BERNARDO DOVIZI DÂ BIBBIENA
auprès de ces beautés plus connues par leurs charmes que par leurs scrupules. Honnête homme, du reste, qui remplit honorablement sa tâche et suivit son élève dans l'exil. Lorsqu'il l'accompagna dans la suite à Rome, il fut chargé par lui et par Jules H de plusieurs négociations où il fit preuve d'habileté et d'un grand savoir politique. A la mort de ce dernier, il eut l'art de persuader au conclave que Jean, qui n'avait alors que trente-six ans, était atteint d'une infirmité secrète qui ne lui permettrait pas de vivre longtemps: le résultat de cette manœuvre fut que Jean devint pape sous le nom de Léon X, et Bibbiena successivement trésorier, cardinal , et surintendant de la Sainte-Chapelle de Lorette.
Dovizi usa noblement de son crédit et de ses richesses ; au lieu de les faire servir à de honteuses débauches, comme on n'en avait que trop d'exemples dans ce temps, il les prodigua aux pauvres, aux artistes, aux gens de lettres. Il eut pour amis Arioste, Bembo, Sadolet, sans parler dune foule d'autres, et par-dessus tout la gloire du siècle, Raphaël Sanzio, à qui il voulait faire épouser sa nièce, si la mort n'eût enlevé le grand artiste. Chargé par Léon X du commandement des troupes pontificales contre le duc d'Urbin, sa valeur et son habileté menèrent cette entreprise à bonne fin. Envoyé en France quelque temps après pour former une ligue des princes chrétiens contre les Turcs, tout en négociant les intérêts de la maison de Médicis, il fit admirer de François I" et de ses principaux ministres cette éloquence insinuante à l'aide de laquelle il savait triompher des volontés les plus rebelles.
La carrière politique de Dovizi ne se fût point sans doute arrêtée là, s'il ne fût mort subitement le 9 novembre 1520. Cette mort donna lieu à diflërents bruits. Les uns veulent que l'ambition de la tiare l'ait entraîné dans une conjuration contre Léon qui l'aurait fait empoisonner; selon d'autres, le pape ayant eu connaissance des projets du cardinal, lui en aurait fait de vifs reproches, à la suite desquels Dovizi fut atteint d'une maladie qui résista à l'emploi des divers remèdes, ce qui fit croire à un empoisonnement.
Distrait de l'étude par les affaires, Dovizi se fit le Mécène de son temps, mais il écrivit peu lui-même. Il ne reste de lui que quelques lettres, une couple de sonnets et une comédie, la Calanclria^ la première pièce en prose italienne, et qui le rend digne d'être compté parmi les restaurateurs de l'art comique en Italie. « Cette comédie, dit-il dans son Prologue^ étant la représentation de scènes et de conversations familières, l'auteur n'a pas cru devoir employer le vers, par la raison
que l'on a coutume de s'exprimer en prose Elle n'est pas écrite
en latin parce que, comme elle s'adresse à tout le public qui n'est point composé uniquement de lettrés, l'auteur, qui désire surtout vous plaire, a préféré se servir de l'idiome vulgaire afin d'être entendu et