LUIGI PULCI
que, et pourtant, remarque importante pour l'histoire philosophique, il prophétisa cette découverte dans la ccxxix^ stance de son XXV'= chant. Le Morgante fut publié pour la première fois vers 1488, avec un tel succès que plusieurs n'hésitèrent pas à le préférer au Roland furieux, auprès duquel, ainsi que nous l'avons dit, il ne doit paraître qu'une brillante étincelle. Lord Byron, durant son séjour à Ravenne, entreprit de le traduire, mais il n'alla pas plus loin que le premier chant. Une remarque dont la justesse échappe malheureusement à beaucoup de gens, c'est qu'il est presque impossible à un étranger de posséder à fond notre langue. « La langue italienne, dit à ce sujet Byron, ressemble à une femme belle et coquette , prodigue de ses sourires pour tous, de ses faveurs pour un petit nombre et qui 'se montre souvent le plus avare de ses grâces pour ceux qui l'ont le plus longtemps courtisée. »
J'ranccjicicci Bcrni,
E qui distingue le génie poétique de l'Italie , et ce qui prouve en même temps son admirable fécondité , c'est la facilité avec laquelle on le voit se plier à tous les genres de compositions comme à toutes les formes de style. Qu'on prenne , par exemple , parmi tous ces genres celui pour lequel les Italiens paraissent le moins faits, je veux dire le genre comique, il se trouvera que là encore ils sont 'e5 -" plutôt riches que pauvres. De plus ils ont le ^^ mérite d'avoir su cacher sous la plaisanterie cette ^r^f^ haute moralité, sans laquelle, dirai-je avec Montaigne, il vaudrait mieux laisser là tous les livres pour s'adonner uniquement aux exercices qui peuvent développer l'adresse et la force du corps. Tel fut Berni , un des génies les plus rares et des cerveaux les plus fantasques, et dont le nom a servi plus tard à désigner le style bernesque.
Francesco Berni naquit vers la fin du quinzième siècle, de Niccolo, noble Florentin, mais pauvre , dans la terre de Lamporecchio, que Bûccace a rendu célèbre par sa charmante nouvelle de Masetto. Il passa ses premières années à Florence. Mais à dix-neuf ans , ayant pris les ordres, il vint à Rome, où il se mit au service du car-