M. Ernesto Pacelli, président du Banco di Roma
A la tête du gouvernement siégeait un dictateur plutôt qu’un président du Conseil, tenant dans son poing d’acier les deux Chambres, la presse et le pays tout entier.
* Cette dictature a été le facteur essentiel du succès. Sans elle, au 23 d'octobre 1911, lorsque les Turco-Arabes forcèrent la ligne trop clairsemée des avant-postes et martyrisèrent ignominieusement leurs prisonniers, un aurait vu, comme après Saati et Adoua, des candidats aux portefeuilles exalter la défaite, présentée comme une panique par les journaux et supposée telle par le peuple.
En muselant les ambitions mesquines des députés, en paralysant l’action délétère du parlementarisme, en maintenant la presse sur le terrain patriotique, le président du Conseil fit accomplir au pays tout entier un pas gigantesque vers cette unité de pensée, plus agissante que l’unité effectuée par la politique ou la géographie.
Toutes les élites se sont accordées pour prêcher d’exemple à un peuple qui ne demandait qu’à les suivre.
Les hauts commandements de la Guerre et de la Marine avaient tout prédisposé avec sagacité.
La question budgétaire était si bien organisée, que les rentes de l’État et le crédit national n’ont pas ressenti de secousses appréciables.
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Les froissements inévitables avec les autres puissances avaient été amortis du mieux possible parle marquis de San Giuliano.
Car le décret d’annexion, seule critique qu’on ait pu faire en l’occurrence à ce fin diplomate, s’imposait. La France et l’Angleterre ont joué avec bonheur du protectorat, parce qu’elles retenaient en otage le chef présumé des territoires conquis. Mais le sultan de Constantinople eut été moins souple que ceux de Fez ou de Tunis.
§ 5. — Attitude de l’armée et du clergé.
Les troupes de terre et de mer se sont montrées remarquables par la discipline, l’endurance et la bonne humeur. Une camaraderie, qui ne nuisait en rien aux droits hiérarchiques, a complété entre officiers, sous-officiers et soldats l’entente parfaite indispensable au succès.
Cet heureux accord et ces résultats si consolants nous entraînaient à revenir sur la question de l’éducation traitée plus haut.
Si tous les sous-officiers, immédiatement en contact avec le soldat, ont réussi en quelques mois à l’entraîner aux rudes dangers de la guerre, combien l’action de ces mêmes hommes pourrait-elle devenir plus efficace quand on leur confierait l’éducation de la jeunesse. La croix bril-
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lant sur leur poitrine leur donnerait un prestige que les patentes magistrales ne sauraient égaler ; ayant offert leur vie pour la défense de la patrie, ils sauraient prêcher cet idéal et le faire vivre dans le cœur des générations nouvelles.
Quant au clergé, son attitude pendant la dernière guerre fut de tous points parfaite, nous le disons sans hésitation. Elle était pourtant fort délicate, si Ton tient compte de la mission internationale des souverains pontifes et de leurs réclamations pour obtenir l’indépendance nécessitée précisément par une telle mission.
L’Église en est sortie, grâce à un tact exquis des nuances. Pie X, en tant que Père de tous les fidèles, a déclaré vouloir rester neutre dans la lutte engagée, parce qu’il voyait dans les deux camps des enfants également chéris.
Même réserve a été imposée aux cardinaux, et mal en prit à ceux qui tentèrent de s’écarter de cette neutralité.
Mais tous les autres membres du clergé, à commencer par les archevêques et évêques jusqu’aux plus humbles des curés, ont pu s’abandonner sans contrainte à leur élan patriotique, car, n’étant pas représentants de l’Église universelle, leurs actes ne pouvaient la compromettre.
On a fait mieux : d’accord avec le gouvernement, de nombreux aumôniers suivirent les campements
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militaires, accomplissant noblement leur fonction charitable,
Au point de vue de Tépanouissement de Tâme italienne, que nous avons vue progressivement se développer dans le cours de cet ouvrage, pareille atténuation d’antagonisme entre l’idéal matériel et l’idéal moral, doit donner de l’espoir.
Quand les élites, dans toutes les branches de l’activité humaine, auront compris que pour approcher de la perfection elles doivent se spécialiser, l’harmonie surgira du chaos dans lequel se débattent les esprits d’aujourd’hui.
La guerre a donc été, ainsi qu’il en arrive toujours, la crise bénie fortifiant la cohésion de ce peuple, vieux dans rhistoire,mais si jeune au point de vue politique.
Deux seules notes discordantes ont essayé de troubler ce consolant accord ; la maçonnerie et le socialisme proclamaient, au début, leurs théories internationales, mais la désapprobation populaire en eut vite raison