L^ËDUCATION DE LA JEUNESSE
marine, de la gendarmerie, de nos corps d'élite. Ils ont, ancré dans le cœur, le culte de la Patrie.
On choisirait parmi eux des hommes mariés, ayant donné d'indiscutables preuves de la dignité de leur vie et possédant largement les notions primaires qu'ils auraient à enseigner.
Ces braves gens seraient heureux de l'amélioration de situation qui accompagnerait leur changement de fonctions. Les populations auraient certainement plus d'estime et de respect pour ces hommes d'expérience , ayant passé plusieurs années au service du pays, que pour des jeunes gens qui leur arrivent infatués de la supériorité qu'ils s'attribuent.
Encore une fois, nous prévoyons les railleries faciles qui accueilleront, dans un certain clan, l'idée que nous émettons avec le plus grand souci des intérêts supérieurs de notre cher pays. S'il faut le dire, nous comptons même sur les hostilités qu'elle rencontrera pour l'aider à faire son chemin.
Jusqu'à l'âge de douze ans, la jeunesse serait soumise à ces maîtres d'énergie. Mais l'énergie n'est qu'un moyen, non pas un but. Il faut la compléter par une morale et une instruction apprenant à l'utiliser noblement.
En ce qui concerne l'enseignement de la morale, le doute à propos du choix des éducateurs ne saurait être possible en Italie. Sur trente-cinq millions
d’Italiens, on trouverait à peine soixante ou quatrevingt mille individus appartenant à d’autres cultes que le catholicisme; l’enseignement de ce dernier revient donc bien évidemment au clergé.
La morale chrétienne, d’où procède la civilisation européenne et ses dérivées, ne peut être mise en comparaison avec aucune autre de celles qui comptent le plus grand nombre d’adhérents. Dans le brahmanisme et le bouddhisme, la survivance des castes place à elle seule ces religions, fort répandues, en un état d’infériorité indiscutable au point de vue social.
Quant à l’islamisme, qu’il nous suffise de mettre sous les yeux du lecteur un court passage de Vil Mihalj sorte de catéchisme musulman, qu’on enseigne actuellement aux enfants turcs de Constantinople et que le respect des convenances nous oblige à citer en latin. Il montrera la distance qui nous sépare de la morale musulmane dans l’appréciation de l’innocence et de la pudeur de l’enfance.
Il y est question des ablutions rituelles.
« Haec ablutio pro masculis necessaria est quum, sive in eorum bracis, sive in eorum indusio semen invenitur; sive quod cum concupiscentia et desiderio a loco suo revellatur et ab instrumento virilitatis egressum sit; sive quod partem, in qua fit circumcisio, in locum concupiscentiæ et delectationis alterius hominis aliquis intrare fecerit... »
l’éducation de la jeunesse
Pour ce qui est des philosophes ils n’ont qu’à s’incliner jusqu’au jour où tous se seront mis d’accord sur une hase incontestée de morale indépendante.
Étudions maintenant ce qui concerne l’instruction :
Arrivé à douze ans et stimulé par des jeux appropriés, l’enfant devrait savoir lire, écrire, compter et avoir développé dans une. juste mesure l’esprit d’énergie et de discipline.
A ce moment commencerait pour lui l’entraînement spécial du métier ou de la carrière future, tout en continuant à perfectionner, dans la soirée et le dimanche, sa culture physique, morale et intellectuelle.
Des écoles techniques, différant suivant les régions, adaptées au milieu agricole, commercial, industriel, dans lequel l’écolier serait appelé à. grandir, devraient être mises à sa portée et multipliées. L’enseignement y serait donné par des spécialistes.
Peut-être aussi pourrait-on reprendre le système de l’apprentissage en le garantissant contre tous les abus possibles.
Ainsi se formeraient en Italie des générations de jeunes gensd’une moralité singulièrementpius haute et d’une énergie mieux préparée pour le service de la Patrie que celles de l’école actuelle où pareil idéal n’est pas toujours suffisamment inculqué..
S 4. — Bienfaits et méfaits des spécialistes.
Nons parlions à Tinstant des spécialistes. Pour bien comprendre leur importance en matière d’éducation, il convient d’examiner quels en sont les avantages et les inconvénients.
Une affirmation trop évidente, c’est que tout progrès s’obtient par les spécialistes.
Le vieil adage des Scolastiques, pluribus intentus^ minor est ad singula sensus^ l’a dit depuis longtemps.
Dans la vie courante nous mettons tous ce principe en pratique et s’adresser à d’autres qu’aux spécialistes dans nos moindres nécessités nous semblerait fort imprudent.
A plus forte raison, est-ce eux et eux seuls qu’il convient de choisir, quand on recherche des maîtres. Quelle que soit la branche de l’activité humaine à enseigner, le point essentiel est de bien la connaître.
L’aberration rationaliste que subit l’Italie lui cache actuellement cette vérité aveuglante. Pour réagir contre les systèmes d’éducation de l’ancien régime où la préoccupation religieuse et morale absorbait une place peut-être exagérée, les législateurs s’efforcèrent de supprimer cet enseignement, ne réservant leurs soins qu’à la soi-disant culture
l’éducation de la jeunesse
intellectuelle et négligeant de développer le sentiment moral et l’énergie disciplinée du corps.
Les résultats de cette éducation se font déjà sentir à tel point qu’un mouvement en faveur de la culture physique dans les écoles est né spontanément et s’accentue chaque jour.
Espérons que la nécessité du développement moral, mise en évidence par toutes les leçons de l’histoire et de la psychologie, s’imposera bientôt également à la préoccupation des hommes éclairés de la péninsule.
Le sentiment île se modifie qu’avec une extrême lenteur. L’Italie, malgré son évolution et son allure rationaliste, demeure imprégnée de croyances séculaires. Elle est donc par excellence la terre des manifestations religieuses et sentimentales.
Il faudra par conséquent revenir au catholicisme pour baser l’enseignement moral de la jeunesse en Italie.
Nous avons montré la nécessité des spécialistes. N’oublions pas toutefois qu’une fatale tendance les pousse fréquemment à envahir les consciences au delà des limites convenables. Il ne saurait en être autrement. Nos facultés intellectuelles et morales sont soumises à des lois analogues à celles qui gouvernent le jeu de nos muscles. Un exercice continu des haltères amène un développement
l’italie moderne
exagéré du biceps. Il en arrivera ainsi pour chaque partie du corps. C’est pourquoi Socrate, ambitionnant une heureuse harmonie de tous ses membres, aurait voulu être danseur, parce que cette gymnastique implique un accord précis du corps entier.
Au moral la loi est la même. Lorsque, pendant un certain temps, l’esprit a contracté l’habitude de penser de telle ou telle façon, il lui devient impossible par la suite de s’orienter vers une autre pente d’idées. Le matérialiste, le spiritualiste et le rationaliste parlent des langages plus différents que ne le seraient entre eux les plus disparates des idiomes connus, avec cette aggravante que chacun de ces êtres finit après un certain temps par devenir incapable d’apprendre une autre langue.
Le juste enseignement consisterait à plier la jeunesse à ces trois disciplines par le moyen d’initiateurs spécialisés, mais en nlême temps maintenus dans des limites nettement marquées.