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CHAPITRE II

LMNVASION FRANÇAISE

§ 1. — Retour de ridée de Galilée.

Pendant que Tltalie était plongée dans la torpeur que nous venons de décrire, les idées de Galilée recueillies en Angleterre par Bacon, et suivant une curieuse évolution qui allait les ramener vers leur pays d'origine, revenaient en France avec Diderot.

Ce dernier s'en inspira, en effet, dans ses Pensées sur V interprétation de la Nature^ en accentuant encore les envahissements trop audacieux de la science.

C'était la réaction fatale contre les empiétements de l'autorité dogmatique sur les droits de la raison, comme l'ascétisme chrétien avait été la réaction contre la veulerie et la sensualité païennes.

V Encyclopédie (1751-1772) inaugura le mouvement chez les intellectuels de l'époque; la bour-

geoisie française y participa avec joie, espérant y trouver une arme de combat contre le clergé et la noblesse; le peuple en fît la Terreur.

Trente années suffirent à la France pour accomplir cette œuvre extraordinaire de destruction. Elle y était mieux préparée qu’une autre nation, car l’autorité s’y manifestait plus durement qu’ailleurs et que, d’autre part, ses relations avec les peuples protestants étaient plus intimes et plus fréquentes.

Les mots de Liberté, Égalité, Fraternité agissaient sur les masses avec toute l’imprécision et l’énergie qui conviennent pour les rallier et les pousser aux entreprises héroïques.

Vers 1796, lors de la triomphale irruption des armées révolutionnaires dans la Péninsule, l’état d’esprit de la France était exactement l’opposé de celui des Italiens : d’un côté énergie et confiance en soi-même, de l’autre faiblesse et soumission.

Aussi, en y pénétrant, ne rencontrèrent-elles qu’une poussière humaine que ‘la tourmente emporta. Ce fut comme une concurrence de lâcheté de toutes les classes sociales. Les princes fuyaient avant d’être vaincus, avant même d’avoir aperçu l’ennemi. Le reste suivait la débâcle ou accueillait les envahisseurs en simulant un enthousiasme servile.

L’abolition des caractères produisait son œuvre,

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ainsi qu’elle l’avait fait quelques années auparavant dans la célèbre république du Paraguay.

Sur cette masse amorphe, Foccupation française exerça d’abord, au nom de la liberté, une influence imposée par la force.

Tous les cadres du passé furent détruits par elle. Aux souples coutumes locales, variant à Finfini pour s’adapter aux circonstances se substitua la législation française; la conscription fut appliquée rudement; toute velléité d’insoumission réprimée sans pitié; les privilèges du clergé et de la noblesse abolis.

Théoriquement, ce fut l’apothéose de la raison prétendant absorber, à son profit exclusif, l’activité de la pensée humaine tout entière.

Oubliant les prudentes limites de la science expérimentale si bien établies par Galilée , on voulut étendre universellement son autorité.

C’était l’oligarchie scientifique s’affirmant en opposition de l’oligarchie religieuse du passé.

Mais, tout exagérée qu’elle fût, la réaction produite par l’occupation française au commencement du XIX® siècle eut l’incontestable avantage de réveiller l’Italie de son long sommeil et de la remettre en rapport avec le reste de l’Europe civilisée.

Nous ne parlons pas de la masse exclusivement soumise à l’habitude, celte tyrannie de la matière

sur l’esprit. Elle ne participa à ce mouvement que d’une façon passive et sans rien y comprendre.

Mais l’élite des penseurs et des hommes d’action, stimulée par un pareil exemple, commença d’entrevoir la possibilité de reconstituer la patrie et chercha les moyens de réaliser cet idéal.

En moins de cinquante ans, ses patients efforts allaient aboutir à la formation de l’Italie contemporaine, établie sur l’égalité devant la loi et la liberté politique.

§ 2. — Après le congrès de Vienne.

Lorsque les diplomates du Congrès de Vienne prétendirent refaire l’Europe telle qu’elle se trouvait organisée avant 1789, comme s’il était en leur pouvoir d’effacer les vingt ans d’histoire qui venaient de s’écouler, ils commirent donc une profonde erreur.

Dans l’Italie où avait passé le courant des idées modernes et des aspirations nationales, les partisans des théories nouvelles virent avec une silencieuse irritation rentrer en triomphe le Pape et les rois, les ducs et les princes, protégés par les baïonnettes étrangères.

Les foules domestiquées reprenaient sans peine, il est vrai, le joug séculaire et acclamaient les anciens maîtres. Pour les regards superficiels.

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rien ne paraissait subsister de Teffroyable tempête.

Les plus audacieux des souverains rétablis ou certains de leurs ministres reconnaissaient la nécessité de quelques améliorations et de quelques concessions à leurs peuples. Mais ils n'allaient certes pas jusqu’à croire possible de transiger avec les idées de nationalisme et de liberté, sans replonger les États dans le désordre.

L’attitude des masses semblait leur donner raison.

§3. — Les seuls esprits aptes à recueillir renseignement révolutionnaire. — Triple concours qu’ils rencontrent.

Pourtant, tout retour vers le passé était impossible, car les hommes de sensibilité exceptionnelle et ceux qu’un entraînement intellectuel intense rend capables de s’affranchir en partie de l’hérédité et du milieu, avaient modifié l’orientation de leurs idées et renouvelé le champ de leurs aspirations.

Les poètes, les universitaires, les prêtres, les nobles cultivés, devaient être les premiers dont la mentalité se transformât sous la leçon des événements.

L’auréole glorieuse de la France leur fit comprendre la beauté qu’il y a dans la force.

La foi au droit divin s’était ébranlée devant le

spectacle des couronnes arrachées et rendues par des gestes humains. La philosophie, reprenant l’inspiration des Humanistes, avait porté de rudes coups à la doctrine de l’Église romaine. Le prestige du gouvernement pontifical avait souffert des vicissitudes auxquelles le Pape s’était trouvé exposé.

Animés par l’espérance de voir leur patrie redenir grande et belle, des hommes d’intelligence et de cœur se mirent à l’œuvre, avec un enthousiasme qui excuse leurs fautes, avec un courage qui impose le respect.

Une série toujours renouvelée de poètes surgit et se donna pour mission d’éveiller aux accents de leur lyre un peuple assoupi depuis deux siècles. Giusti ramassa le fouet de la satire tombé des mains de Parini. Pellico, Manzoni, Nicolini retrouvèrent l’énergie tragique d’Alfieri.

Les poèmes de Pindemonte, surtout ceux de Foscolo, les chants patriotiques de Berchet, pour ne citer que les œuvres et les auteurs les plus remarquables, contribuèrent puissamment à cette résurrection.

Mais la propagande littéraire ne pouvait agir que sur des esprits relativement cultivés. L’aristocratie et la bourgeoisie libérales, comprenant la nécessité de l’étendre aux masses, s’efforcèrent d’introduire l’enseignement jusqu’au fond des campagnes.

Dans les villes le recrutement des adeptes était

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facilité par l’état d’esprit du peuple mieux disposé à accueillir les nouveautés. Mais la propagande y était plus dangereuse. Certains libraires prêtaient leurs arrière-boutiques à des réunions où se chuchotaient des paroles d’espérance, où s’esquissaient des rêves d’avenir.

Un triple concours fut apporté êi ces germes révolutionnaires par les anciens soldats et fonctionnaires du régime napoléonien, par les sociétés secrètes et enfin, — concours involontaire, celuilà, — par la police elle-même dont les abus révoltaient les plus pacifiques.

Tous ceux qui avaient servi l’Empire étaient suspects aux souverains rentrés dans leurs États. Ils se voyaient traités de jacobins et de sansculottes. Ce qui pouvait leur arriver de moins fâcheux était d’être oubliés.

Ces natures énergiques s’accommodaient mal d’une injustice qui froissait leur dignité et lésait leurs intérêts. Beaucoup s’étaient vaillamment conduits sur les champs de bataille de l’Europe faisant estimer le nom italien.

Sous Murat, ils avaient conspiré pour l’unité italienne. La plupart s’étaient affiliés à la francmaçonnerie. Ils y avaient appris le moyen de se compter et de s’organiser.

Dans la situation où se trouvait l’Italie, nulle institution ne pouvait être mieux adaptée aux

circonstances et aux individus qu'une société secrète.

Les caractères s'étaient amollis, les personnalités amoindries. A Rome, on avait vu des membres des familles papales changer avec désinvolture d'uniforme, au gré du maître dont ils espéraient profiter. Tels bravaient volontiers l'autorité sacerdotale, mais ne savaient la remplacer par aucune règle personnelle.

Trouvant dans la société secrète la direction qui leur manquait, ils y entraient, tout en tremblant pour leur salut éternel et appréciant, du reste, le mystère qui les dispensait d'une adhésion publique.

D’autres espéraient arriver par ce chemin à la satisfaction de leurs appétits et de leur vanité. D'autres, enfin, y cherchaient des moyens d’action à mettre au service de leurs idées.

Les sociétés secrètes pullulèrent dans tout le pays; les adeptes furent, dès l'abord, nombreux dans les universités, en raison du caractère intellectuel et philosophique que le mouvement revêtit à ses débuts. Les fils de la bourgeoisie, les cadets de grandes familles, y adhérèrent en grand nombre; les juifs en totalité. Pour les uns comme pour les autres, l'atti it des principes se doublait de la séduction d'avantages personnels possibles.

Tous proclamaient leur dévouement au noble

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idéal de reconstituer la patrie. Les classes moyennes étaient rejetées vers les sociétés secrètes par l’ostracisme humiliant que pratiquait à leur égard le protocole des cours et la morgue de l’aristocratie, en dépit de leur suprématie évidente dans les lettres, les sciences et les arts.

L’instruction parfois négligée des classes privilégiées fournissait matière à leurs remarques satiriques. Massimo d’Azeglio, dans ses Mémoires^ raconte une visite chez un grand seigneur dont les aïeux s’étaient illustrés à la victoire navale de Lépante. Les salles du palais étaient ornées de précieuses tapisseries; sur l’une d’elles se voyait l’assaut d’une forteresse. Le gentilhomme la montrait à son hôte en disant : « Je ne sais pas trop ce que représente celle-ci; c’est peut-être la bataille de Lépante. »

De pareilles... distractions ne rehaussaient point le prestige des classes privilégiées. La bourgeoisie en profitait avec adresse.

§4. — Les Juifs, ouvriers et banquiers de la cause.

Du côté des Juifs, la question était plus grave encore. Bien que matériellement ils eussent à souffrir moins d’avanies en Italie que dans le reste de l’Europe, ils restaient cependant soumis à un régime vexatoire qui leur refusait la place à laquelle

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pouvaient prétendre leur intelligence et leur assiduité laborieuse.

Dans le dédain universel ils avaient acquis les vertus que perdaient les persécuteurs. Humbles et simples en apparence, se souvenant parfois d’un bienfait et toujours d’un affront, persévérants et prévoyants, rendus solidaires par leur résistance à l’ennemi commun, exercés à la discrétion et au silence, déjà détenteurs d’importantes richesses, ils constituaient une force incomparable à opposer à un oMre politique qu’ils devaient abhorrer.

Pour eux, l’unification de l’Italie n’était pas seulement le renversement de régimes dont ils avaient toujours eu à souffrir; c’était bien davantage encore la revanche prise sur l’idée chrétienne dans la Rome des Papes.

Aussi peut-on affirmer qu’à cette époque, en Italie, si tous les francs-maçons n’étaient pas juifs, tous les Juifs étaient francs-maçons.

Exclus par les lois et coutumes de toute vie militaire, ils avaient perdu la vaillance que donne le métier des armes. Sauf de rai;*es exceptions, leur coopération fut plutôt financière que personnellement militante. Mais elle s’affirma si importante, que le gouvernement provisoire de Milan, après le départ des Autrichiens, s’empressa d’exprimer sa reconnaissance aux Juifs pour leurs généreux subsides apportés à la cause de la liberté.

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§5. — Prêtres et nobles révolutionnaires.

S’il est aisé d’expliquer l’adhésion des bourgeois et des Juifs aux sociétés secrètes, on comprend moins facilement celle des nobles et des prêtres. Les uns et les autres ne pouvaient se dissimuler que les tendances dominantes n’y étaient conformes ni à leurs intérêts ni aux idées qu’ils semblaient devoir professer. Cependant, surtout au début, nobles et prêtres furent assez nombreux parmi les affiliés.

Le premier^ qui poussa le cri de : « Italie une et libre » et mourut pour cette cause, fut un prêtre. Le dernier, parmi les Martyrs di Belfiore, un prêtre aussi, en compagnie d’un Juif.

On s’explique cette attitude, surprenante au premier abord, en se rappelant la fascination qu’exerçait alors sur tous les esprits cultivés de l’Italie l’idéal de la reconstitution de la Patrie qui voulait cesser d’être la « terre des morts ».

Les sympathies que les propagateurs des idées nouvelles rencontraient dans le clergé étonneront moins si l’on songe à la réponse du pape Pie VII au comte Porro, à propos des Garbonari : « Ils aiment l’Italie, et je l’aime autant qu’eux. »

1. L’abbé Louis Minichini qui souleva la garnison de Nola en 1820.

Pie IX était, à son avènement, dans les mêmes sentiments. Il n’en changea qo’après les événements de 1848 que son imprévoyance avait contribué à déchaîner.

L’aristocratie, celle qui n’avait pas de charges de cour, et que les souverains avaient négligée, participa au mouvement.

§ 6. — Les Carbonari. — Mazzini.

La société des Carbonari fut la première des dérivations de la franc-maçonnerie que nous avons signalées.

Recrutée principalement dans les casernes napolitaines, elle avait été favorisée à ses débuts par le roi Joachim Murat qui espérait l’utiliser pour la conquête de l’îtalie. La fin tragique du royal aventurier ne refroidit point l’ardeur des Carbonari.

Stimulés par la révolution d’Espagne, ils fomentèrent à partir de 1820, une série de révoltes militaires, d’abord dans le royaume de Naples, puis dans presque toutes les principautés de la Péninsule. Mais leur nombre restreint et le manque d’écho qu’ils trouvèrent dans la masse populaire, diminuaient la portée de leurs tentatives.

Quand Mazzini surgit avec sa Giovane Italia^ il n’eut qu’un but : augmenter le nombre de ses partisans et unifier leurs aspirations patriotiques.

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Dans lé corps chétif de ce Génois, vivait une âme d’apôtre, intrépide et fanatique, dont le seul idéal était le relèvement dé Tltalie. Prestigieux écrivain, émouvant parce qu’il était ému, il appliqua son inlassable énergie au triomphe de la Litte entreprise.

Mais un défaut capital paralysait toutes ses qualités : il n’avait pas le sens du possible. Son premier essai révolutionnaire en Savoie fut si puéril qu’il n’aboutit qu’à ridiculiser la cause qu’il voulait servir.

L’éphémère triumvir de la République romaine de 1848 ne connut durant sa longue vieillesse que la gloire douloureuse d’être redouté dans cette Italie unifiée dont il avait été le précurseur et le champion. Pour venir traîner ses derniers jours sur la terre natale si passionnément aimée, il dut se dissimuler sous un nom d’emprunt.

Mazzini ne fut point le seul méconnu. D’autres, parmi les hommes éminents de cette époque, terminèrent misérablement leur existence, sans que leurs tombes oubliées aient même connu le dédommagement de la gloire posthume qui vient parfois aux grands précurseurs, après le triomphe des causes auxquelles ils se sont sacrifiés.

Parmi tant de noms, tant de novateurs à qui cette remarque pourrait s’appliquer, citons encore Vincenzo Gioberti, prêtre et patriote dont la proie.

fondeur de pensée rivalisait avec la noblesse de sentiment. Prêtre, il défendit sa croyance sans réussir à se faire comprendre par ceux dont il servait la cause; patriote, il défendit sa patrie.

En des pages qu’on ne saurait lire avec trop d’attention et qui dénotent un sens remarquable d’objectivité, il démontra l’harmonie indispensable de ces deux idéalités indiquant les modifications à faire des deux côtés pour épargner au pays de pénibles expériences, et la nécessité politique et morale d’une séparation entre le pouvoir civil et l’autorité religieuse.

La suite des événements amena le triomphe de ses idées. Mais l’hommage des faits ne lui valut pas celui des hommes. Gioberti vint passer ses dernières années à Paris dans Tombre et l’étude, il y mourut désavoué par l’Église, oublié de la Patrie.

§ 7. — Le peuple contre les bourreaux.

Pendant que les militants préparaient l’avenir, les tribunaux et les policiers chargés de réprimer les aspirations unitaires, contribuaient, incessamment, par leurs maladresses et leurs excès, à rendre le présent odieux.

Les vexations, parfois les supplices, dont furent l’objet des hommes coupables seulement deregiet-^

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ter le fractionnement et le servage de la patrie, indignèrent le peuple. Peu accessible à la propagande littéraire, il fut secoué par la vue du gibet dressé en permanence sur les places publiques. Son indignation contre les bourreaux se traduisit par de la sympathie pour les victimes. Quand on vit les plus estimables citoyens appréhendés par des sbires; quand on apprit les traitements barbares qui leur étaient infligés; quand on contempla leurs cadavres, tout un vieux levain oublié mit en fermentation le sang des foules.

L'antique passé de gloire et de grandeur secoua l'assoupissement artificiel dans lequel on le croyait à jamais enlisé.

C'est que le sentiment et l'imagination entraient en jeu, et là réside, nous le savons, le secret d'émotivité populaire.

Le Mie Prigioni, ce petit livre dans lequel Silvio Pellico conte les tourments qu’il a subis au fond des forteresses autrichiennes, devait avoir sa répercussion sur le pays entier. Les récits journellement répétés au sujet d'autres victimes et d’autres supplices, en renouvelaient la sensation, la décuplaient.

Ce fut un long martyrologe de citoyens, de soldats, d'intellectuels, d'ouvriers, de paysans I

§ 8. — Le feu couve.

L’Italie semblait alors une contrée secrètement minée. De temps à autre, une explosion accidentelle jetait l’émoi à l’entour. Puis tout rentrait dans un silence qui pouvait donner l’illusion de la sécurité; mais sous ce calme apparent, le volcan fondait des laves nouvelles.

Un jour enfin, tous les cratères semblèrent s’ouvrir pour une éruption totale et définitive. La France venait de renverser la monarchie de Juillet et de proclamer la République.

L’Europe s’agitait.

Comme sous le coup d’une commotion électrique, l’Italie se leva, des Alpes à la Sicile. Les souverains eux-mêmes semblaient participer au mouvement, le Pape plus que les autres.

A son exemple, les princes abdiquaient leurs droits absolus, accordaient des constitutions à leurs peuples, oubliant le conseil si juste de Machiavel de ne jamais faire de concessions quand le bénéficiaire les peut imposer. Tous s’alliaient contre la domination autrichienne. Mazzini et la Giovane Italia purent croire un instant que leur rêve allait se réaliser.

La désillusion fut rapide. La répression énergique de la révolution à Naples, la défaite des Piémon-

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lais à Novare. l’occupation de Rome par l’armée française, replongèrent l’Italie dans l’état dont elle s’était imaginé sortir.

L’issue pouvait-elle être diiïérente? Il n’est guère possible de le supposer. Une grande partie de la population ne formait qu’une masse inerte. L’ancien régime avait encore trop de soutiens étrangers et trop de partisans au dedans qui lui restaient attachés soit par un sentiment respectable de fidélité, soit par intérêt, soit enfin par méfiance de l’avenir. D’autre part, l’accord était loin de régner du côté des nationalistes.

Mazzini, évidemment, manquait de la vision nette du réel. Sa conception théiste-républicaine n’était pas partagée par tousses adeptes. Certains, redoutant de trop grands bouleversements, envisageaient avec complaisance une coalition des différents États de la Péninsule. D’autres voulaient par sentiment religieux et par respect d’une institution vénérable, sauvegarder l’indépendance politique du Saint-Siège, se complaisant ainsi au rêve d’une conciliation possible. Enfin, un groupe que rendaient chaque jour plus nombreux les échecs successifs des autres idées cherchait parmi les drapeaux divers qui bariolaient tristement l’Italie, celui qui pouvait rallier ses espérances et triompher des oppositions que rencontrait l’idéal national aussi bien à l’intérieur du pays qu’à l’étranger.

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