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CHAPITRE VI

§ 1. — La Réforme et ses causes.

Des revendications d'ordres divers, économiques, politiques, religieuses et philosophiques, se synthétisèrent au XVI® siècle dans le mouvement de la Réforme.

La querelle des Indulgences fut loin d’être amenée par des préoccupations purement religieuses. Les papes centralisant trop soigneusement à Rome les offrandes imposées à tous les fidèles, les princes s’opposant à cette centralisation en vue de leurs intérêts particuliers, Pinquiétude des peuples redoutant une double imposition, rendent bien sensible le côté économique de ce désaccord.

Au point de vue politique, les souverains entrevoyaient la possibilité de se dégager de la tutelle romaine.

Les philosophes et les lettrés cherchaient l’independance de la pensée.

A mesure que la société humaine se perfectionne, elle se complique et réclame une plus grande division dans le travail de direction et d’application de ses efforts. Des hommes fort religieux, mais indépendants, proclamaient ces nécessités nouvelles. Déjà en 1517, Jean-François Pic de la Mirandole, neveu du célèbre philosophe, défendant la mémoire de son oncle, adressait au Concile de Latran une lettre dans laquelle, avec un esprit très respectueux, il affirmait la convenance d’établir des limites à l’autorité religieuse. Mais renoncer à une part de pouvoir quand on croit pouvoir le conserver tout entier est une amputation douloureuse et Rome n’accepta pas de s’y soumettre.

De nombreuses raisons semblaient justifier cette attitude : la suprématie sacerdotale acceptée jusqu’alors universellement comme un dogme traditionnel; la soumission fidèle des pays plus rapprochés de l’Italie ou plus longtemps assouplis dans le passé par la domination romaine; l’insécurité encore inquiétante dans l’Europe en armes ; le sac de Rome par le Connétable était dans toutes les mémoires ^ tout cela encourageait l’Église à se

1. Le manque d’exactitude dans les connaissances scientifiques d’une époque où l’ascension de l’eau dans les conduits pneumatiques était attribuée à l’horreur de la nature pour le vide, laissait à l’Église le monopole de la certitude.

considérer comme la seule garantie de Tordre matériel et moral.

Aux prétentions des novateurs elle opposa une résistance opiniâtre ; contre Luther qui personnifiait les tendances générales de rébellions, elle répondit parla convocation du Concile de Trente.

§ 2. — Le Concile de Trente.

L'éducation, arme de défense contre la Réforme.

Ce Concile ne fut pas conciliant. Contre le mouvement de la Réforme, il dressa son autorité promulguant de nouveaux dogmes et fortifiant sa discipline hiérarchisée. Les premiers amenèrent la séparation de TAllemagne et de TAngleterre avec Rome; ses lois disciplinaires, mal acceptées, rencontrèrent dans TÉglise gallicane Une opposition qui mit en péril Torthodoxie de cette dernière. Convaincu que, comme par le passé, la raison ne pouvait trouver une base de certitude en dehors de la soumission aux vérités révélées, il favorisa, pour Téducation, les méthodes alors triomphantes de la Compagnie de Jésus.

Les Constitutions de cette Compagnie célèbre sont une véritable merveille d'organisation pour une société composée d'éléments de choix, toujours soumis à la direction immédiate d'un supérieur. L'individu y est conduit par un entraînement pro-

gressif au renoncement absolu de sa propre volonté, de son jugement particulier. On sent bien, en lisant ces pages admirables, que l’homme qui les dictait était un soldat. Tout y respire le culte de la discipline.

C’était l’antidote qu’il fallait contre l’orgueilleuse raison humaine, voulant secouer toute autorité. Malheureusement, l’expérience a démontré que l’application à tout un pays de cette méthode si favorable à une compagnie d’élite, olfre de sérieux inconvénients.

Ceux qui rêvèrent de dresser les peuples à cette discipline ne prévirent pas que, possible dans un groupement perpétuellement compact sous une direction constante, elle ne convenait point à des masses faites d’éléments dissemblables.

Ils ne comprirent pas non plus que dans la vie ordinaire dont les situations et les circonstances varient à rinfini, l’autorité directrice, souvent absente, ne saurait toujours parer aux difficultés imprévues. Les êtres soumis à une telle éducation ne trouvent point en eux-mêmes de guide conducteur, de ressort suffisant de résistance. Mis subitement dans l’obligation de décider, de choisir, d’agir de leur propre initiative, ils en sont incapables et deviennent une proie facile pour ceux qui, autour d’eux, ont conservé plus de caractère.

Ce système de mainmise de l’éducation sur les

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volontés annihilées semble garder encore pour des esprits éminents des séductions plus ou moins voilées. Lorsqu’un moderne et subtil philosophe définit l’entraînement par lequel l’individu doit se former : l’art de faire passer le conscient dans l’inconscient^, ne retombe-t-il point en une erreur analogue?

Non, l’éducation ne doit point avoir uniquement pour but d’augmenter dans l’homme la part de l’inconscient ni de le plier à une discipline dont il attend sa direction. Elle doit tendre, au contraire, à lui donner le goût et la force d’agir librement, dans l’exercice de sa volonté, vers un but toujours plus noble que l’idéal moral lui indique et dont la science lui montre le chemin.

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