‹ L'Italie littéraire et artisqueChapitre 58 sur 86 · PIETRO COLLETTA · texte numérisé non relu

PIETRO COLLETTA

qu'il raconte, soit comme témoin, soit comme acteur, nuit parfois à son impartialité comme historien. Je dis parfois, parce que, dans le récit de la tyrannie de Ferdinand et des trépas de Cirillo, de Pagano, de Conforti et de plusieurs autres, le souvenir de la prison qu'il a partagée avec eux ajoute au contraire à la vérité et à l'énergie de son récit. Sa description du tremblement de terre desCalabres surpasse peut-être ce que Botta a écrit sur ce terrible sujet. La citation suivante contient le récit d'un fait extraordinaire arrivé à Acerenza, ville de la Basilicate. Un père qui aime tendrement un tils coupable et prisonnier, puise dans cet amour même une résolution désespérée :

« Le vieillard obtint, à prix d'argent, du geôlier, de déjeuner avec son fils; le repas ne fut ni abondant ni modique, lui ni joyeux ni triste, le fils par un long usage de la prison , inditiérent. Après le déjeuner, le père parla ainsi -. " Mon fils, le tribunal de cassation a rejeté « notre pourvoi ; la condamnation est confirmée ; dans quelques « heures la sentence te sera signifiée, et demain tu auras cessé de vivre. '< Comment? d'une manière infâme, par la main du bourreau; où? ici, « dans ta patrie, devant notre maison. Tout mon avoir, l'avoir de ta « famille a été sacrifié pour te sauver; une petite vigne que j'avais plan- « tée a été vendue il y a un mois. Si tu ajoutes l'infamie à notre pau- « vreté, c'est trop de mal, mon fils, que tu auras fait à tes vieux parents, « à tes deux frères, à tes trois sœurs, à notre nom, à nos descendants. « 11 n'y a quun moyen, de mourir auparavant, de mourir aujourd'hui. « Si tu as pitié de la famille et de moi, prends, c'est du poison (il tira de « sa poche un papier roulé) , bois. Si le courage te manque, je partirai » en te maudissant ; si tu bois, mes bénédictions accompagneront ton " dernier soupir. » A ces dernières paroles, quelques larmes roulèrent dans ses yeux ; et le fils qui l'écoutait, frappé de stupeur, prit, sans dire mot, le papier que lui tendait son père, versa le poison dans le verre, baisa la main vénérable du vieillard, et, le regardant fixement, il but. Alors l'autre se leva, et redressant, par un effort extraordinaire, sa taille courbée, il le bénit trois fois en étendant le bras vers la croix , puis il se déroba subitement. Le fils mourut au bout de quelques instants. On apprit dans le même jour la condanmation , le repas, le poison, la mort. On mit en prison , sous l'accusation d'infanticide, le vieux père, qui convint de tous les faits. Le tribunal le condamna à mort; la cour de cassation était en suspens entre la loi et la conscience: il y avait danger pour la justice de paraître sanctionner un crime, mais la condamnation était une atteinte à la vertu, à l'honneur, au sentiment public que le trait du père frappait de stupeur et d'admiration. Dans cette incertitude, on prit l'avis du gouvernement, qui répondit qu'on devait couvrir le fait du silence, rien n'obligeant à appliquer la loi dans un cas sans précédent jusqu'alors, et qui peut-être ne se représenterait

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