UNIVERSELLE
J'affirme, sans crainte de me tromper, que qui lira la Théorie des quatre mouvements et le Nouveau monde industriel et sociétaire, conclura que la doctrine de Fourier est une négation insensée des dogmes les plus bienfaisants du christianisme: que parmi les rêveries socialistes, il n'y en a pas de plus iunuorale que la sienne, que jamais personne ne flatta à ce point les passions les plus basses, sous prétexte de les coordonner; enfin, que c'est lui que l'on doit rendre res-
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pensable de ces principes, qui ont déjà fait de tels ravages dans les esprits, parce qu'il les a prêches le premier, et a le premier déclaré la guerre à notre civilisation. De nombreux disciples ont essayé de soustraire le maître à la risée et à la pitié universelle, et il est vrai que jamais chef de secte n'en eut de plus ingénieux et de plus habiles. Victor Considérant ne cherche pas seulement à sauver la nouvelle religion du ridicule et du reproche d'immoralité, il va même, pour grossir les rangs des phalanstériens, jusqu'à l'abriter derrière l'inviolabilité du christianisme. Ce n'est pas le seul messie de la nouvelle loi. Cabet, Pierre Leroux et Proudhon se disent les sauveurs de l'humanité. Ce dernier, le plus habile, le plus hardi et le plus éloquent des socialistes, appelle le droit social une vaine jjarole^ la propriété un vol, et sentant qu'il est impossible, sans détruire la croyance en Dieu, d'arracher les bases sur lesquelles repose la société, il blasphème le Créateur en des termes où l'odieux le dispute à la folie.
Et par une audacieuse dérision, les réformateurs modernes qui veulent trancher le contrat social avec le glaive, donnent à leur doctrine furibonde le nom de pacifique, comme dans un temps les rois appelaient sainte alliance le pacte sanguinaire formé contre la liberté des peuples. Est-ce que ces faux démocrates ne tuent pas avec des baisers de Judas? Est-ce que leur progrès n'est pas une barbarie, et leurs systèmes la négation de tout droit et de toute volonté individuelle? Est-ce qu'ils ne transforment pas les hommes en machines, et les plus nobles instincts en appétits grossiers? Et lorsque chaque système socialiste aboutit à cette conclusion, que les bases de l'édifice social sont pourries, que les riches ont le privilège de toutes les joies, refusées aux pauvres déshérités, frustrés des fruits de la terre, et assis en mendiant à leurs banquets splendides ; quand il représente ces derniers comme les seuls en qui résident la vertu, la force, le génie et le salut de la patrie; quand il prêche, au nom de la justice, l'abolition des lois, qui engendrent seules la faim et le crime, comment ne pas voir là un appel à la guerre civile ?
Ce n'est point une calomnie : voici que les semences de la discorde produisent des fruits do sang; la fusillade et les canons viennent nous enlever la consolation des études et la tranquillité de l'âme. La guerre sociale, proclamée à Paris par les amis du peuple dans les clubs et dans les journaux, éclate dans la rue ; des barricades se forment ; chaque maison est un bastion, chaque coin est une embûche. L'horrible boucherie se prolonge durant quatre jours entre les citoyens armés pour la défense de Tordre, et les bandits qui combattent pour la vengeance et pour le pillage. Maisl'amourdc la patrie triomphe. Dieu n'a pas voulu précipiter laFrance dans cette républiquesociale, qui triomphaitenl532à Munster, lorsque ceilexïlies'iniiiuhït nouvelle Jérusalemelcapitalede l'humanité.
La communauté des biens et des femmes, la destruction des arts, le meurtre, le pillage furent proclamés au nom de Végalité évangélique, au milieu des hymnes de gloire entonnés par ces prophètes communistes dont notre âge est destiné à voir se renouveler les scandales.
Par quelle fatalité ceux qui se prétendent les plus chauds amis de la liberté, ne cessent-ils pas d'en être les plus dangereux adversaires, et lui font-ils plus de mal que les sicaires de la tyrannie? Si les Septembriseurs ont souvent fait maudire la liberté, que dire des socialistes dont les doctrines, si elles venaient à se traduire en faits, feraient couler plus de sang que les couteaux et les guillotines? Mais rendons justice à notre temps. L'effroi causé par quelques forcenés ne prévautpoint contre le bon sens et la constance de la nation. Contre les ennemis de la société et de la république se lèvent les soldats citoyens, et si un prêtre se sert de la puissance de sa parole pour faire triompher l'ignorance et déshonorer la sainteté de son ministère, l'archevêque de Paris ne craint pas de porter aux insurgés des paroles de paix, et les scelle par un glorieux martyre.
J'ai saisi volontiers cette occasion de toucher quelques mots des socialistes et de la guerre prêchée par les philosophes humanitaires, qui ne trouvent point une conquête assez belle la monarchie renversée, la république fondée, le suffrage universel accordé au peuple. Je l'ai fait, croyant remplir un devoir, parce que les journées sanglantes de juin ne doivent pas être une leçon seulement pour la France. Malheur si les Italiens, travaillés par les apôtres de la barbarie, se laissent bercer par ces fausses promesses! Malheur si la raison et la religion ne les défondent pas contre le fléau du socialisme, plus dangereux que la peste asiatique , parce qu'il chemine au nom du Christ, en portant écrit sur sa bannière : liberté, égalité, fraternité!
Une indignation dont je n'ai pas été maître m'a écarté de mon sujet, et m'a fait dépasser, je m'en aperçois trop tard, la limite permise. Pour revenir à Machiavel, je terminerai en répétant qu'au milieu des fausses doctrines qui nous inondent, il est plus que jamais nécessaire de méditer les ouvrages de ce grand maître en politique, et j'ajoute sans crainte, de ce grand bienfaiteur de l'humanité. Et l'on comprendra alors que quand il écrivait que la lecture du Prince ferait assez voir que les quinze années passées par lui à l'étude du gouvernement, il ne les avait employées ni à dormir ni 2i jouer, ces paroles n'avaient rien de présomptueux.
iTrattfeiH'it (!Duicciai*bini.
ARFOis il semble que la fortune soit l'arbitre souveraine non-seulement de la vie, mais encore de la réputation des hommes. Comment expliquer autrement cette fatalité qui poursuit dans Machiavel le champion de la tyrannie, lui qui en fut l'adversaire implacable, lorsqu'on voit le nom de Guicciardini exempt du blâme justement infligé à tous ceux qui, pouvant affranchir la patrie, la précipitent dans une pire servitude ?
A Florence, appelée à bon droit l'Athènes de l'Italie, naquit en 1482 François Guicciardini d'une famille noble. Jeune encore, il montra une grande aptitude pour les affaires , moins encore par ses connaissances profondes en droit que par la souplesse merveilleuse de son ^prit . Envoyé en ambassade par ses concitoyens auprès de inand, en 1512, lorsque les armes de ce tyran fortuné portaient le ravage en Italie , il apprit à la cour d'Espagne cette politique hypocrite qui fait passer l'utile avant le juste, la force avant le droit. De retour dans sa patrie, comblé de la faveur et des présents du roi d'Aragon , il fut député par la république auprès de Léon X qui , charmé de ses talents, l'attira à son service, et le fit gouverneur de Modène et Reggio, puis de Parme, qu'il défendit vaillam-
ment contre les Français. Sa faveur continua sous Clément X, qui , après l'avoir envoyé à la cour de François 1", le nomma gouverneur de Bologne, encore frémissante de la perte de son indépendance. Guicciardini n'eut pas peu à faire pour faire accepter et craindre l'autorité pontificale, d'après la maxime qu'il avait prise pour devise :
« La sévérité est nécessaire au gouvernement, parce que la méchanceté des hommes le veut ainsi ; mais on doit l'employer avec adresse , de manière à faire croire aux hommes qu'on n'est pas cruel par plaisir, mais par nécessité et pour le salut public. >>
Paul III s'étant privé des services de l'adroit Florentin , il retourna dans sa patrie, où, à la honte éternelle de son nom, il de\lnt le favori d'Alexandre de Médicis, qu'il osa défendre devant Charles-Quint. Le véridique Yarchi nous apprend qu'au milieu des supplices et des persécutions qui furent suscités aux patriotes, messer François Guicciardini se montra plus cruel et plus implacable que les autres. Segni, après avoir dit que les Florentins l'avaient surnommé messer Cerrettieri (c'était un ministre du duc d'Athènes , odieux au peuple, qui l'avait assassiné), ajoute que chacun l'abhorrait et le maudissait. Un seul parmi les modernes, Corniani , comme s'il voulait réhabiliter dans l'opinion l'infâme conseiller d'Alexandre, assure que « si le prince eût prêté les oreilles aux sages avertissements de notre auteur, il eût évité l'abîme où le précipitèrent ses scélératesses à la fleur de l'âge. » Le pire fut qu'après la chute d'Alexandre , à peine dans sa vingt-sixième année , Guicciardini s'employa de tout son crédit pour asservir Florence à Côme de Médicis , lequel paya d'ingratitude l'homme qui avait été pour lui traître à son pays. Et c'est l'avis des contemporains les plus dignes de foi que se voyant haï du prince qui lui devait le trône , il se réfugia à Montici, où il écrivit ses histoires et mourut par le poison à l'âge de cinquante-huit ans*.
L'ouvrage qui assigne le premier rang à Guicciardini parmi les historiens italiens commence en 1492, c'est-à-dire aux événements dont il fut lui-même témoin. Si son style, qu'il ne travaillait pas assez, n'a pas toujours la pureté et l'éclat de celui de Machiavel, il rachète cette infériorité par la profondeur des vues et la vérité des caractères. Cependant, on doit reconnaître qu'il se trompe quelquefois dans le jugement des faits et dans l'appréciation des causes, ce qui a fait dire de lui à Montaigne :
« Il est historiographe diligent, et duquel, à mon advis, autant exacte-
' La maison de Guicliardin à Montici est à côlé dWrcctri, où se retira Galilée eu 1G33 (voir plus bas ia Notice). On y conserve rulit;icii.scniCMt la table sur laquelle il écrivit son histoire avec une telle ardeur, disait-on, qu'il passait des journées entières sans manger ni dormir. {Note du traducteur.)
ment que nul aultre, on peult apprendre la vérité des affaires de son temps : aussi en la pluspart , a-il esté acteur luy-mesme et en reng honnorable. 11 n'y a aulcune apparence que par haine, fîiveur ou vanité , il ayt desguisé les choses ; de quoy font foy les libres iugements qu'il donne des grands, et notamment de ceux par lesquels il avoit esté advancé et employé aux charges, comme du pape Clément sepliesme. Quant à la partie de quoy il semble se vouloir prévaloir le plus , qui sont ses digressions et discours , il y en a de bons et enrichis de beaux traicts; mais il s'y est trop pieu ; car, pour ne vouloir rien laisser à dire, ayant un subiect si plein et ample et à peu proz infini, il en devinct lasche et sentant un peu le cacquet scholastique. l'ay aussi remarqué cecy que, de tant d'âmes et etfets qu'il iuge, de tant de mouvemens et conseils, il n'en rapporte iamais un seul à la vertu, religion et conscience , comme si ces parties là estoient esteinctes au monde ; et, de toutes les actions pour belles par apparence qu'elles soient d'ellesmêmes, il en reiecte la cause à quelque occasion vicieuse ou à quelque proufit. Il est impossible d'imaginer que, parmy cet infiny nombre d'actions de quoy il iuge, il n'y en ayt eu quelqu'une produicte par la voye de la raison; nulle corruption peult avoir saisi les hommes si universellement que quelqu'un n'eschappe à la contagion. Cela me faict craindre qu'il y aye un peu du vice de son goust; et peult estre advenu qu'il ayt estimé d'altruy selon soy. Très-commune et très-dangereuse corruption du iugement humain. »
Si l'on réfléchit que Guicciardini était né à une époque de corruption où la vertu était avilie tandis que le vice triomphait, on s'étonnera moins qu'il soit tombé dans la môme erreur que le duc de La Rochefoucauld, nourri, lui aussi, dans la perversité des cours. On a dit avec raison de ce dernier qu'il avait calomnié la nature humaine lorsque après avoir dit dans le livre des Maximes que « nos vertus n'étaient le plus souvent que le masque des vices, » il alla jusqu'à soutenir que « ce que les hommes nomment amitié n'est qu'une réciprocité d'intérêts, un échange de bons offices et un commerce oii l'amourpropre trouve toujours son profit. » Montaigne n'est pas le seul qui ait critiqué Guicciardini. Foscarini remarque que « au lieu de proportionner son discours aux choses qu'il raconte, il l'outre d'ordinaire. » Speroni l'accuse d'avoir « un esprit enclin à la médisance » et de calomnier «non-seulement les princes, mais les nations entières et les conclaves. » VEssai de Giovani Rosini sui' la Vie et les ouvrages de Guicciardini fait toucher du doigt la justesse de ces accusations. En regrettant que le défaut d'espace m'empêche de montrer comment il suffit de quelques traits de pinceau à l'historien florentin pour dessiner d'une manière frappante les figures d'Alexandre VI, de Jules II , de Léon X et de Clément VII;, je ine contenterai de mettre sous les yeux
du lecteur le portrait qu'il fait de Charles VIII , lors de la funeste occupation de l'Italie par les armées françaises :
« Le roi partit le jour même du Dauphiné, où il avait séjourné quelque temps. Il était accompagné de tous les seigneurs et de tous les capitaines de France, à l'exception du duc de Bourbon, auquel il laissa l'administration de tout le royaume, et de l'amiral et de quelques autres, qui furent chargés du gouvernement et du soin des plus importantes provinces. Charles s'étant rendu en Italie par le mont Genèvre, moins difficile que le mont Cenis, par lequel Annibal passa autrefois 'avec tant de peine, il entra dans la ville d'Asti le 9 septembre 1494.
«Le passage de ce prince en Italie fut la source d'une infinité de maux et de révolutions ; les Etats changèrent tout à coup de face, les provinces furent ravagées, les villes détruites et tout le pays fut inondé de sang; le luxe étranger s'introduisit dans les vêtements et la corruption dans les mœurs. L'Italie apprit aussi une nouvelle mais sanglante méthode de faire la guerre; des maladies jusqu'alors inconnues furent encore le triste fruit de l'arrivée des Français, qui troublèrent tellement la paix et l'harmonie de nos provinces, qu'il fut depuis impossible d'y rétablir l'ordre et la tranquillité ; troubles funestes qui exposèrent ce malheureux pays aux insultes et aux ravages des Barbares, mais pour comble de maux , le mérite du vainqueur ne diminuait point notre honte. Le prince qui fut la cause de tant de malheurs était à la vérité comblé des biens de la fortune ; mais la nature lui avait refusé presque tous les avantages du corps et de l'esprit. Charles avait été dès l'enfance d'une faible complexion; il était d'une santé chancelante, fort petit et d'une extrême laideur, à l'exception des yeux qu'il avait pleins de feu et de dignité ; du reste, il était si mal proportionné qu'on l'aurait plutôt pris presque pour un monstre que pour un homme. Sans aucune teinture des sciences et des arts, à peine connaissait-il les caractères des lettres; avide de domination, mais incapable de commander, il était pour ainsi dire le jouet de ses favoris , ne conservant avec eux ni la majesté ni l'autorité de son rang. Ennemi du travail et des affaires, il ne s'y appliquait jamais sans faire voir qu'il n'avait ni prudence ni jugement; et même ce qu'on pouvait appeler bonnes qualités en lui, à l'examiner de près, tenait plus du vice que de la vertu. Son penchant pour la gloire était moins un sentiment décidé qu'une saillie de tempérament; libéral, mais par caprice, il plaçait ses bienfaits sans discernement et sans mesure; la constance qu'il faisait paraître quelquefois dans ses résolutions était plutôt une opini;\trt'té aveugle qu'une véritable fermeté; enfin, sa bonté était une vraie fiiiblesse. »
Je puis affirmer à présent, sans crainte d'être démenti, (juc l'iiis-
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toire de Guicciardini est un véritable manuel de politique. On a fait un recueil de ses maximes. Je me contenterai de citer celle-ci :
« Dans les guerres entreprises en commun par plusieurs princes et potentats contre un seul, l'etiroi est ordinairement plus grand que le mal , parce que la désunion qui ne tarde pas à naître parmi eux les affaiblit nécessairement. Et ainsi il arrive souvent que les entreprises connuencées avec un grand fracas rencontrent maintes difficultés et tînalement n'aboutissent à rien. »
Vérité terrible dont nous avons fait dans ces derniers jours une nouvelle et cruelle expérience. Qui ne se serait attendu, lorsque les provinces italiennes se levèrent en masse contre l'Autriche, que la sainteté de la cause et la grandeur du péril ne rendissent inébranlables l'enthousiasme des jeunes gens, le patriotisme des vieillards, le sombre désespoir des femmes, la concorde de tous? Et cependant combien n'a-t-on pas vu de Piémontais et de Lombards, de Romains et de Toscans (je ne parle pas des Napolitains qui ont continué à montrer combien peu ils se soucient de l'honneur de l'Italie , malgré leur amour pour l'indépendance, refuser d'entrer dans la ligue unitaire qui seule pouvait opérer la délivrance commune, tandis que les rivalités de province ;'i province, de cité à cité subsistaient avec plus de force que jamais !) Aussi, qu'arriva-t-il de ces divisions, de ces querelles, de ces rodomontades ridicules? Que l'armée piémontaise, restée seule pour soutenir la lutte contre l'Autriche, vit ses efforts paralysés par une poignée de volontaires indisciplinés et inaguerris , et ne put réussir à défendre la Lombardie. Ni Milan désarmé, qui avait chassé les troupes de Radetzki, ni Messine, ensevelie sous les bombes fratricides , ni Bologne, victorieuse de Welden, ni Venise, le dernier boulevard des espérances de l'Italie , ne purent laver la honte du comnmn effroi dans une cause abandonnée malheureusement par le pontife qui s'en était déclaré le soutien , déshonorée et trahie par quelques utopistes insensés. C'est une infamie pour l'Europe qui voit sans s'émouvoir tous les pactes déchirés et les égorgeurs autrichiens fouler aux pieds toutes les lois divines et humaines. Mais une infamie plus grande encore c'est que des millions d'Italiens reculent devant une poignée de Croates, de Bohèmes et de Transylvains. Qui dira le contraire? Qui ne conviendra que la misère où nous sommes plongés depuis trois siècles ne soit le juste salaire de l'avilissement de nos âmes, que ne peuvent plus émouvoir ni le souvenir de la gloire de nos pères, ni les outrages continuels des modernes Barbares ?
Ces libres paroles choqueront, je m'y attends, ceux à qui l'on est en droit de reprocher, non leur défaite , mais l'abandon du pays. N'importe, je n'imiterai pas ces Italiens qui n'ouvrent la bouche que pour préconiser ce peuple, qui a fait trembler le monde un jour, et qui
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en est devenu la risée. Mais je ne désespère pas non plus de l'avenir. La léthargie de l'Italie n'est pas l'éternel sommeil de Juliette : et il viendra un jour, j'en ai la ferme conviction, que la belle endormie se lèvera de la couche sépulcrale où Ta étendue le triple poison de l'envie , de l'inertie et de l'ignorance.
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E xv*^ siècle en Italie avait déjà commencé la décadence de la langue, lorsqu'un homme entreprit heureusement, en joignant la théorie à l'exemple, de lui rendre l'éclat qu'elle avait perdu depuis le temps de Dante et de Boccace. Cet honune fut en outre le restaurateur des lettres grecques et latines dans ce siècle, où il se distingua par la noblesse de son âme , l'étendue de ses connaissances , et son talent comme écrivain.
Il se nommait Pierre Bembo, fds de Bernard , patricien de Venise, où il naquit en 1470. C'est là qu'il étudia le latin, où il fit des progrès surprenants. Chargé par son père de suivre un procès contre un certain Simon Goro, le neveu de celui-ci parvint à lui soustraire un papier qu'il destinait aux juges. Une querelle s'ensuivit, on dégaina, et Bembo fut blessé grièvement à la main droite. Bientôt après il se rendit à Messine pour suivre les cours de grec du célèbre professeur Constantin Lascaris. De retour à Venise il entra dans les affaires pour obéir à son père, qui était ambassadeur de la république ; mais voyant qu'il y était peu propre, il les abandonna peu après. II alla àFerrare, où il se lia avec Antonio Tebaldeo, Jacopo Sadoleto , Hercule Strozzi, le duc Alphonse et Lucrèce Borgia, dont il fut , dit-