leur talent, à négliger ^e secours de l'étude. C'est ainsi que les poètes contemporains ont réduit la poésie à n'être plus qu'un son, et ont corrompu en eux les dons de la nature, tandis qu'il leur eût été facile , par un peu de travail , d'ajouter de véritables richesses à notre patrimoine littéraire. Ces réflexions ne sont pas hors de propos maintenant que je dois parler d'un homme qui, après avoir été improvisateur dans sa jeunesse , mérita plus tard le nom de poète, quand il eut embrassé des études plus sérieuses, et que l'on pourrait louer peut-être sans restriction , s'il avait toujours pu se garder de cette facihté malheureuse où il s'élait trop complu autrefois. Louis Carrer, né à Venise en 1801 , passa les années de sa jeunesse
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sur les bords de la Piave, au milieu des bois, en présence des scènes imposantes de la nature , qui nourrirent ses rêveries et portèrent son esprit à la contemplation. La poésie devint ainsi le premier amour du jeune homme, et la tendresse qui remplissait son âme débordait naturellement de ses lèvres en rimes harmonieuses. 11 revint peu après à Venise , où il donna plusieurs tragédies improvisées qui obtinrent un assez grand succès ; mais , par bonheur , il renonça presque aussitôt à cet exercice puéril pour des études sérieuses et pour chercher les vraies sources du beau.
On était alors au fort du romantisme en Italie. Les réformateurs , regardant toute règle comme une entrave et donnant le nom de liberté à la licence, tentaient de saper les fondements du vieil édifice. Il n'est pas surprenant que ces doctrines faciles aient séduit un jeune homiçe porté à trouver beau ce qui dispense de l'effort, et la Fiancée de Messine et le poëme de Clotaldo furent le fruit de ces études romantiques. Sa tragédie, représentée à Venise, n'eut pas un grand succès, parce qu'il est bon de savoir que Carrer, qui, comme tout bon romantique, avait en horreur de suivre les classiques, n'avait pas dédaigné de copier Schiller, ce qui le fît tomber dans la froideur et l'exagération , défauts ordinaires de toute imitation qui n'est pas réglée par le goût. Son poëme, composé de trois chants en vers libres, fut goûté davantage. En effet, s'il manque de cette science de style nécessaire au vers non rimé pour qu'il n'engendre pas la satiété et ne tombe pas dans le prosaïsme, on doit savoir gré au poète d'y avoir mêlé de salutaires réflexions et un juste tableau des misères humaines.
Nommé , en 1830, suppléant à la chaire de philosophie de Padoue , cet emploi ne le détourna pas de ses premières études, et il publia successivement ses Sonnets, ses Odes et ses Ballades. Carrer excelle dans les peintures touchantes ; son défaut est de ne pas regarder assez à l'importance des sujets et de ne pas se défier assez de sa facilité d'improvisation. Cependant la poésie ne lui paraissait plus, comme autrefois, une chose de pur amusement , et il s'exprimait ainsi dans une de ses odes, la Poésie des Siècles Chrétiens :
« Je hais le vers qui, rebelle, jaillit de l'àme avec un long effort ; je hais le vers qui feint d'exprimer un sentiment qui n'est pas dans le cœur.
« Je hais le vers que le désir impuissant des vertes couronnes, qui ne seront jamais sa récompense, compose avec les débris épars de canzones immortelles.
« Je hais le vers qui fatigue l'esprit par un vain appareil de science ; je hais le vers qui rassasie l'oreille, mais qui laisse l'àme à jeun.
« Sainte flamme de vie et d'amour, don véritable du génie, tu parles bien à mon cœur, mais ma langue ne peut te retracer. »
Carrer est doué de cette droiture d'àme dont l'absence rend la pro-