‹ L'Italie littéraire et artisqueChapitre 44 sur 86 · BALDASSARE CASTIGLIONE · texte numérisé non relu

BALDASSARE CASTIGLIONE

de la paix, le Milanais ayant été conquis par les armées françaises , il se réfugia à la cour de François, seigneur de Mantoue, qui l'accueillit avec la même distinction que Sforce. Castiglione, après avoir accompagné ce prince à l'entrée de Louis XII dans Milan, en 1499, se trouva on 1503 à la bataille de Garigliano, qui fut perdue par les Français. A Rome, les vertus de Guidobaldo de Montefeltro, duc d'Urbin, le séduisirent, et il désira s'attacher à son service. Il sollicita l'agrément du marquis de Mantoue, qui le lui accorda, tout en lui gardant rancune, (niidobaldo le fit capitaine de cinquante lances à la bataille de Cesène, où il reçut une blessure, puis ambassadeur auprès de Henri YII d'Angleterre, qui, charmé de ses manières et de son esprit, lui fit cadeau d'un collier et d'une quantité de chiens et de chevaux. Do retour en Italie , lorsque Jules II déclara la guerre aux Vénitiens, qui étaient maîtres des villes de la Romagne, Castiglione suivit le duc d'Urbin , François-Marie délia Rovere , au siège de Ravenne, et mit en déroute les assiégés qui avaient fait une. sortie, tandis qu'une partie de ses gens, s'étant lancés à leur poursuite, entraient après eux dans la ville. Lui-même a conservé le souvenir de ce fait d'armes en des termes qui peignent son caractère : « Nous avons, écrivait-il à sa mère, causé un grand dommage et préjudice à cette pauvre Ravenne ; j'ai fait en ceci du mieux que j'ai pu, et tout le monde a trouvé son compte, excepté moi, ce qui ne me fâche nullement. »

Cependant le duc, voulant récompenser la valeur et les services du chevalier, lui donna le titre de comte et un château dans les environs de Pesaro. Il le députa ensuite près de Léon X, qui le combla d'honneurs. Tout ce que Rome renfermait d'illustres, Rembo, Sadolet, Beroald, Tibaldeo, Raphaël, Michel-Ange, Jules Romain tinrent à honneur de le compter parmi leurs amis. Le marquis de Mantoue regretta alors de ne l'avoir plus auprès de lui ; il abjura son ressentiment, et, voulant le fixer à sa cour, il lui fit épouser IppolitaTorello, fleur de noblesse et de beauté. Quantités de joutes et de tournois furent célébrés à cette occasion ; mais les joies durèrent peu : une mort prématurée ravit la jeune épouse et voua Castiglione à des regrets qui le suivirent partout, à Rome, où il fut envoyé en ambassade près de Clément YII; à Madrid, où il fut chargé d'une mission pour le souverain pontife, et où Charles- Quint lui prodigua les mêmes honneurs dont l'avaient comblé les papes et les princes d'Italie. Cependant, lors du sac de Rome et de la captivité du saint-père, en 1527, ayant su que Clément VU suspectait sa fidélité, il en conçut un violent chagrin, que ni les protestations tardives du pape, ni les témoignages d'amitié de l'empereur ne purent adoucir, et qui le conduisit au tombeau, à Tolède, à l'âge de cinquante ans*.

' Quoique mort à Tolède, Casiiglionc voulut être enterré à Notre Dame dellc Gracie, à Mantoue, près de la jeune éjjouse dont la perte lui avait été si amère, et à laquelle il

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