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CHAPITRE VII

Nous avons fait allusion, dans un chapitre précédent, à rémigration italienne. LHtalie, en effet, est caractérisée par une expansion extraordinaire de ses nationaux à travers le monde. Un tel phéno-e mène s'explique aisément. Dans ce pays à pein né aux exigences de la vie moderne, à peine échappé aux institutions du passé, la classe moyenne est très peu nombreuse. Un prolétariat immense reste seul en face d'une petite quantité de riches. Si le développement économique extrêmement rapide de l'Italie étend la richesse, ou tout au moins l'aisance, à un nombre de plus en plus considérable de citoyens, le peuple est tellement prolifique qu’il fournit toujours une quantité de travailleurs disproportionnée aux besoins courants du royaume. La nécessité s'impose donc d'écouler au dehors cette surproduction.

En 1861, aussitôt après l’unification, l’Itali

comptait à peine 21.000.000 d’habitants. Elle en possède aujourd’hui 35.000.000, malgré une émigration constante qui a créé dans divers pays d’importants noyaux italiens. La densité de la population est de 122 habitants par kilomètre carré, c^est-à-dire plus élevée qu’en Allemagne et en France; seuls parmi les États européens, la Belgique, l’Angleterre et les Pays-Bas, tous placés dans des conditions exceptionnelles, ont une densité supérieure.

L’émigration italienne présente différents aspects. Temporaire chez beaucoup, elle est définitive pour quelques-uns. Une partie des émigrants se dirige vers les États européens ; les autres vont chercher fortune dans des contrées exotiques. Ce mouvement offre en ses conséquences des avantages et des inconvénients.

On évalue à 500.000 le nombre des Italiens quittant annuellement leur pays, où la majorité revient après un laps de temps plus ou moins prolongé.

En Europe, c’est de préférence dans les pays méditerranéens qu’ils vont s’établir, notamment dans le sud de la France. Ils fournissent surtout des ouvriers terrassiers. On les rencontre nombreux partout où s’exécutent de grands travaux de voirie ou de construction. La plupart des lignes du réseau des chemins de fer français ont été

et continuent à être construites avec le concours de leur main-d'œuvre. Il en est de même pour les routes, les forts, toutes les entreprises publiques ou privées nécessitant l’ouverture de grands chantiers.

L’ouvrier italien, très sobre, économise une bonne partie de son salaire. Certains reviennent en Italie avec des pécules parfois assez importants. La plupart envoient à la famille qu’ils ont laissée au pays natal l’argent économisé.

A Tunis, où les ouvriers italiens sont très nombreux, il a fallu ouvrir à la poste des guichets spéciaux où se pressent, surtout les jours de départ des navires postaux italiens, des foules de clients. Ceux-ci veulent expédier en Sicile, en Sardaigne, dans l’Italie méridionale, des mandats qui dépassent rarement 10 francs, mais dont l’ensemble annuel représente un capital considérable.

Aux États-Unis, où le travailleur italien touche facilement un dollar et demi par jour, il met un dollar de côté, ce qui lui permet d’acquérir rapidement une petite fortune.

Le retour des émigrés exerce, notamment dans certains villages de la haute Italie, une influence heureuse sur la prospérité générale. En raison de l’attachement instinctif au sol natal, chacun y veut posséder sa maisonnette entourée d’un lopin de terre. Cette ambition porte le prix des terrains

à un cours inattendu, aussi élevé que dans les grandes villes.

Il y a peu d'années encore, ce vaste mouvement d’émigration était pour ainsi dire abandonné à lui-même. De graves abus naquirent d’une telle négligence. La misère des émigrants se trouvait exploitée par des trafiquants sans scrupules qui en tiraient des bénéfices illicites. Ils étaient entassés sur des bateaux et parqués comme on n’aurait pas osé le faire pour des animaux. Dans les pays où ils s’établissaient, les malheureux étaient à peu près délaissés ou réduits à la tutelle problématique des agents consulaires.

Des réformes récentes ont heureusement été opérées. Un bureau d’émigration est institué. Il fonctionne bien et rendra d’utiles services, à condition de ne pas devenir tyrannique comme le sont aisément les administrations dans les pays latins.

Des règlements protecteurs déterminent les conditions d’hygiène que doivent remplir les navires employés au transport des émigrants.

L’effort privé est venu s’ajouter à l’effort officiel. Des comités de patronage des émigrants se sont fondés aussi bien dans la métropole que dans les pays d’émigration italienne où des compatriotes, arrivés à une situation sociale prospère, avocats, médecins, négociants, s’occupent avec beaucoup

l’italie moderne

de zèle et de dévouement des nouveaux arrivants. Ils surveillent les conditions de travail qui leur sont faites, en assurent Texécution consciencieuse de la part des employeurs, organisent des œuvres d’assistance matérielle et morale, telles que bureaux de placement, écoles, hôpitaux.

On ne peut qu’applaudir à cette solidarité nationale, tout en regrettant peut-être que la rivalité des partis se soit affirmée jusque dans sa manifestation. Il existe, en effet, deux grandes sociétés s’occupant de Tassistance des travailleurs italiens à l’étranger : l’une est catholique, l’autre socialiste.

La première opère sous la direction de Mgr Bonomelli; son nom a été souvent prononcé dans les discussions sur le modernisme, dont les intransigeants l’accusent d’être imprégné. Quant au patronage socialiste, les largesses d’un opulent bienfaiteur en ont assuré le fonctionnement.

Dans certaines régions frontières, les deux institutions se disputent la clientèle des émigrants. Cette concurrence n’est pas sans engendrer en pure perte des efforts et des dépenses qu’on voudrait voir coordonnées et unifiées. Mais ne serait-il pas un peu chimérique de prêcher l’entente à des hommes partant de principes aussi différents, tout en se proposant le même but ?

§ 1. — Colonies italiennes.

Les colonies que Témigration a constituées à ritalie et qui, si elles ne sont pas abritées sous son drapeau, n’en profitent pas moins à son commerce et à ses relations mondiales, sont beaucoup plus importantes que ses possessions coloniales officielles.

L’Italie est venue trop tard dans un monde déjà partagé et elle a dû faire face d’abord à des intérêts plus immédiats qu’à des visées coloniales. Ce n’est pas une raison, toutefois, pour qu’elle les néglige dans l’avenir.

En dehors de la Tripolitaine, l’Italie ne possède actuellement que deux colonies, situées toutes deux sur le littoral oriental du continent africain : l’Érythrée et le Benadir ou Somalie italienne. Elle y voisine avec l’Angleterre et la France.

La première de ces colonies est réduite depuis les funestes événements d’Adoua à une bande de terrain assez importante le long de la mer Rouge, mais sans pénétration suffisante vers l’intérieur. Il faut espérer que l’accord avec l’Abyssinie permettra d’étendre notre influence. La seconde comprend un territoire plus vaste que l’Italie et, du reste, mal délimité. Il compte quelques centres d’une certaine importance. De courageux pionniers

y ont déjà entrepris des exploitations agricoles qui, encouragées avec beaucoup d’intelligence par le gouverneur, M. de Martine, promettent de brillants résultats.

Au point de vue de l’expansion coloniale comme à tous les autres, nous voulons voir l’Italie affirmer sa vitalité et son énergie. Et cela nous ramène une fois de plus à l’idée que nous ne cessons de répéter, parce que nous voudrions en faire la préoccupation toujours présente à la pensée de nos compatriotes : l’Italie ne pourra affirmer sa vitalité et son énergie que moyennant une armée et une marine puissantes, moyennant aussi le dévouement viril des Italiens à la Patrie, toujours plus grande et plus fière.

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