FRANCESCO BERNI
dinal Bernardo Dovizi de Bibbiena, et ensuite à celui de son neveu Ângelo , protonotaire apostolique. Voyant qu'il n'avançait pas davantage avec celui-ci, et vaincu, comme il le dit lui-même, par l'amour d'une femme, il le quitta pour devenir secrétaire de Giammatteo Giberti , évêque de Vérone et dataire de Léon X. II voyagea longtemps avec lui , puis fut envoyé dans les Abruzzes comme curateur d'une abbaye. Mais ce genre d'occupations n'allait guère à ses inclinations ; ennuyé de son abbaye, il retourna à Rome, à la cour de monseigneur, et fit partie de l'Académie des Vignerons \ qui se vantait de compter parmi ses membres Casa, Mauro, Firenzuola, Bini et Capilupi. Ayant perdu tout ce qu'il possédait dans le sac de Rome , en 1526 , Berni suivit l'évêque à Vérone ; puis mécontent de nouveau de sa position, et incapable de se plier à la tyrannie des cours , il s'en revint à Florence, où il fut mis en possession du canonicat de la cathédrale. Voilà tout ce que l'on sait sur Berni , et ce que les uns racontent sur sa mort, arrivée le 26 juillet 1536 , paraît peu démontré aux autres. Quoi qu'il en soit, on prétend qu'étant devenu familier du cardinal Hippolyte de Médicis et du duc Alexandre , il se vit requis , lorsque la haine des deux frères vint à éclater, soit par le duc d'empoisonner le cardinal, soit par le cardinal d'empoisonner le duc, et que s'étant refusé a un assassinat , il fut puni par le poison de s'être montré trop scrupuleux , et surtout de s'être imprudemment complu dans l'amitié de ces princes sanguinaires. Alors le blâme de la mort de Berni devrait retomber sur le duc, qui ayant fait assassiner le cardinal, en 1536, crut devoir immoler à sa sûreté le poëte, qui n'avait point ignoré ses projets de vengeance, et qu'il connaissait pour un ami déclaré de la vérité.
Berni fut le père du style burlesque , qui , s'il faut en croire Lasca, dans sa lettre à Lorenzo Scala , auquel il dédie l'édition des OEuvres burlesques, était tenu en grande estime, «non pas seulement par le peuple , mais par les seigneurs, depuis que les pétrarqueries, le précieux et les grands sentiments ont à moitié affadi et rassasié le monde , en semant partout les fleurs , le feuillage, les vallons, les ombrages, les antres, les ondes pures , les doux zéphyrs. Mais loi, ô gentil Berni, honnête Berni, Berni divin, tu ne nous bernes pas, tu ne nous contes pas de fariboles, tu ne nous vends pas des vessies pour des lanternes ; mais avec des expressions simples , naturelles, et non point emphatiques ni étrangères, dans des vers clairs , pleins de sens , et non point gonflés ni obscurs , avec des rimes faciles, harmonieuses, et non point rudes ni bizarres, tu nous fais
' L'Académie des Vignerons, une de ces appellations bizarres comme en avaient adopté la plupart des anciennes académies d'Italie. 'Sole du traducteur.)