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Il succomba d’ailleurs sous une manœuvre semblable à celle dont il avait usé pour le conquérir : sous son prédécesseur, trois compagnies, surprises à Dogali, ayant subi des pertes, Crispi en avait profité pour faire éclater une crise de cabinet. Mais le fait n’eut pas alors d’autres conséquences, tandis que la défaite d’Adoua démoralisa le pays et entraîna un retard néfaste dans la préparation matérielle et morale de la nation à la guerre. Or, cette préparation est indispensable à tout peuple qui veut vivre.
L’armée n’est aguerrie que si elle s’exerce; sinon, comme tout organe inutilisé, elle s’atrophie. L’Abyssinie aurait pu et dû lui être, par la continuation de l’effort tenté, un excellent terrain d’entraînement, comme a été l’Algérie pour les troupes françaises.
Nous n’insisterons pas sur l’organisation technique de l’armée. On s’accorde, en général, à louer le régime militaire institué de toutes pièces dans l’Italie unifiée. Mais ce côté de la question nous préoccupe moins que l’adaptation morale de la nation à l’esprit militaire, sans lequel il ne saurait y avoir pour elle ni sécurité dans le présent, ni grandeur dans l’avenir.
§2. — Méthode d’équitation de la cavalerie italienne.
La cavalerie italienne s’est améliorée en profîfitant de l’expérience des grandes armées voisines.
Elle a, en outre, depuis vingt ans, travaillé à la constitution d’une méthode d’équitation qui se différencie assez sensiblement des autres méthodes pour qu’il soit utile d’en dire quelques mots.
Jusqu’aux environs de 1890, rien ou presque rien n’avait été modifié dans les systèmes en honneur dans l’armée piémontaise. Les exercices n’avaient d’autre but que la régularité des parades, la précision des quadrilles de carrousel. Le travail en pleine campagne était complètement négligé. La fondation d’une école de cavalerie à Rome, due à l’initiative du marquis de Roccagiovine, et la nécessité pour les jeunes officiers de suivre les chasses à courre, assez dures dans cette région, fit sentir l’utilité de quelques innovations.
Peu après, un homme remarquablement doué à ce point de vue, le capitaine Gaprilli, ayant étudié les méthodes pratiquées en France et en Belgique, entreprit un travail d’adaptation aux conditions locales et établit des principes, tant pour la position du cavalier que pour la direction du cheval, spécialement en vue de fobstacle. On peut discuter ces théories, mais leurs résultats sont intéressants.
D’accord avec le comte de Gontaut-Biron et le docteur Gustave Le Bon, il établissait comme principe fondamental la nécessité de ne pas déranger
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le cheval avant, pendant et après l’obstacle. Mais pour arriver à ce résultat, il préconisait deux moyens qui lui sont, que nous sachions, absolument personnels.
Afin d’alléger les reins du cheval dans l’effort de l’obstacle, il exigeait du cavalier une position approchant de celle dite à l’américaine qui, portant le corps très en avant, permet d’éviter tous les contrecoups sur les reins du cheval. D’autre part, pour laisser la tête libre et permettre au cou de l’animal de balancer, ce qui lui rend l’équilibre, au lieu de laisser glisser les rênes à travers les doigts, il voulait que le corps entier s’inclinât en avant tant qu’il est nécessaire pour ne pas gêner la bouche de la monture.
Grâce à ce système le cavalier reste toujours dans les conditions voulues pour être prêt à parer à toutes les surprises possibles.
On peut discuter à perte de vue ces subtilités techniques : mais qui a étudié nos jeunes officiers aux prises avec la réalité, est fort inclin à admirer la méthode qu’ils ont adoptée.
Une critique que l’on pourrait faire de l’entraînement actuel, c’est qu’il porte à négliger peut-être un peu trop la place d’armes et la haute école, pourtant si nécessaires à une cavalerie bien ordonnée.
Mais qui peut le plus peut le moins, et les offi-
l’italie moderne
ciers de la cavalerie italienne combleront aisément cette lacune momentanée.
§ 3, — La marine.
On peut dire que le jeune royaume d’Italie a débuté presque sans marine. Ce que le désastre de Lissa avait laissé subsister des anciennes marines piémontaise et napolitaine présentait bien peu de valeur.
C’est de 1873 que date l’effort de l’Italie pour se constituer une puissance maritime digne de son rang et répondant à sa situation dans la Méditerranée et sur l’Adriatique.
Elle fut une des premières à entrer dans la voie des grands tonnages.
L’insuffisance de ses budgets devant les immenses et multiples besoins d’un pays en train de se constituer, empêcha les réformateurs ou plutôt les créateurs de la flotte italienne d’aller aussi vite et aussi loin qu’ils l’auraient voulu. Néanmoins, le gouvernement sut demander, et le Parlement accorder des fonds importants qui furent bien utilisés.
Si l’effet démoralisateur de la défaite d’Adoua produisit un ralentissement dans le bel effort soutenu depuis le commencement de l’institution de la marine italienne, cet effort fut heureusement
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repris après quelques années. Le lancement de l’éclaireur rapide Quarto est la plus récente manifestation de l’activité vigoureuse avec laquelle on travaille à réaliser le programme naval de 1908. dans les quatre arsenaux de Spezia, Castellamare, Venise et Tarente. Ce programme ajoute aux unités déjà existantes : quatre cuirassés du plus puissant modèle, type dreadnought ; trois éclaireurs rapides, douze destroyers, trente torpilleurs, une douzaine de submersibles. Il contribue à assurer à l’Italie un rôle convenable dans la Méditerranée et une force redoutable du côté de l’Adriatique dont elle se préoccupe de plus en plus.
L’importance des constructions doit se compléter, comme le faisait justement observer l’amiral Bettolo, par l’éducation et l’entraînement des équipages. Le littoral très étendu de l’Italie fournit au recrutement maritime des éléments assez nombreux, mais inégaux de valeur. C’est la tâche de la discipline et de l’éducation de les harmoniser.
Aux officiers sortis de l’Académie navale de Livourne, nous pouvons rendre le même témoignage qu’à ceux de l’armée de terre. Ils se montrent à la hauteur de leur mission parles capacités professionnelles et par le dévouement qu’ils y apportent.
En un mot, des efforts considérables et assez heureux sont accomplis pour développer la force maritime.
Mais il faut à Tltalie plus d’efforts encore et plus de résultats, pour se maintenir au niveau sans cesse progressant des autres marines.
Elle doit pouvoir continuer, non seulement à défendre ses droits stricts, mais à soutenir ses légitimes ambitions. Il n’existe pas, du reste, à notre époque, de démarcation bien définie entre les uns et les autres.
Les inévitables exigences de cette race prolifique et le protectionnisme de la main-d’œuvre, réclamé contre les ouvriers italiens dans les pays où ils sont obligés d’aller travailler, imposent à l’Italie la nécessité de s’assurer une expansion croissante.
Elle ne pourra y parvenir qu’en fortifiant dans des proportions importantes, et au prix des sacrifices indispensables, son armée et sa marine, en même temps que l’énergie nationale dont ces dernières sont les instruments et les résultantes.
§ 4. — L’occupation en Tripolitaine s’imposait.
Indiquons d’abord pourquoi cette occupation s’imposait à l’Italie comme une nécessité vitale.
Puissance méditerranéenne de par sa position géographique, qui lui donne sur la Méditerranée 6.000 kilomètres de côtes, alors que la France n’en possède que 600, elle courait le danger d’y devenir étrangère. Sa marine de guerre et de com-
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merce, non encore suffisamment développées, avaient besoin de ports rapprochés pour s’entraîner en vue de missions plus lointaines.
Ses populations méridionales devaient trouver en Tripolitaine des cultures et un climat familiers sans être obligées d’aller mendier un pain plus riche, mais aussi plus amer, en des pays qui les tolèrent aujourd’hui et peuvent demain les bannir.
Ajoutons à ces conditions politiques et sociales la tradition, cette âme des ancêtres toujours vivante au cœur de leurs descendants, et nous aurons les causes générales qui entraînaient fatalement ritalie vers les côtes africaines encore toutes imprégnées des traces de sa domination.
A ces causes générales, et par cela même peu dépendantes des volontés humaines, venaient se joindre d’autres circonstances particulières qui devaient préciser le moment de l’action.
Un homme au coup d’œil pénétrant^ avait su, depuis des années, créer entre l’Italie et la Tripolitaine des intérêts économiques qui peu à peu prenaient une telle importance que le fatalisme endormi de Constantinople en fut secoué.
Le ministère des Affaires étrangères était dirigé par des personnalités siciliennes, habituées à regarder par delà les horizons de leur île.