GIOVANNI VILLANI
à acquérir, et pr3nant occasion du jubilé de 1300\ il se rendit à Rome, qui produisit sur lui l'effet qu'elle produisit sur d'autres grandes auies. La vue de ces ruines sublimes le frappa comme d'une lueur soudaine, et bientôt les manuscrits précieux de Salluste, de Tite Live et d'Orose firent nailre en lui le désir d'écrire des histoires et de laisser, lui aussi, un nom qui vécût dans la mémoire des siècles.
De retour à Florence il commença sa chronique; mais presque aussitôt les factions des Blancs et des Noirs, qui éclatèrent à cette époque, interrompirent ses travaux. Ce furent ces luttes sanglantes, suscitées par l'esprit de parti bien plus que par l'amour de la patrie, qui amenèrent l'intervention funeste de Charles de Valois. Funeste, je dis bien, car la présence des Français à Florence ne fit qu'accroître ces discordes maudites qui amenèrent la s(;rvitude de l'Italie. Cependant Villani, soit qu'il désirât voir par ses yeux les peuples et les pays dont il voulait parler, soit pour se soustraire au spectacle désolant que lui offrait sa patrie, courut la France et les Flandres. Les troubles apaisés, il revint à Florence où il fut élu prieur et chargé de négocier la paix entre les Pisans et les Lucquois. Plus tard, nous le voyons servir comme cavalier dans la guerre contre Castruccio, seigneur de Lucques , en 1323, et en 1341 contre Mastino délia Scala. Ces campagnes successives n'ayant abouti à rien et la Commune étant entrée en arrangement pour acheter le district de Lucques au prix de 250,000 florins d'or, Villani fut au nombre des citoyens qui furent livrés comme caution à Mastino, à Ferrare. Il était de retour à Florence lors de l'entrée de Gauthier , duc d'Athènes, et traversa toute cette période de cruautés qui se terminèrent par la chute du tyran'. Le courroux du ciel semblait être sur Florence. Elle avait été désolée par les inondations de l'Arno, des guerres malheureuses la ruinèrent, la peste de 1348 la rendit veuve de ses meilleurs fils. Villani fut atteint des premiers par le fléau, auquel il succond^a parmi les angoisses de sa patrie déserte.
La chronique de Villani ne se borne pas à recueillir les faits principaux de l'histoire de Florence, elle résume l'histoire entière du monde depuis la tour de Babel jusqu'en 1348. Bien que les règles de la syntaxe
leurs tombeaux dans une des chapelles de l'Annonclade, à Florence : le premier, Jean Villani, dont il est question ici; le second, moins connu; le troisiùme, simple littérateur, et surnommé le Solilaire. [Noie du traducteur.)
' Ce fut ce fameux jubilé de 1300, où assistait également le Dante, qui fut tellement ravi de ce spectacle, (pi'il y plaça l'époque de sa Vision. (Note du traducteur.)
2 On célèbre encore, ou du moins on célébrait à Florence, il y a quelques années , le 2G juillet, jour de la Sainte-Anne, l'anniversaire de l'attaque, au son de la cloche de nonus, (;t d; l'expulsioi de cU ignoble lyraii Gauthier de Brieune, appelé si étrangement le duc d'.VthiMins, qui n'eut pour di;fenseurs que sa garde, les bouchers, quelques gens de la populac!^, et les quatre familles de peuple qui l'avaient élu.
[Note du traducteur.)