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CHAPITRE V

LES JEUX

§ 1. — Importance des jeux.

Les jeux ou, suivant un terme plus moderne, les sports, sont un complément indispensable de l’éducation virile. Ce complément est loin d’avoir acquis en Italie le développement nécessaire.

Jadis, les conditions même de la vie, le milieu dans lequel évoluait l’homme suffisaient à développer son adresse, sa force et son courage.

11 en est presque de même encore dans certaines contrées de l’Italie, par exemple dans les réglons montagneuses où les jeunes pâtres vivent sous un climat rude, entourés de dangers. Mais pour ia plus grande partie du pays, au contraire, la douceur de la température, l’absence de péril déshabitueraient facilement l’homme de tout geste un peu violent et le feraient s’alanguir dans la nonch.jtîance. Les jeux doivent réagir contre cette tendance.

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L’éducation romaine leur avait assigné dans ce but une place spéciale et la tradition en maintint quelques-uns à travers les transformations de la vie italienne. Comme tout le reste, dans la grande péninsule, ils connurent une période de stagnation trois lois séculaire et qui se prolongea jusqu’au changement radical amené par l’unifîcation.

Il y a cinquante ans, on voyait encore les élèves des collèges les plus réputés défiler gravement deux par deux dans les rues, portant le sévère habit noir et le chapeau haut de forme. Durant leurs récréations ils étaient tenus à un maintien plein de réserve. Quand on toléra chez les écoliers les jeux de barres et de ballon, ce fut une révolution.

Il n’en était pas ainsi, cependant, pour le peuple chez qui se perpétuaient des vestiges des anciens jeux romains. Ainsi avait été conservé notamment le jeu de discobole, qu’un caprice de la mode a remis en honneur ces dernières années, mais qui n’avait jamais cessé de menacer les jambes des passants dans les faubourgs de Rome et des villes italiennes. Les masses populaires s’adonnaient aussi à un certain nombre de jeux parmi lesquels une mention particulière revient dMPallamaglio trucco^ qui donna le nom de Pale-Male à une rue du quartier élégant de Londres, à l’époque où la pensée italienne contribuait à former le grand philosophe Bacon.

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Mais ces jeux ne sauraient exercer une influence utilè au point de vue éducatif et social, car ils ont pour caractéristique Tindividualisme du joueur.

§ 2. — Portée sociale des jeux.

Gomme partout, on pratique en Italie, dans une certaine mesure, le yachting, les courses de chevaux, les chasses à courre, Tautomobilisme, l’escrime; mais les classes moins riches ne prennent guère part à ces exercices. Les courses pédestres, le cyclisme, la natation, le foot-ball, le canotage, commencent à exercer leur attrait sur elles.

Ce sont lè, certes, d’excellents sports qui développent l’adresse et le courage. Il ont aussi l’avantage de rapprocher les différentes couches sociales et, en les amenant à se connaître, de les disposer à s’estimer et à s’entendre. C’est même à cet effet de concorde qu’il faut attribuer l’hostilité manifestée contre eux par les partis subversifs fondant leurs espérances sur la haine des classes.

Il est à regretter, au contraire, que la population entière ne s’y livre pas, et aussi que presque tous les jeux gardent le caractère individualiste déjà signalé et qui semble commun aux peuples atins.

M. Izoulet fait remarquer avec justesse, dans un de ses ouvrages, à propos d’un match de foot-

bail, la différence de mentalité entre joueurs français et anglais. Chaque joueur anglais luttait pour l’équipe, pour la victoire collective; chaque joueur français tendait son effort à se mettre personnellement en valeur.

La solidarité des joueurs anglais se manifeste mieux encore dans le jeu de cricket fait, semble-t-il, pour développer toutes les qualités du citoyen modèle : résistance à la douleur, discipline, patience. On peut se demander si ce jeu, commençant l’entraînement de l’enfant et le continuant à travers toute sa vie, n’est pas un des facteurs principaux du caractère britannique.

Nous ne trouvons malheureusement rien d’analogue en Italie.

§ 3. — Quelques idées.

Il suffirait cependant de puiser dans ses propres traditions pour la doter d’un jeu utile, l’ancien jeu florentin du Calcio, par exemple, déjà cité comme vieux au xv® siècle et qui est un ancêtre du foot-ball. On pourrait en augmenter l’utilité pour combattre l’analphabétisme en stipulant que chaque joueur, à son tour, marquerait sur une ardoise les points gagnés et les particularités de la lutte; enfin en organisant dans les communes des concours pourvus de récompenses.

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Rien ne serait plus facile que d^arriver rapidement à une organisation complète de jeux de cette nature, avec les instituteurs anciens sous-officiers dont nous avons parlé. Ceux-ci, dressés en quelques mois dans les casernes, deviendraient pour les populations des instructeurs incomparables.

Sur le littoral très étendu de l’Italie, la population côtière trouve dans les travaux et les jeux maritimes un entraînement précieux. Il convient de le stimuler en encourageant les régates à voile ou à rame et les jeux nautiques auxquels les jeunes gens se livrent déjà avec succès.

Les courses de chevaux prennent depuis quelque temps un développement normal. Elles ont besoin de prix encourageant les éleveurs aux gros sacrifices nécessaires pour améliorer la race chevaline, dans l’intérêt de l’armée, du travail et de l’agriculture.

La chasse à courre importée d’Angleterre au siècle dernier, acquiert en Italie des partisans de plus en plus nombreux. Sa faveur à Rome s’explique surtout par le terrain particulièrement propice que lui fournissent les environs. La campagne romaine paraît uniformément plate mais on constate, en la parcourant à cheval, qn’elle est fort accidentée et entrecoupée d’obstacles offrant au cavalier maintes occasions de déployer son énergie. A chaque saison des accidents assez graves

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prouvent que cet exercice a ses périls comme ses attraits. Ne songeons pas à les déplorer, car ils sont une des rançons du perfectionnement physique et moral nécessaire à un peuple.

Nous voyons avec satisfaction les jeunes officiers de cavalerie prendre une part de plus en plus active et brillante à ces fêtes du sport qui sont aussi celles de Tadresse et du courage.

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