POETES
TRAGIQUES ET C05nQUES.
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A notice sur Laurent de Médicis tiendrait peu de place dans cet ouvrage , si je n'avais à montrer en lui que le père du théâtre italien, auquel sa Beprésentation de saint Jean et Paul donna naissance: Il suffirait de dire que les deux héros de la pièce ne sont pas, comme on pourrait le croire , les saints dont il est parlé dans les Évangiles , mais deux suivants de la fille de Constantin mis à mort par Juhen l'Apostat, et que la pièce elle-même, sans autre parure que la simplicité antique, renferme de beaux préceptes de morale. Mais Laurent a d'autres titres à la renommée, et je saisis l'occasion de les faire connaître , en m'aidant des travaux du judicieux Sismondi. Petit de taille, le teint olivâtre, le nez déprimé, la vue courte, la voix rude, les traits mélancoliques et grossiers , mais doué d'une âme forte et généreuse , d'une imagination féconde, d'une mémoire tenace, d'un esprit merveilleusement disposé pour toute sorte d'art ou de science , tel fut Laurent. Il eut pour amis tous les gens de lettres, les aida de sa bourse,
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de ses conseils, de son pouvoir, et au milieu des discordes civiles, mérita le nom de père et de restaurateur du beau. II faut admirer en lui la réunion de ces qualités que le ciel accorde rarement à un seul homme ; mais il est bon aussi de ne pas tomber dans l'erreur de plusieurs historiens, entre autres de Tiraboschi et de Roscoe, qui, éblouis par l'éclat de ses vertus, n'ont pas vu en lui l'oppresseur de la république llorentine, dont Laurent commença l'asservissement et la décadence.
Laurent naquit à Florence, le l""" janvier 144'8, de Lucrèce Tornabuoni et de Pierre de Médicis que quelques-uns ont surnommé le Magnifique. Gentile d'Urbino lui apprit les premiers rudiments des connaissances, Landin les belles-lettres, Argyrophile le grec, l'éthique et la philosophie aristotélienne, Marsile Ficin la philosophie de Platon. Il touchait à sa seizième année, quand la mauvaise i^anté de son père le força de s'occuper des afïiiires et il courut successivement, pour s'instruire dans la politique, à Bologne, à Ferrare , à Venise, à Milan , à Naples et à Rome, où le superbe Paul II l'accueillit avec une gracieuse hospitalité.
Cependant, l'audace des factions allait toujours croissant et Pierre y aurait infailliblement perdu la vie, si son hls Laurent ne fût venu à bout, par son adresse, de déjouer les complots des traîtres qu'il fit bannir comme ennemis de la patrie. La prudence et la fermeté qu'il déploya dans cette occasion engagèrent son père à se décharger complètement sur lui de l'administration des affaires, et le jeune homme porta merveilleusement un si lourd fardeau. Loin qu'il cherchât à exaspérer les partis, il avait coutume de répéter que : « Qui sait pardonner sait vaincre. »
Le 4 juin 14G9, il épousa Clarice des Orsini, et des fêtes, des ballets, des représentations de toute sorte furent donnés à cette occasion avec une grande magnificence. Cette magnificence éclata encore lorsque étant venu à Milan pour le baptême du fils aîné du duc Sforza, il fit présent à la duchesse d'un collier d'or et d'un diamant d'une valeur de trois mille ducats, La générosité naturelle de Laurent lui fit braver la crainte des vengeances de Paul II; car le pontife s'étant ligué avec les Vénitiens contre Robert Malatesta de Rimini , Laurent marcha au secours de celui-ci avec ses troupes réunies à celles du roi de Naples , du duc de Milan et du comte d'Urbin , et défit les pontificaux. Sur ces entrefaites, Pierre de Médicis étant mort, et les deux fils qu'il laissait étant à peine dans la fleur de l'âge, Thomas Soderini, homme considérable par sa vertu et par son crédit, réunit les principaux de l'État dans l'église de Saint-Antoine , en présence de Julien et de Laurent, et demanda qu'on conservât à ceux-ci l'autorité dont la famille des Médicis était depuis si longtemps en possession. Tous jurèrent d'adopter les deux frères héritiers de ce nom glorieux.