‹ L'Italie littéraire et artisqueChapitre 27 sur 86 · BERNARDO DOVIZI DA BIBBIENA · texte numérisé non relu

BERNARDO DOVIZI DA BIBBIENA

goûté par tout le monde ; outre que la langue que Dieu et la nature nous ont donnée vaut bien la latine, la grecque et l'hébraïque, qu'elle égalerait sans peine si nos auteurs la polissaient avec autant de soin que les Grecs et les autres faisaient la leur. »

Le nom de Calandria qu'il donna à sa pièce vient de Calandro, vieillard imbécile, dont la bêtise ne le cède en rien à celle du Caiandrinode Boccace. Ce Calandro devient amoureux de Lidio qu'il s'imagine être une femme, parce qu'il l'a vu une fois sous d'autres habits que ceux de son sexe. Son valet Fessenio l'entretient dans cette fausse idée et lui persuade de plus que Lidio est vivement épris de lui. Il y a surtout une scène très-anmsante, c'est celle où Calandro, ne sachant comment pénétrer chez sa maîtresse, son valet veut le cacher dans un coffre ; et comme le coffre se trouve être trop petit, il lui explique qu'il peut l'y faire entrer pièce à pièce, d'abord les mains, puis les pieds, puis la tête, et que lui, Calandro, n'aura qu'à prononcer ensuite à voix basse le mot ambracullac, pour que les diff'érentes parties de son corps viennent d'elles-mêmes se rattacher. Mais Calandro ne peut venir à bout de prononcer ce diable de mot, tant qu'à la fin de désespoir il s'écrie: Ohimè, ohimè. — « Ne vous avais-je pas dit, reprend Fessenio, que vous ne deviez pas crier? Voilà que vous avez gâté le charme. — Que faire donc? réplique Calandro. — Je prendrai un coff're si grand que vous y entrerez tout entier, » répond Fessenio à son maître imbécile.

La pièce entière , bien écrite d'ailleurs, est pleine d'une verve comique qui rappelle Plante, que Dovizi semble avoir pris pour modèle. Par malheur, il n'a pas su se garder de la licence reprochée par Horace au poète latin , d'autant plus blâmable en cela qu'il prend à contre-sens le but moral de la comédie. On dirait qu'il passe condamnation làdessus; mais il se défend d'une façon très-plaisante, dans son Prologue^ du reproche d'imitation : « Si quelqu'un accuse l'auteur d'être un voleur de Plante, on pourrait répondre d'abord que Plante n'a eu que ce qu'il méritait pour n'avoir pas mis, l'imbécile, ses richesses sous clef et à l'abri des voleurs; mais l'auteur jure par le Dieu vivant qu'il ne lui a pas dérobé ce\a (faisant claquer ses doigts) et il demande qu'on les confronte tous deux. D'ailleurs, on n'a qu'à faire l'inventaire des biens de Plante , et l'on verra qu'il ne lui manque rien : comment donc peut-on accuser l'auteur de l'avoir volé? Enfin s'il se trouvait quelque entêté qui persistât dans son dire, on le prie de ne point faire du tort à l'auteur en le dénonçant au bargel, mais de l'aller dire secrètement à l'oreille de Plante. »

C'est cependant cette comédie hcencieuse, bien plus que les hauts emplois dont il fut revêtu, qui a fait la célébrité du cardinal Dovizi ; grave sujet de méditation pour la postérité, et qui montre quelle est la puissance de l'esprit. Et lorsque, dans les salles du Vatican transformées

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en théâtre, on représenta la Calandria en présence d'une assemblée illustre de dames et sous les auspices du souverain pontife Léon X , lorsque Henri II et Catherine de Médicis, à Lyon, prirent plaisir à ces quolibets obscènes et grossiers, il n'y a rien à ajouter à la peinture des mœurs relâchées de ces temps qui, je l'espère, feront un peu pardonner les nôtres.

tauiiinr^un^ ^ri^53in0.

I le mépris des règles est funeste en littérature, que dire, par contre, de cette imitation aveugle et servile des classiques qui ôte aux esprits, qu'elle courbe sous son joug, la conscience et le sentiment de leurs propres forces? C'est elle qui enfante ces scrupules superstitieux qui font que l'auteur pèse chaque mot , chaque syllabe échappée de sa plume ou de ses lèvres, et se rend insupportable à celui qui le lit ou qui l'écoute. Ce travers a perdu plus d'un grand écrivain , et l'exemple de Trissin coupant lui-même les ailes de son génie, quand la nature l'avait créé pour un sublime essor, est là pour nous prouver que la meilleure de toutes les règles est de prendre pour guide l'inspiration en copiant la nature , seule source de la vérité. Jean-George Trissino naquit à Vicence le 8 juillet 1478. Ses parents, Gasparo Trissino et Cecilia Bevilacqua, comptaient parmi les familles les plus illustres. La mort de son père , comme il était encore enfant, et l'indifférence de sa mère retardèrent ses études, en même temps qu'elles le privèrent de ces joies de la famille qui sont le partage des autres enfants. Il les remplaça par l'amour des belles-lettres, auquel il voua tout le reste d'une longue existence. François de Gragnuola lui enseigna les premiers éléments.

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Plus tard il eut pour professeur de grec Démétrius Chalcondylas, dans les leçons duquel il puisa son adoration pour les classiques. Lorsquece dernier mourut en 1511 à Milan, le Trissin voulut qu'un tombeau en marbre renfermât les restes de ce saint précepteur qui avait répandu dans toute l'Italie la connaissance des chefs-d'œuvre de l'antiquité*. Ses études , quoique tardives , embrassèrent non-seulement les lettres , mais presque tous les arts et les connaissances qui distinguent le gentilhomme du vulgaire ignorant et grossier. Il aimait beaucoup l'architecture , et ce fut lui qui , devinant le talent futur d'André Palladio , cultiva ses premières dispositions et l'envoya à Rome, où il trouva un aliment à son génie.

Le Trissin eut de Jeanne Tiene, sa femme, deux fils dont l'un mourut en même temps que sa mère. Resté seul avec l'aîné, Jules, qui devait empoisonner le peu de douceurs que la vie lui réservait encore, l'époux inconsolable partit pour Rome, où l'admiration des chefs-d'œuvre de l'antiquité tempéra un peu sa douleur. Mais en même temps de pénibles retours sur l'Italie tombée du faîte de la grandeur romaine dans un tel abaissement se mêlaient à ses regrets. Léon X , qui ne goûta point le divin Ârioste , se prit d'affection pour le Trissin qu'il envoya successivement en ambassade près du roi de Danemark, de l'empereur Maximilien et de la république de Venise. Sa faveur continua sous Clément VII , qui le députa une première fois vers Charles-Quint. En 1530, lors du couronnement de ce prince à Bologne, il l'emmena avec lui, et le choisit pour tenir la queue du manteau pontifical. On dit que l'empereur Maximilien l'avait autorisé à joindre à son nom le litre de Toison d'Or, qui se trouve au bas de deux lettres écrites par lui à l'évèque de Trente. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il ajouta à ses armes la devise 10 Ç-^xoyij.£vov àXojTo'v, qui cherche trouve. Après les fêtes du couronnement, il revint à Vicence, où il épousa Bianca Trissino, dont il célèbre la beauté dans ses Portraits des belles femmes de l'Italie. Deux enfants, qu'il eut de ce second hymen, furent un adoucissement aux peines que lui suscita son fils Jules, qui, ayant gagné un procès contre lui à Venise, ne craignit pas de dépouiller son vieux père de la plus grande partie de ses biens. Les honneurs qui lui furent décernés par

' Le Trissin fit graver ceUe inscription simple et louchante sur le tombeau de son

uiaitre :

In sludiis litterarum grtecarum

Erninentissimo

Qui vixil annos LXXXVII mens. V,

Etablit anno Christi MDXI

Joannes Georgius Trissinus, Gasp. fllius,

Prœceptoi'i oplimo et sanclissimo

Posuit.

(JVofe du Iraducteur.)

202 GIANGIORGINO TRISSINO.

la république et dans sa propre patrie ne purent effacer de son âme l'amertume de ce coup, dont il voulut rendre en quelque sorte Venise responsable dans les vers suivants qu'il lui adresse en latin : « Allons chercher une demeure dans une autre partie du monde , maintenant que l'injustice me chasse du toit de mes pères. C'est la dure sentence des Vénitiens qui se fait ainsi complice du tils contre le père, qui veut que le père infirme et décrépit soit dépossédé par le fds de l'antique héritage. Adieu, maison chérie; adieu, doux pénates : je vais, malheureux exilé, chercher des lares inconnus. » 11 se retira à Rome en 1549. Mais c'est en vain qu'il essaya de se replonger dans l'étude, en vain qu'il rechercha la conversation des savants , en vain qu'il se vit prodiguer les honneurs, la blessure avait pénétré jusqu'au cœur, et au commencement de décembre 1550, il expira douloureusement dans sa soixanteonzième année.

Il est difficile de porter un jugement général sur les écrits du Trissin, parce que s'il s'élève dans les uns à une certaine hauteur, il tombe tout à fait dans les autres. Torquato Tasso dans son Second discours sur r art jioétique parle en ces termes du poëme de \ Italie délivrée des Goths: «Trissin, qui se proposa d'imiter religieusement Homère en se renfermant dans les préceptes d'Aristote , peu cité , encore moins lu , presque entièrement oublié , a disparu de la scène du monde , et c'est à peine si on le retrouve aujourd'hui dans la boutique de quelque libraire et dans le cabinet de quelque amateur. » Voltaire porte ce jugement du Trissin : «■ Son plan est sage et régulier, mais la poésie y est faible. Toutefois l'ouvrage réussit , et cette aurore du bon goût brilla pendant quelque temps, jusqu'à ce qu'elle se fût absorbée dans le grand jour qu'apporta le Tasse. Il était avec raison charmé des beautés qui sont dans Homère , et cependant sa grande faute est de l'avoir imité; il en a tout pris hors le génie. Il s'appuie sur Homère pour marcher et tombe en voulant le suivre ; il cueille les fleurs du poète grec, mais elles se flétrissent dans les mains de l'imitateur.» Et ici Voltaire cite à l'appui de son jugement le beau passage d'Homère où Junon ayant mis la ceinture de Vénus surprend à Jupiter des caresses que ce Dieu était peu accoutumé à lui prodiguer, et il rapproche de ce même passage un endroit du chant IIP de V Italie délivrée^ dans lequel l'impératrice , qui veut également séduire Justinien , emploie diff'érents artifices dont la description blesse les convenances par le soin minutieux que le poète met à les détailler.

Cependant Varchi et surtout Gravina, dans sa Règle poétique^ défendent avec énergie le Trissin contre tous les reproches de la critique. Le dernier le trouve admirable pour avoir conservé dans ses vers « les façons naturelles de parler et la grâce de l'harmonie sans la monotonie de la rime.» Où d'autres l'accusent d'avoir outré l'imitation,

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lui se plaît à l'appeler un noble et libre imitateur, et ne craint pas d'avancer « qu'il inventa comme aurait inventé Homère, si celui-ci eût traité le même sujet au temps du Trissin. » Et il part de là pour faire voir en détail l'art de ce poète « dans les écrits duquel on apprend à fuir l'atfectation et le mauvais goût. » Il pousse son apologie jusqu'à attribuer au Trissin « la majeure partie des qualités des anciens sans les défauts des modernes, » à qui il ne craint pas de le comparer. » Cependant, dit-il en terminant, le Trissin , malgré son rare génie, compte si peu de partisans parmi nous, que non-seulement je ne trouverai personne de mon opinion, mais que l'on me plaindra généralement pour être imbu d'une telle erreur. » Le Trissin n'ouït jamais un tel éloge de son vivant, lui qui, forcé de s'avouer que son poënie ne lui donnerait pas cette gloire pour l'amour de laquelle il avait dépensé vingt ans d'études, s'écriait :

« Maudits soient l'heure et le jour où je pris la plume et m'avisai de chanter autre chose que Roland. »

Il m'est impossible de me ranger tout à fait à l'opinion de Varchi et de Gravina. Sans doute V Italie délivrée se recommande par la sagesse du plan et la correction de la forme, mais ces qualités sont trop souvent obscurcies, non-seulement par l'absence du décorum épique , mais encore par une certaine allure prosaïque et un excès de tempérance, qu'on pourrait appeler pauvreté d'imagination et de style.

Les avis ne sont pas moins partagés au sujet de sa tragédie de Sophonisbe, qui fut grandement applaudie lors de son apparition et que Léon X fît représenter avec une pompe inouïe. Scipion MatTei affirme que « la Sophonisbe doit être placée au premier rang parmi toutes les tragédies qui suivirent la renaissance, » et il ajoute « que c'est une chose merveilleuse que la première tragédie qui ait été composée soit aussi parfaite, et qu'on ne peut, à moins d'avoir le goût corrompu par les ariettes des pays voisins, ne pas se sentir ravi par les beautés de la pièce du Trissin... C'est lui qui éleva la grandeur de notre scène jusqu'à rivaliser avec les chefs-d'œuvre des Grecs. >• Voltaire la juge la première tragédie raisonnable et purement écrite «que l'Europe ait vue après tant de siècles de barbarie.» Andres, Corniani et Roscoe combattirent ces opinions et affirmèrent que la Sophonisbe était non-seulement une pièce défectueuse , mais détestable. La vérité est peut-être entre ces deux extrêmes. La tragédie de Trissin ouvrit la voie au bon goût , et de plus , elle servit à Corneille et à Voltaire quand ils traitèrent le sujet de Sophonisbe; mais elle a le tort d'être une copie servile des Grecs et d'être écrite dans un style qui n'est pas toujours en rapport avec la dignité du cothurne.

En dehors de l'art, le Trissin aimait les innovations. C'est ainsi qu'il publia à Rome en 1524, VEpitre des lettres nouvellement introduites

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dans la langue italienne, en faveur de l'e et de l'w grec, du c, du j et du V consonnes, dont il se servit pour l'impression de quelques opuscules et pour celle de la Sophonisbe. Il rencontra de nombreux contradicteurs parmi lesquels Âgnolo Firenzuola, qui le tourna en ridicule dans le Banniseynent des nouvelles lettres. Le v elVi long furent adoptés seuls, à tort, selon moi, car l'admission des autres lettres eût contribué à débarrasser la langue d'une foule de mots équivoques. Nous avons encore de lui un dialogue intitulé le Châtelain, oii il entreprit de prouver que la langue parlée et écrite dans toute l'Italie doit s'appeler italienne et non toscane.

Le dernier ouvrage du Trissin fut la Poétique, en six livres. C'est un traité d'une critique sage et savante, écrit en prose, et dans lequel l'auteur trace les règles qui concourent à la grâce et à l'ornement de la poésie. On ne saurait nier l'utilité de ces préceptes qui contribuèrent beaucoup au rétablissement du goût en Italie; mais ce qui y contribua plus que sa Poétique, ce furent les travers mêmes dont il avait donné l'exemple dans V Italie délivrée, dans la Sophonisbe et dans plusieurs de ses Rime tout à fait vides d'imagination et de sentiment.

ôcipionc iUaffci.

N voit nombre de gens qui , pour acquérir la réputation de savants, font un grand étalage de dates et de noms d'auteurs. Pourquoi? Veulent-ils marquer les époques de progrès ou de décadence dans les arts, faire servir les données de l'histoire littéraire à l'étude des mœurs des peuples et des lois qui les ont régies? i\y{ -sà^^^^r^^^ics. Non, leur uniqueobjet est de fixer la date d'un monur^^^e^^i^^T "^6'it. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner si les ouvra- "^ J -*^.«-<i^i^vJ^^^ ggs dits d'éntd/don portent avec eux si peu d'utilité mêléàtantd'ennui. Cependantvoici un homme, à la fois un des premiers de son temps par l'érudition et le plus grand tragique de son siècle, un homme grâce auquel I Italie n'eut plus rien à envier aux chefs-d'œuvre de la scène française, et qui sut répandre sur les matières les plus ardues les grâces dont il a semé ses compositions dramatiques. SciPiON, marquis Maffei, né à Vérone en 1675, de Jean- François iMaflfei et de Silvia Pellegrina, fut élevé à P.irme, au collège des Nobles, où il mêla à l'étude des sciences les exercices chevaleresques. La poésie surtout l'attirait par un charme invincible. En 1699, le désir de voir la ville éternelle et d'être compté parmi les membres de cette célèbre académie {les Arcades) ^ qui s'était insurgée contre le mauvais goût des sécentistes , le con-

206 SCIPIONE MAFFEl.

rliiisit à Rome. De retour à Vérone, il y fonda une acacl<hnie qui contribua pour sa part à ramener les esprits vers l'imitation de la nature. Si, à l'exemple du Tasse, il s'amusa à développer Cew^ Thèses amoureuses, ce qu'il fit, d'ailleurs, en philosophe plutôt qu'en académicien, il appliqua aussi son esprit à un objet plus utile, en écrivant les trois livres de la Chevalerie.

Il dédia cet ouvrage à Clément XI, « parce que , dit-il dans l'épître dédicatoire, bien que le souverain pontife romain soit le pasteur des âmes dans toute l'étendue de la chrétienté, il semble qu'il doive apporter un soin tout particulier à l'amélioration morale de l'Italie, où il réside. « Maffei combattait avec talent cette doctrine insensée qui, pour tirer vengeance d'un démenti ou d'un outrage, commande le duel , et que désavouent également la raison, l'autorité et Vutilité. « Comment estil possible, dit-il, que nous, qui sommes choqués du moindre reste des temps barbares dans l'architecture ou dans la poésie, nous ne rougissions pas d'en conserver l'empreinte dans la partie la plus intime et la plus essentielle de nous-mêmes, c'est-à-dire dans notre esprit et dans nos mœurs? » Par malheur ces arguments, quelque justes qu'ils fussent, ne convainquirent personne , et la dialectique de Maffei fut moins puissante que ne l'avait été l'arme du ridicule dans les mains de cet Espagnol qui, pour n'avoir pas à ferrailler contre tous ceux à qui il plairait de le traiter de menteur, manda un notaire, et lui fit, en présence de plusieurs gentilshommes appelés comme témoins, la déclaration suivante : « Fais savoir à tous que quiconque, soit noble, soit manant, osera, en ma présence ou en mon absence, parler contre mon honneur en termes clairs ou obscurs, directs ou indirects, je le tiens pour calomniateur et menteur; et j'entends que la présente déclaration tienne heu de réparation. » Ce funeste préjugé, qui se couvre du manteau de l'honneur, n'en continua pas moins à tyranniser les esprits, jusqu'à ce qu'enfin il commence, grâce à Dieu, à perdre peu à peu de son empire , même dans cette France , si facile à se laisser gouverner par la mode et par tout ce qui a un faux semblant d'honneur. A ce propos même, je me souviens que dernièrement, en Angleterre, dans ce pays où toutes les réformes utiles et, comme on dit à présent, humanitaires prirent naissance , vingt particuliers considérables par leur mérite et par les preuves qu'ils avaient données de leur courage , jurèrent sur l'Evangile de n'accepter aucun défi, pour quelque cause et dans quelques circonstances que ce fût.

Ce sage adversaire du duel fut un vaillant soldat. Il servit pendant la guerre de la succession d'Espagne, dans l'armée de Bavière, où son frère Alexandre était général. Il eut le bonheur de sauver la vie à ce frère qui, attaqué dans la mêlée par un officier autrichien, allait périr, si Scipion n'eût désarmé son ennemi. En Bavière , il eut occasion d'em-

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