LORENZO MAGALOTTI
et pour bien cDiinaître les princes il faut être peuple. J'ajoute que, encore que l'athéisnie soit une puissance plus formidable que celle de l'hérésie, cette puissance est en tout point plus aisée à combattre, parce qu'il faut employer contre l'hérésie l'Écriture, les conciles, les Pères, la théologie, toutes choses oij je suis inhabile; tandis que pour combattre l'athéisme il suffit de ce que les Français nomment le bon sens , et je ne pense pas qu'il y ait de la présomption de ma part à supposer que j'en possède une dose suffisante pour me hasarder à battre en brèche ce système insensé. On peut dire encore que l'hérésie est une forteresse construite d'après un plan défectueux, mais cependant avec de bons matériaux, parce que ces matériaux, bien qu'employés avec mauvaise foi, sont tous tirés des Écritures et de l'Évangile, ce qui fait qu'on ne peut la réduire qu'à l'aide d'un siège en règle et avec des forces considérables. Mais l'athéisme, qui est un fort enchanté, se rit des batteries et des attaques savantes des théologiens, puisqu'on niant à ^non, comme on dit en terme d'école , leurs principes et la base de leur argumentation, il enchante les armes des agresseurs qui restent émerveillés et la bouche béante en les voyant inutiles dans leurs mains. Mais vienne un fantassin, qui soit au fait du secret et qui, par la connaissance qu'il a de la place, sache de plus où réside l'enchantement, il pourra aisément réussir là où auront échoué les efforts des généraux pendant le temps d'un long- siège. Quel si grand mal y aura-t-il donc à ce que je tente l'aventure? Je tiens pour aussi difficile de trouver un grand théologien, qui ait en même temps une grande pratique du monde, que de trouver un grand praticien qui ait une grande théologie. C'est pourquoi il n'y a nul inconvénient, après que tant de savants hommes se sont ligués pour cette guerre, à ce qu'on voie , ne fût-ce que pour la rareté du fait ^ , figurer parmi les combattants un homme qui ne sait rien que ce qu'il a appris en voyageant à cheval et par les hôtelleries. »
Magalotti fut du petit nombre de ces hommes qui peuvent servir d'exemple à la postérité. Dédaigneux de la gloire et de la richesse, au point de n'avoir pas voulu que ses ouvrages fussent imprimés de son vivant, exempt de passion littéraire, au point d'avoir accueilli dans sa villa un Rasponi , jésuite, qui avait publié un dialogue copié presque littéralement sur les Lettres contre V Athéisme, il fut tellement désireux de faire du bien aux hommes qu'il ne pensa accomplir son devoir de philosophe qu'en démontrant les bienfaits de la religion.
' Ces mots sont en français dans le texte. {Note du traducteur.)
(S»nj5par0 &û}n.
ux grâces enchanteresses des fréceniistes, au savoir profond et à la fécondité majestueuse des écrivains du xvr siècle, succéda dans le xvni% une littérature vide et flasque, tombée aujourd'hui dans l'oubli, et dont il ne resterait absolument rien , si quelques hommes, un entre autres, au milieu de cette décadence du goût, n'eût offert dans ses ouvrages un heureux mélange des beautés des anciens jointes à la finesse, à l'élégance, et à la facilité de l'esprit toscan.
Cet homme pourtant était né à Venise , en 1713. II s'appelait Gasparo Gozzi. Après avoir vécu ses premières années au collège des Somasques^ à Murano, il étudia le droit et les mathématiques, mais à contre-cœur, car il se sentait entraîné vers la poésie, qu'il prisa assez pour la trouver une dot suffisante dans Luisa Bergalli. Bientôt des revers de fortune le précipitèrent dans la pauvreté, rendue plus pénible encore par la douleur de ne pouvoir subvenir aux besoins d'une nombreuse famille. Il se mit à traduire V Histoire ecclésiastique de Fleury, les Co/if es worawa: de Marmon tel , Y Année chrétienne^ et
' Frères ignorantins institués dans le xvi" siècle à Soniasquc, village entre Milan et Berganie. [Note du traducteur.)