‹ L'Italie littéraire et artisqueChapitre 34 sur 86 · CONTEURS · texte numérisé non relu

CONTEURS

iauanni Qoccâcdo.

'apparition presque simultanée de troisi grands génies , qui marquèrent glorieusement leur place dans l'histoire littéraire du xiv* siècle en Italie, fut comme un flambeau qui dissipa tout à coup les ténèbres de l'Europe encore à demi barbare. D'abord c'est Dante qui, faisant servir la poésie au triomphe de la vérité, flagelle le vice ceint de la couronne ou de la mitre, vengeur redoutable de la vertu opprimée. Puis c'est Pétrarque qui sanctifie l'amour et ouvre les âmes les plus dures aux douceurs de la poésie. Enfin paraît Boccace, qui polit le dur idiome formé du mélange du latin et de la langue des barbares, et par une peinture neuve et hardie de la vie humaine en général , apprit à juger sainement les hommes : inférieur par cela seulement aux premiers, que les vives couleurs sous lesquelles il a peint les vices peuvent être dangereuses pour les esprits superficiels , tandis qu'elles sont pour les autres , trempés plus fortement , un encouragement et une excitation à la vertu.

' Novellieri. Ou traduirait avec plus de précision par Novelliers, mais le mot manque en français. {Note du traducteur.)

Un amour illégitime, circonstance qui se rencontre dans la vie de plusieurs grands lionimes, donna naissance à celui que l'on a surnommé le père de l'éloquence italienne et le Cicéron toscan. On ne connaît ni le nom ni les particularités de la vie de sa mère , qui mourut sans savoir quel fds elle avait mis au monde*. Tout ce que l'on sait, c'est qu'elle était de Paris, que Boccaccio de Chellino, originaire de Certaldo, dans le Val d'Eisa, et adonné au négoce, en devint amoureux, et que Jean, fruit de cet amour, naquit dans la première de ces villes en 13 J 3. Etant encore tout enfant, il fut emmené par son père à Florence, où il ne tarda pas à annoncer des dispositions merveilleuses. 11 savait lire à peine, qu'il composait déjà des vers, où l'ignorance de l'écolier laissait percer le génie du maître. Il reçut d'abord les leçons du célèbre grammairien latin Jean de Strada. Mais son père changea presque aussitôt de dessein , et voulant lui donner une éducation qui lui profitât davantage , il lui fit quitter le latin pour l'arithmétique , après quoi il le mit entre les mains d'un marchand , avec lequel il courut de ville en ville, séjournant tantôt dans un pays, tantôt dans un autre, mais principalement à Naples et à Paris. Ce manège durait environ depuis six années , lorsque son père, voyant que rien n'avait pu vaincre son dégoût pour le commerce, le voua à l'étude des lois, qu'il n'aimait pas davantage.

Alors il voulut qu'il s'adonnât de nouveau au commerce, et l'envoya à Naples. Du reste, ces voyages ne furent pas perdus pour le jeune homme , qui passait le temps que l'on emploie d'ordinaire à des études le plus souvent stériles, à courir le monde et à s'instruire par luimême des choses de la vie. Naples était gouvernée alors par le roi Robert, dont la cour, la plus splendide qui fût en Europe, était le rendez-vous de tous les hommes distingués de l'époque. Comblés d'or et d'honneurs par le roi, ils lui payaient son hospitalité par la renommée qu'ils attachèrent à son nom. Boccace vécut dans cette illustre compagnie et y puisa, avec les connaissances qui lui manquaient, l'amour de la langue grecque, dont il propagea plus tard l'étude dans toute l'Italie.

Un jour qu'il errait dans la campagne de Naples, sous ce beau ciel si favorable à la poésie, le hasard le conduisit près du tombeau de Virgile. Ce fut pour le jeune homme comme la révélation de son génie. Il laissa là le commerce, et ne rêva plus que la gloire du poète de Mantoue. Virgile, Horace, Cicéron , Tite Live, Tacite, devinrent ses maîtres. Un hasard heureux voulut qu'il assistât à l'examen que le roi Robert fit subir à Pétrarque, et à la suite duquel celui-ci fut déclaré digne de la couronne

' Jamais Boccace n'a parlé de sa mère, qu'il paraît n'avoir point connue ; il est probable qu'elle mourut à sa naissance ou dans son enfance, avant qu'il eût été emmené en Italie par son père. [Note du traducteur.)

qu'il allait recevoir au Capitole. Par une autre faveur de la fortune , il eut pour maître en poésie , bien que pendant un court espace de temps, Dante Alighieri lui-même. 11 fut, durant toute sa vie, l'ami et l'admirateur de ce grand homme, et ce fut lui qui envoya le livre de l'exilé à Pétrarque, en le priant de méditer et d'honorer les vers de l'infortuné poète, qu'il défendait contre les paroles envieuses de son rival ^ L'àme magnanime de Boccace se décela encore mieux, lorsque Nicolas Acciaiuoli, son ami, entra au service de la cousine du roi Robert. L'habile Florentin ne tarda pas à s'élever aux premiers emplois de la cour; mais Boccace, sans cesser de s'y montrer, refusa de sortir de son humble condition. « Je prise avant tout, disait-il, la liberté et l'honneur. »

Mais si Boccace dédaigna les artifices à l'aide desquels on s'élève dans les cours, il ne sut pas se garder aussi bien des beautés attrayantes qui faisaient l'ornement de celle de Naples. Une entre autres , Marie , fille naturelle du roi, mariée à un jeune gentilhomme, et qu'il vit pour la première fois dans l'église Saint-Laurent, lui inspira un amour qui dura presque autant que sa vie, et dont il voulut immortaliser l'objet, sous le nom de Fiammetta, commeDante avait fait pour Béatrice, et Pétrarque pour Laure.

Rappelé à Florence, qui était alors au pouvoir du cruel duc d'Athènes, Boccace put voir de près cette plèbe, toujours prête, dit-il, à vous pousser en avant et à vous abandonner dans le danger, tour à tour vile esclave ou dominatrice superbe, suivant la fortune. Pour lui il se tint constamment à l'écart des partis, et se montra en revanche un digne serviteur de Florence, jusqu'à ce qu'il.la quittât de nouveau pour Naples, où le rappelaient l'amour de Fiammetta et les ordres de la reine Jeanne.

Son père étant mort, il retourna à Florence, où il se lia avec Pétrarque. Plus tard, il fut envoyé par le sénat à Padoue, pour porter le décret qui restituait au poète le patrimoine de ses aïeux et le nommait professeur à l'université de Florence. On aime à apprendre de lui-même comment, vers la chute du jour, il se rendait dans le jardin de Pétrarque, où ce grand homme l'entretenait de ses craintes etde ses espérances au sujet de la malheureuse Italie, que le pape et l'empereur abandonnaient en proie au barbare Visconti, On aime également la noble réponse de Boccace, lorsqu'il apprit que Pétrarque avait appelé l'empereur à la défense de la patrie. Mais les soupirs, les larmes, les colères de ces deux grands esprits, qui entreprendrait de les retracer? Ce fut une noble amitié que la leur. Si Boccace ne craignait pas de reprocher à Pétrarque de s'être mis au service de ces Visconti, qu'il avait lui-même flétris, celui-ci, interrogé par son ami, que les remontrances chrétiennes du solitaire Pétroni avaient rempli d'effroi, l'exhortait à abandonner les soucis mondains et à réfor-

' Voyez plus haut la Notice sur Pétrarque, page 60. {Note du traducteur.)

mer ses mœurs, que la cour de Naples avait gâtées. Il y revint dans la suite, mais corrigé, et fut comblé d'amitiés par le sénéchal Âcciaiuoli. Il la quitta de nouveau pour se rendre à Venise, où il revit ce Léonce Pilate , savant helléniste, qui avait été son maître pendant trois ans et qu'il fit nommer professeur à Florence. Il revint dans cette dernière ville, d'où il se rendit à son cher Certaldo, qu'il lui fallut abandonner quand le sénat l'envoya en mission auprès d'Urbain V, à Avignon. Un sonnet de Sacchetti, adressé à Boccace, nous apprend que le bruit courait qu'il avait pris l'habit de chartreux; mais on ne sait ce qui avait pu donner naissance à ce bruit, si ce n'est la mésaventure qui lui arriva en 1370, lorsqu'il fut invité à passer quelque temps à la Chartreuse de Saint-Étienne de Calabre, par l'abbé Niccolô de Montefalcone, qui , s'étant enfui la nuit du monastère, le laissa se morfondre à la porte'. Une foule de seigneurs auraient tenu à honneur de consoler l'illustre écrivain de cette disgrâce, s'il n'eût préféré à tout son indépendance, pour l'amour de laquelle il se retira encore à Certaldo -. Une maladie cruelle dont il fut assailU à cette époque, et qui fut suivie d'une grande prostration de forces, rendit presque miraculeuse sa guérison, qui fut presque instantanée. Néanmoins, il se vit hors d'état désormais de commenter publiquement la Divine Comédie, emploi auquel il venait d'être appelé par un décret spécial de la république, lente et tardive admiratrice du divin poète'.

J'arrive maintenant à parler des divers écrits de Boccace qui lui furent inspirés par son amour pour Fiammetta, et par le désir de plaire à ces sociétés où l'on ne s'entretenait que des prouesses au moyen desquelles les amants valeureux s'élançaient à la conquête de leurs belles.

Le premier par ordre de date est la Théséide qu'il composa à l'âge de vingt-huit ans. Le sujet de ce poëme est l'expédition de Thésée contre les Amazones etl'enlèvement de leur reine Hippolyte, augmentés de la rivalité de deux jeunes Thébains, Archytas et Palémon, pour l'Amazone Emilia. Si l'auteur pèche quelquefois par l'obscurité du style, il eut le mérite d'avoir inventé dans cet ouvrage le mètre harmonieux dont Politien, l'Arioste et le Tasse firent dans la suite un si glo-

' Tirabosclii donne une autre raison. I.e grand sénéchal deNaplos, Acciaiuoli, avait Invité Boccace à se rendre à la cour afin de lui faire écrire son histoire; indigné de la manière peu honorable dont il avait été accueilli (le grand sénéchal l'avait envoyé manger à l'office), Boccace s'en alla brusquement et disparut. C'est alors fjue le bruit se répandit qu'il s'était retiré à la Cliartreuse do Saint-Étienne. [Note du traducteur.)

'' Ce fut vers 1372. Le premier séjour de Boccace à Certaldo avait été de l'année I3C3 à 1.'565, intervalle rempli par la composition de ses œuvres latines qui, pendant deux siècles, l'ont mis à la tête des mythologues et des érudits. ( Note dutraducteur.)

^ Boccace ouvrit son cours le 23 octobre 1373, dans l'église de Saint-Étienne. Les chaires dantesques multipliées depuis par toute l'Italie pendant plus de quatre siècles , ont cessé de nos jours. ( Note du traducteur. )

rieux usage , et d'avoir fourni ainsi le premier modèle de ces épopées romanesques qui abondèrent en Italie. Admète est une composition d'un genre nouveau, alternée de prose et devers, où Boccace raconte les intrigues amoureuses de Florence, et ses propres amours avec Fiammetta. Philostrate est un poëme en ottava rima renfermant les amours infortunées de Troïle pour Briséis , fille de Calchas , qu'il composa pendant le séjour de sa maîtresse à Baïa, et d'où l'on suppose que Shakspeare prit l'idée de sa tragédie de Troïle et Cressida. Boccace écrivit peu après un autre poëme sous le nom de Vision amoureuse. Il se suppose transporté dans un temple où triomphent la Sagesse, la Gloire, la Richesse, la Fortune et l'Amour, et il a soin de disposer les premières lettres de chaque tercet de manière à former deux sonnets et une canzone, en l'honneur de Marie; labeur puéril et indigne d'un si grand esprit. Le dernier de ses poèmes en langue vulgaire est la Nymphe de Fiesole, ou les aventures d'Affrico et de Mensola. On a également de lui quelques essais lyriques, et des pastorales latines. Mais quoiqu'on ne puisse lui refuser par instants une certaine vigueur épique et dramatique, et qu'il excelle même dans la peinture des passions, on doit convenir que ses vers sont bien loin d'atteindre à la hauteur de sa prose, et l'on peut lui appliquer justement ce vers où il se nomme lui-même

« Un humble rejeton des anciens. »

Parmi ses ouvrages en prose, je citerai d'abord le roman de Filocopo, où il retrace les malheurs de Florio et de Blanche-Fleur, composition médiocre, qui témoigne d'une certaine richesse d'imagination, mais dénuée de plan, de méthode, et remplie de longueurs, d'épisodes, de visions, et d'un mélange choquant de christianisme et de paganisme. Fiammetta Amorosa est un second roman où l'héroïne , pour soulager sa peine, raconte l'histoire de ses amours avec Pampfeile, et les jalousies de l'absence : de grandes beautés de style, une imagination devenue maîtresse d'elle-même et renfermée dans de sages limites, telles sont les qualités qui distinguent cet ouvrage. Lorsque dans la suite, Boccace entraîné par son penchant pour les femmes, s'amouracha, à quarante ans passés,d'une belle veuve, et se vit par sa perfidie la fable de Florence, il composa le Labyrinthe d'amour ou le Vilain Corbeau (corbaccio) , nom sous lequel il désigna l'ingrate ; et lui, le chantre aimable des femmes, devenu leur détracteur parce qu'il avait été trompé par l'une d'elles, ne fit grâce à aucune et maudit le désir qui nous fait courir après l'ombre d'une félicité trompeuse. On a encore de lui une Épifre consolatoire à messer Pino de' Rossi, empreinte d'une philosophie socratique, et une autre au prieur des Saints-Apôtres* : enfin le premier de ses opuscules en

' Église de Florence. ( iiote du traducteur. )

268 GIOVANNI BOCCÂCCIO.

prose, la Vie de Dante, remarquable par la pureté de la diction, et par l'admiration que l'auteur professe pour le grand homme, dont la gloire n'a point de bornes, et qui a l'ait les destinées brillantes ou obscures de l'Italie. Voyez en eti'et les générations se succéder, grandes et fécondes dans les siècles où l'on honore et l'on étudie Dante, pauvres et stériles dans ceux où on le nég•lige^ Après avoir raconté l'exil et la vie du grand Gibelin, il voulut analyser les heauiés delà Divine Comédie àans un Commentaire que la mort interrompit au xviP chant de l'Enfer. 11 composa également plusieurs livres latins; la Généalogie des Dieux, sorte de dissertation mythologique, le traité Des montagnes, des forètSf des rivières, des lacs, des mers et des marais, pour faciliter aux jeunes gens l'étude de la géographie, enfin le livre des Femmes célèbres et celui des Hommes illustres et malheureux , où il nous montre la vertu et l'infortune, compagnes inséparables, comme deux sœurs

jumelles.

Mais quoique ces différents ouvrages suffissent pour assurera Boccace une sorte de gloire exotique , aucun d'eux n'était capable de le placer au rang qu'il occupe dans notre littérature après Dante et Pétrarque. H dut cette gloire à son Décaméron, recueil de cent nouvelles racontées en dix jours par dix interlocuteurs, sept dames et trois cavaliers, retirés dans la charmante villa de Schifanoia ^ , pendant la terrible peste qui désola Florence en 1348, et emporta plus de cent mille habitants en quelques mois. Boccace dans la description de cette peste, se montre égal à Thucydide , et pour ce qui est des Nouvelles elles-mêmes, que dire de cette composition merveilleuse après tous les éloges qui en ont été faits? A vrai dire, elles pèchent un peu par la licence des mœurs, et Boccace lui-même recommandaità Mainardo de'Cavalcanti, de ne pas faire lire le Prince Galeotto à sa femme. On suppose que l'auteur ne s'était laissé aller à ce ton licencieux que pour plaire à la reine Jeanne. S'il en est ainsi, le fait est doublement regrettable, et parce qu'il est honteux de se 'faire le complaisant de telles passions, et parce que le Décaméron réputé un livre dangereux, malgré les hautes moralités qu'il renferme, est frappé d'une sorte d'interdiction. C'est ce qui impatientait si fort Benedetto Fioretti , au point de lui faire dire avec sa fougue ordinaire que « de même que les hiboux , les chats-huants et autres espèces , sont éblouis et hébétés par les rayons du soleil , de même les ignorants, incapables de comprendre la sublimité et lapro-

' D'après le relevé curieux de M. Gamba, on remarque qu'il avait paru 19 éditions de la Divine Comédie ùa 1472 à lâOO; 40 de 1500 à IGOO; 5 seulement dans le xvn' siècle; 37 de 1700 à 1800; et plus de 60 pendant les vingt-cinq premières années du xix" siècle. ( Note du traducteur.)

2 Schifanoia {l\li. paresseux, indolent,) est, je suppose le nom romanesque; c'est aujourd'hui la villa del lioccaccio, sur la route de Fiesole. (Note du traducteur.)

fondeur d'un tel chef-d'œuvre, n'en retirent que trouble et stupidité. »

D'autres ont reproché à Boccace de n'avoir gardé aucun ménagement vis-à-vis des clercs et des moines; ce dont le loue au contraire monsignor Bottari, qui le félicite d'avoir dévoilé les turpitudes des serviteurs du Seigneur, adonnés dans ce temps-là à toutes sortes de vices et qui n'avaient à attendre d'autre censure que celle des écrivains , vengeurs delà morale publique ^ Benedetto Buonmattei, théologien et protonotaire apostolique , dans son Discours apologétique sur la langue toscane, après avoir parlé de Dante et de Pétrarque, ajoute les paroles suivantes qui renferment comme un résumé du Décaméron : « Voulez-vous un tableau, un modèle, une peinture, une idée qui serve à représenter la majesté d'un roi, la sagesse d'un homme d'État, l'habileté d'un capitaine , l'honnêteté d'une femme, la modestie d'une jeune fille , l'eflronterie d'une impudique , la malice d'un serviteur, la fidélité d'un ami , la témérité d'un amant, la passion d'un envieux, la fureur d'un désespéré, la simplicité d'un niais, la grossièreté d'un paysan, la parcimonie d'un avare, la magnificence d'un grand seigneur, la fin d'un prodigue, la corruption d'un hypocrite , la force d'une âme généreuse , la piété d'un vrai chrétien et l'impiété d'un athée? lisez ce livre, vous y trouverez tout. »

Personne ne contredira ce jugement de Buommattei, prêtre savant et l'un des meilleurs juges de la langue. Qu'on relise entre autres la nouvelle du }w\i Melchiscdech, qui parvient à force d'adresse à se sauver des mains du sultan des Turcs. Quelle histoire touchante que celle de Madonna Bcretoli, trouvée dans une île avec deux chèvres sauvages! Quel modèle de vertu que ce comte d'Anguersa, faussement accusé par la femme impudique de son seigneur et qui se laisse condamner à un long et vertueux exil ! Que d'amour dans cette Gilette de Narbonne, qui parvient enfin au but désiré malgré tous les obstacles que lui suscite la fortune ! Et diîns Isabelle qui déterre secrètement la tête de son amant tué par ses frères et l'enferme dans un vase de basilic afin de pouvoir l'arroser librement de ses larmes à toute heure ! Quelle grandeurd'àme dans ce Nalhan, si magnifique, si libéral et indiquant lui-même à l'envieux Mithridane, qui a comploté de le tuer, par quel moyen il pourra e?;écuter son dessein! Quelle persévérance d'amour dans Gentile de Carisendi qui, après avoir retiré sa maîtresse du tombeau où elle a été ensevelie connue morte , la rend à son mari ! Quelle éloquence dans Tilus Quinlius l-ulcus, partagé entre sa tidélité à son ami Gisippo et son amour pour Sophronie! Quelle modeste et sainte résignation dans Griselda à qui le marquis de Saluées , pour

' Voyez ci-après, pag. 286. (A'o<e du traducteur. )

éprouver sa vertu, fait croire qu'il ne l'aime plus et qu'il a pris une autre épouse ! Cette nouvelle qui clôt clignement le Bécaméron arrachait des larmes à Pétrarque, et elle lui parut si neuve et si touchante qu'il voulut la mettre en latin.

Quelques-uns ont élevé les Cent nouvelles à la hauteur d'un poëme. Jason de Nores, dans son Traité de poésie, en tire des arguments pour la comédie , la tragédie et réj)opée, dont il prétend retrouver les types dans les diftérentes nouvelles du Dêcaméron. Tous les autres Conteurs italiens ont puisé à cette source , traitant les mêmes sujets et imitant qui plus, qui moins, le style de Boccace. Les étrangers n'ont point dédaigné d'en enrichir leur littérature ; et les Français, les Anglais, les Allemands , les Flamands l'ont traduit plusieurs fois. Les éditions du Dêcaméron se sont multipliées à l'infini. La plus fameuse et la plus rare achetée 2260 livres sterling en 1812 , par le marquis de Blandford, est celle de Christophe Valdarfer, 1471, in-folio. Le texte enesttrèsestimé ; cependant Salviati , bien que le Dêcaméron eût été corrigé par une commission nommée ad hoc, ne se tint pas pour content, et mutila, par scrupule de théologien, nombres d'endroits qui ne renfermaient rien de choquant pour les mœurs.

Quoi qu'il en soit , le Dêcaméron est resté pour la prose ce que la Divine Comédie est pour la poésie, et quiconque veut écrire en italien doit le lire et le relire sans cesse. C'est pourquoi l'on ne saurait trop blâmer ces modernes, qui, choqués mal à propos de quelques constructions qui sentent trop leur origine latine, au lieu de l'étudier avec discrétion, se privent maladroitement de cet écrivain que quelques-uns se sont plu à nommer Jean Bouche d'Or.

Boccace avait la figure belle, le regard plein de feu , les lèvres sévères, mais charmantes quand elles étaient animées par le sourire , la taille élevée; ses manières étaient gracieuses et sans aucun mélange de cette vanité qui dépare ordinairement les gens de lettres. Grand surtout par l'âme, il vécut pauvre, mais honoré , et, comme il le dit lui-même , ne se laissant éblouir ni par la crosse des évêques ni par les palais des sénateurs. Savant infatigable, c'est à lui que l'Italie dut de voir renaître dans son sein, la splendeur littéraire de l'ancienne Grèce. Une foule de manuscrits grecs dont s'enrichit plus tard la bibliothèque de Florence, furent achetés par lui, malgré sa pauvreté, et il copia de sa main plusieurs des poètes, des orateurs et des historiens latins. Après avoir défendu courageusement Dante contre l'ingratitude de Florence, après avoir été l'ami loyal des hommes les plus distingués de son siècle, il composa sur la mort de Pétrarque un sonnet où se peint toute la grandeur de cette âme qui savait , quand il le fallait, du sein des alîections terrestres , s'élever à la pureté et à la sublimité de l'amour divin:

GIOVAiNNI BOCCACCIO. 271

« Maintenant, cher seigneur , vous êtes en possession de ce royaume bienheureux où aspirent les élus de Dieu, impatients de quitter ce monde criminel ;

« Maintenant, vous habitez le séjour après lequel le désir de voir Lauretta (Laure) , vous faisait soupirer sans cesse, et où ma Fiammetta repose avec elle en présence de Dieu;

» Maintenant, en compagnie de Sennuccio, de Cino et de Dante, vous jouissez en paix de l'éternel repos, contemplant des merveilles incomprises de nous :

» Ah! si vous m'avez aimé durant votre pèlerinage mortel, appelezmoi promptement près de vous, là où je retrouverai celle qui m'a autrefois enflammé d'amour. »

Il sembla que le ciel prît à tâche d'exaucer bientôt ses vœux : car peu après, en 1375, comme il n'avait pas encore atteint sa soixantedeuxième année, il alla rejoindre l'ami qu'il pleurait '. 11 fut enterré misérablement dans l'église de Saint-Jacques et Philippe, et Florence, après lui avoir voté, par un décret public, une statue et une tombe, oublia sa promesse , et fut pour Boccace ce qu'elle avait été pour Dante, une marâtre, non une mère.

' Pétrarque était mort le 18 juillet 1374. Boccace ne survécut donc qu'un peu plus d'une année à son maître et à son arai, et malgré son désir, il n'eut point la force d'aller \isiter sa tombe. ( Note du traducteur. )

Jraui'iJ 6ard)ctti.

E lecteur qui trouve la phrase de Boccace trop sa- ■^jK vante et trop empreinte de la magnificence latine V «ïï;- .. aimera davantage la simplicité sévère de Franco Sacchetti, dont le style est comme la vivante image de son came. Unissant, par un rare exemple, l'élévation de l'esprit à la bonté du cœur, en butte trop souvent aux coups du sort, sans que sa vertu ou son courage en fût ébranlé , sa vie nous offre le plus intéressant de tous les spectacles , celui de l'homme de bien aux prises avec l'adversité.

Franco Saccuetti naquit à Florence vers 1335. Jeune

encore, il acquit le renom de poëte et ayant été nommé

par sa Commune un des Huit de la Garde*, il composa

e sonnet suivant , qui témoigne de son amour pour son

pays :

j « Aimer la patrie est de toutes les vertus la plus propre à a re ndre puissante et honorée : jamais où règne cet amour il n'y a place pour la méfiance ou la crainte de l'étranger.

« C'est lui qui donna tant d'éclat aux enseignes romaines, et sans lui nul empire ne saurait subsister. La raison, la justice, marchent toujours ave c lui , et il fait germer dans l'âme les trois autres sublimes vertus :

' Sorte (le magistrats municipaux.

{ ^olz (iu Iraàucleur. )

IKÂiNCO SACCHtril. 273

« la Foi, l'Espérance, la Charité, avec toutes leurs tilles. 11 ne redoute les assauts d'aucun vice.

« Jamais il ne s'inquiète sur son propre bien, toujours prêt à combattre pour le salut commun : il est le véritable boulevard de la cité. »

Aussi, quand les besoins de son négoce forcèrent Sachetti d'aller en Esclavonie, ne put-il se faire à vivre loin de son pays. Nommé dans la suite podestat de San Miniato et de Faenza, puis capitaine de la province florentine dans la Romagne , au plus fort des guerres civiles, il n'encourut jamais le reproche d'avoir, dans son administration , fait pencher la balance en faveur de son parti. Boccace, Villani et un grand nombre d'autres , admirateurs de son talent, le furent encore plus de la vertu qu'il déploya dans sa lutte courageuse contre la Fortune. Je ne parlerai ni de ses nombreuses infirmités, ni de ses contusions, de ses chutes, de ses blessures; mais je dirai quelles angoisses mortelles il ressentit lorsque son frère Giannozzo fut déclaré rebelle et condamné à perdre la tète. Envoyé comme ambassadeur en différents pays, il fut, au retour, attaqué par les Pisans, et son fils Philippe fut blessé à ses côtés. Pauvre, il dut recueillir une seconde fois dans sa maison sa sœur qui s'était enfuie de ciiez son mari, et dont la crainte de l'enfer avait égaré la raison. Le comte Âlberigo, capitaine des Milanais, ayant fait une incursion jusqu'aux portes de Florence, pilla et mit à sac sa villa de Marignolle ; enfin , trois femmes qu'il eut mirent rudement à l'épreuve sa douceur et sa patience. En revanche , il se vit aimé des gens de bien , comblé d'honneurs par la république, et trouva dans l'étude une source intarissable de jouissances.

Parmi tant de traverses, il trouva le temps d'écrire des Sonnets moraux, amoureux et badins, des Ballades et des Madrigaux destinés à être chantés, et dont les airs furent souvent composés par lui-même , des Canzones d'une grande élévation, une dirigée contre les vices des clercs, une autre contre les discordes civiles, deux contre les modes nouvelles des Florentins. Ces compositions, remarquables à la fois par la force des pensées, la grâce et la pureté du style , rappellent tout à fait la manière de Pétrarque. Nousavons encore de lui deux chants sur le Combat des vieilles contre les jemies, où il raconte comment les jeunes, folâtrant dans un pré, furent défiées par les vieilles et parvinrent à les mettre en fuite. « On ne peut nier, dit Basilio Amati, que l'idée de Sacchetti ne soit poétique et originale : car il n'a imaginé ce combat que pour tourner en ridicule certaines vieilles revêches et de mauvaise humeur qui prennent plaisir à tourmenter les bonnes et timides jeunes filles. » Ce petit poème est semé dans son entier de vers burlesques, à la manière de Berni, et si l'on considère que Sacchetti précéda ce dernier d'environ deux siècles , il est juste de lui attribuer une partie de l'honneur dont Berni est seul en possession.

274 FRANCO SACCHETTl.

Mais l'ouvrage qui fonda véritablement la réputation de Sacchetti fut le livre des Trois cents Nouvelles, dont quelques-unes ont été entièrement perdues. A travers le badinage charmant dont il a rempli ses contes et auquel le portait la gaîté naturelle de son esprit, on démêle une haine profonde pour le vice, et, mérite rare à cette époque, une grande aversion pour l'astrologie : témoin ce passage de sa centsixième Nouvelle empreint d'une certaine grâce naïve qui lui est propre :

« Fazio , tu es sans doute un grand astronome ; mais fais-moi la grâce de me répondre en présence de ces messieurs : Lequel est le plus facile de savoir ou les choses passées ou les choses à venir? — Voilà une belle affaire ! répondit Fazio ; comme s'il fallait autre chose que de la mémoire pour avoir connaissance des choses passées, tandis que connaître les choses à venir est autrement difficile ! — Fort bien, répliquai-je ; voyons donc comme tu sais ces choses passées qui sont si faciles. Dis-moi, que faisais-tu tel jour, il y a un an? Fazio se mit à songer. Je poursuivis. — Que faisais-tu il y a six mois? Fazio avait oublié. — Autre chose : quel temps fit-il il y a trois mois? 11 réfléchit en roulant des yeux égarés. — Voyons, dis-je, ne me regarde pas de cet air stupide : Où étais-tu il y a deux mois ? Il se leva pour faire plusieurs tours; je l'arrêtai par son manteau. — Reste, lui criai-je, et regarde-moi un peu : quel navire est entré dans ce port , ou en est sorti, il y a un mois? Te voilà comme un homme hagard; qu'as-tu à rouler de tels yeux? dis-moi : as-tu dîné chez toi ou en ville il y a quinze jours? — Attends un peu, me dit-il, — Que me parles-tu d'attendre , répliquai-je, je ne veux pas attendre, mais je vais te demander une autre chose. As-tu jamais mangé des nèfles? — Oui, mille fois, repartit le Pisan. — Oh ! tant mieux! Combien de noyaux y a-t-il dans une nèfle? — Je n'en sais rien, répondit-il, ne m'en étant jamais mis en peine. — Et si tu ne sais pas cela, qui est si peu de chose, comment sauras-tu les choses du ciel..,? — Ma foi, dit le Pisan, je me rends à tes raisons. — Tu fais bien de dire mes raisons, répondis-je; car vous êtes un tas d'astronomes , vrais songe-creux , qui voulez lire dans les astres et connaître l'avenir, et vous êtes plus pauvres que Job, et j'ai toujours, moi, entendu dire que, qui serait devin serait riche. Or, vois le beau devin que tu fais, et comme la richesse est avec toi ! »

Danslasoixantième Nouvelle, Sacchetti pousse la hardiessejusqu'à s'attaquer aux superstitions qui étaient lu malad ie de ce siècle : « La foi est une excellente chose et sauve celui qui la possède; mais ce n'est pas elle , c'est l'avarice, qui a introduit ces charlataneries en fait de reliques. Il n'y a pas une chapelle où l'on ne vous montre du lait de la Vierge Marie. Certes, s'il était vrai, il ne pourrait pas y avoir de relique plus précieuse, quand on songe que la terre ne possède rien de son divin corps. Mais il y a tant de lait dans le monde qu'on dit être le sien, que

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s'il eût jailli d'une fontaine pendant plusieurs jours, il n'y en aurait pas davantage. Cependant, comme la foi est seule pour nous sauver, de telles impostures seront punies dans ce monde et dans l'autre. »

C'est grand dommage que ses Nouvelles, qu'il refusait, étant vieux, de faire lire à un ami , soient souvent , comme celles des autres Conteurs, entachées d'une licence qui effarouche de jeunes oreilles. Les Académies les ont citées constamment comme des modèles de simplicité et de pureté dans la forme joints, ce qui n'arrive pas toujours chez nos auteurs, à l'excellence du fond. Là, en effet, se trouvent des documents précieux sur l'histoire du temps et de curieux détails sur plusieurs hommes célèbres, notamment sur Dante, qui suffirait seul pour sauver son nom de l'oubli, qunnd même Sacchetti n'eût pas été un grand poète et un grand philosophe. Aussi , vers 1402, lorsqu'il fut enlevé aux douleurs et aux épreuves de cette vie, sa mort priva l'Italie nonseulement d'un écrivain distingué , mais encore d'un citoyen vertueux qui, dans ces temps funestes, laissa un grand vide et de longs regrets.

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ES guerres [civiles qui aftligèrent l'Italie pendant le xiV siècle" amenèrent avec elles de grands désastres. La plupart de ses républiques reçurent de telles secousses, qu'elles parurent sur le point de succomber. La république florentine entre autres, fut un théâtre presque continuel de troubles, au milieu desquels il est presque impossible au biographe ^^ de suivre la trace des grands écrivains que ces époques virent naître, et de savoir s'ils se servirent de leur talent pour l'utilité ou pour le malheur de la patrie. C'est ainsi que nous ne savons presque rien sur Jean Fiorentmo, et j'aurais même supprimé le peu de lignes qu'on va lire, si son livre de Nouvelles ne m'eût paru se recommander par une simplicité précieuse, et que l'on peut citer comme un modèle de brièveté et d'énergie dans le style.

Dans quelle année vécut ser Jean Fiorentino, quels étaient ses parents, riches ou pauvres, nobles ou plébéiens, on l'ignore. On sait seulement qu'il vit le jour à Florence, et un sonnet place en tête de ses Nouvelles nous apprend qu'il les commença en 1378, et qu U les i ntitula le Pecorone. On voit ensuite dans le prologue qu'il composa son ouvrage à Dovadola, terre de la Romagne, dans les environs de J^orli^ poursuivi et ehassépar la Fortune, Urbain VI étant pontife et Charles IV

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empereur des Romains. On suppose que Fiorentino qui, comme on le voit par ses Nouvelles, tenait pour les Guelfes et pour le pape, et qui n'avait pas craint de malmener plus d'une fois les Florentins, s'était retiré dans cette terre, soit qu'il eût été proscrit, soit qu'il se fût condamné à un exil volontaire. Si du titre de Ser, que portaient en ce temps-là les notaires, on prétend inférer quelque chose relativement à sa profession, le titre qu'il donna à son livre des Nouvelles, parce qu'il va bêlant et fait des livres sans y rien connaître, semblerait indiquer en lui un esprit original et facétieux'. II composa ces Nouvelles, imitées de Boccace , non-seulement povr le délassement de ceux qui avaient éprouvé dans le passé ce qu'il avait éproitvé luimême, mais peut-être aussi pour se distraire des ennuis de sa charge et de chagrins domestiques. Il suppose dans son Prologue que le précédent entretien de deux amants, dont il raconte l'histoire, donne naissance aux différents récits qui suivent :

« II y avait dans la ville de Forli, en Romagne, un monastère où était une abbesse avec plusieurs sœurs qui toutes étaient des personnes d'une bonne et parfaite et sainte vie. Parmi ces dernières, il y en avait une, nommée la sœur Saturnina, laquelle était jeune, vertueuse, sage et belle, autant que nature peut faire, et à qui, pour la pureté et l'honnêteté de sa vie, la prieure et les autres sœurs portaient un grand amour et une révérence singulière. La renommée de sa beauté et de sa vertu s'était même répandue par tout le pays, tant la nature s'était plu à la combler de ses dons. Or, il y avait précisément à Florence un jeune homme qui avait nom Auretto, sage, de mœurs honnêtes et avisé en toutes choses, lequel, ayant dépensé en magniticences une grande partie de son avoir et ayant entendu parler de la grande réputation de cette Saturnina, s'en énamoura subitement sans l'avoir vue jamais, ce qui lui mit en pensée d'entrer en religion, et venant à Forli, de se faire agréer pour chapelain de cette abbesse, afin d'avoir plus de loisir de voir celle dont il était si fortement épris. Et par ainsi il se décida, mit ordre à ses affaires, se fit moine, et vint à Forli ; et là, comme il était grandement avisé, ainsi que je l'ai dit plus haut, il se fit, au moyen d'une tierce personne, recevoir comme chapelain dans ledit monastère, et il usa de tant d'adresse et d'artifices, qu'en peu de temps il s'attira les bonnes grâces de l'abbesse et de toutes les autres sœurs et principalement de sœur Saturnina, à qui certes il voulait un plus grand bien qu'à lui-même. Il advint bientôt que ledit frère Auretto, à force de regarder honnêtement laditesœur Saturnina, et elle lui, et à force leurs yeux de se rencontrer, Amour, qui se glisse promptement dans les gentils cœurs, les lia ensemble d'une chaîne solide. D'abord, du plus loin qu'ils

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