‹ L'Italie littéraire et artisqueChapitre 22 sur 86 · LUIGI CARRER · texte numérisé non relu

LUIGI CARRER

fession d'homme de lettres inutile ou dangereuse. Devenu directeur du journal le Gondolier, à Venise, qui dura de 1833 à 1842 , il y inséra un grand nombre d'articles sur divers sujets, et qui se recommandent par un but d'utilité , ainsi que sa Petite morale et ses Petits traités d'esthétique , où l'on voit le désir d'imiter les grâces incomparables de l'Observateur de Gaspard Gozzi. Ceux qui, en voyant la bassesse où nous sommes tombés en fait de style , comprennent la nécessité de réhabiliter l'étude des anciens , lui sauront gré d'avoir recueilli avec beaucoup de goût, dans la Bibliothèque classique italienne, les meilleures compositions artistiques et littéraires de l'Italie, entreprise utile qu'il n'a pas dépendu de lui de conduire à bonne fin. Ces travaux lui valurent une place de professeur à l'école technique et la direction du musée municipal de Venise. Il continua à faire marcher de front les affaires publiques et les études, et fit paraître, en 1838, le livre de l'Anneau de Sept Perles, où il prenait occasion de la vie de sept Vénitiennes illustres pour entrer dans des considérations historiques et morales sur l'ancienne reine de l'Adriatique. En 1842, il donna une édition d'Ugo Foscolo, qu'il fit précéder d'une notice biographique où il exhorte les jeunes gens à ne pas se modeler sur l'exemple dangereux de cet écrivain. Puis il est revenu dernièrement à la poésie , et s'occupe aujourd'hui de la composition d'un poëme , la Fée Vierge, dont quelques fragments ont déjà vu le jour. Je regrette, pour ma part, de voir un esprit aussi distingué que celui de Carrer occupé de ces fictions puériles. L'Italie a besoin de faire son éducation politique , et c'est à quoi les poètes devraient songer. C'est pourquoi j'aimerais à voir Carrer, à l'exemple de Berchet etdeMamiani, méditer sur les destinées nationales et chanter les gloires, les malheurs, les espérances de l'Italie soupirant après sa résurrection. Il faut dire aussi pour être juste, que Carrer vivait à Venise ; et comment servir activement la patrie à Venise, sous la tyrannie autrichienne, là où le seul mot de liberté était un crime, où celui qui aurait été assez hardi pour le prononcer se fût exposé à perdre la vie avec la parole? Malheureuse Venise, qui expia ainsi la honte d'être tombée lâchement et sans que le souvenir de sa grandeur passée lui donnât la force de luttera son heure dernière. Mais aujourd'hui qu'à la voix de Pie IX la liberté tant attendue se lève triomphante à Rome, à Florence, à Milan et à Turin; aujourd'hui que l'Italie sèche les pleurs qui avaient , durant tant de siècles, maigri et pâli son visage; aujourd'hui qu'elle est devenue l'objet de l'amour de l'Europe , après l'avoir été de sa compassion , Venise sort de son tombeau , son lion superbe se réveille , et , après l'avoir fait trembler au seul bruit de son rugissement , il met en pièces la bête

Qui pour mieux dévorer porte deux becs.

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