CHAPITRE VIII
L’AGRICULTURE
Dans la complexité de la vie nationale, tout se tient et s’enchaîne. L’Italie a besoin d’augmenter sa force militaire : pour y parvenir, il lui faut un budget plus large, des ressources financières plus étendues. De telles ressources, elle ne peut les trouver que dans l’essor prospère de ses diverses activités sociales. Nulle de ces dernières ne s’impose avec plus de droits à la sollicitude du gouvernement que l’agriculture.
Un bon tiers de la population du royaume est occupé à la culture qui comprend environ vingt millions d’hectares.
Cet immense territoire produit annuellement, en moyenne, cent millions d’hectolitres de céréales, blé, maïs et riz; quarante millions d’hectolitres de vins; dix mille quintaux d’huiles et de fruits. A ces énormes productions s’ajoutent encore, pour des quantités considérables : les produits de l’in-
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dustrie laitière, les bêtes d’engrais, la soie brute et diverses autres denrées. L’ensemble représente par an une valeur de cinq milliards.
De pareils chiffres indiquent à eux seuls la place prépondérante que l’agriculture occupe dans le pays. Ils soulignent l’inconséquence par suite de laquelle ses intérêts ne figurent qu’au deuxième ou troisième rang dans les préoccupations du Parlement.
Le ministre de l’agriculture jouit d’une considération fort relative auprès des députés. Le plus souvent, c’est un avocat ou un médecin, dont le choix n’a nullement été dicté par une compétence agricole quelconque, mais seulement par le désir d’assurer au cabinet la bienveillance d’un groupe turbulent de la Chambre L De son côté, il se préoccupe souvent beaucoup plus des combinaisons politiques que des intérêts agricoles.
Le pays, certes, n’attend pas l’impulsion ministérielle pour vivre. Néanmoins, cette indiftérence ou cette ignorance du parlementarisme coûte à l’Italie quelques milliards qu’elle pourrait tirer, chaque année, de sa terre fertile, si le pouvoir savait intervenir utilement.
Rien que pour le blé, des spécialistes de valeur affirment que la récolte en serait aisément doublée
1. Cette observation serait inexacte pour le ministère actuel dans lequel M. Nitti représente une véritable notabilité ^omme science théorique et pratique de l’agriculture.
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par une culture en rapport avec les connaissances agronomiques actuelles.
Il faut reconnaître qu’on rencontre les plus grands obstacles, dès qu’il s’agit de modifier les coutumes héréditaires du paysan ou l’égoïste routine des propriétaires. Mais les obstacles sont une raison d’accroître les moyens de vaincre.
Il faut pour y parvenir savoir braver le mécontentement immédiat de là masse agricole. Cet héroïsme est au-dessus des forces du parlement tarisme, et c’est en cela surtout qu’il est néfaste à l’agriculture italienne. A la moitié de l’agriculture italienne, devrions-nous dire, car nulle part plus qu’en cette matière ne se vérifie la division, conforme aux grandes règles de l’évolution humaine que nous avons signalées en Italie dès avant la fondation de Rome.
L’Italien du Nord, stimulé par le climat, en perpétuel contact avec les nations étrangères, ayant acquis de longues traditions de discipline, est énergique, prévoyant, capable d’apprécier et d’appliquer les méthodes rationnelles. Dans la partie méridionale, les habitants déprimés par la mollesse de la température et le contact des races méditerranéennes, sont dans une situation inférieure des plus regrettables, qui s’étend de l’agriculture à l’ensemble de la vie sociale.
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§ 1. — Modes de culture en Italie.
Du pied des Alpes jusqu'à la Toscane, la campagne produit l’effet d’un vaste jardin, s’étendant à perte de vue. Elle se divise, généralement, en petites fermes de dix à quinze hectares, pour l’ex^ ploitation desquelles le métayage est le procédé ordinaire.
Les contrats varient légèrement de province à province, le fond en reste identique : le propriétaire apporte tout le capital, le métayer toute la main-d’œuvre, et les bénéfices sont recueillis à parts égales. On reproche parfois. à ce système de ne pas inciter le propriétaire à faire les frais d’amélioration dont il devrait partager les résultats avec le cultivateur. Toutefois, le métayage, excellent au point de vue social, est sans grand inconvénient au point de vue agricole. L’ancien territoire pontifical et celui des Deux-Siciles, où il n’était pas pratiqué, n’ont pas lieu de se réjouir de cette différence de régime.
A l’exception de la Campanie et des plaines environnant le Vésuve, où l’irrigation est aisée et qui trouvent un débouché immédiat, grâce au voisinage de Naples, propriétaires et paysans vivent péniblement sur un sol qui, bien cultivé, pourrait leur assurer l’aisance et même la richesse.
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§2.— Conflits entre propriétaires et ouvriers agricoles.
Une mention toute spéciale est due à la Romagne, où la question agricole prend chaque jour davantage le caractère d’une lutte sociale. On y trouve un avant-goût de ce que serait l’existence dans une société régie par les syndicalistes.
Les ouvriers agricoles, dits journaliers, plus nombreux ici qu’ailleurs, s’efforcent d’appliquer à cette contrée la loi du nombre dans toute sa brutalité. Celle-ci dirigeant, hélas ! le parlementarisme^ le gouvernement ne fait rien pour désavouer ceux ijui s’en réclament.
Toutes les lois économiques se trouvent ainsi faussées. La province est livrée au choc des intérêts. Journaliers, métayers, propriétaires, dont l’entente assurerait la prospérité générale, sont en lutte constante. Le journalier prétend imposer, non seulement le taux des salaires, mais encore les travaux obligatoires et le monopole de ces travaux aux syndicats.
Les propriétaires et les fermiers refusant de subir leurs ukases sont boycottés. L’État intervient pour contrarier la balance régulatrice de l’offre et de la demande en ouvrant lui-même des chantiers sur lesquels les journaliers trouvent des salaires élevés contre un travail problématique.
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La propriété n’est même pas protégée matériellement. Dans cette partie de Tltalie, le droit du propriétaire se trouve réellement mis en jeu.
Pareille épreuve est des plus dangereuses pour Tordre social tout entier. 11 paraît à craindre qu’elle conduise le gouvernement à exercer dans un très prochain avenir des répressions regrettables, et cela pour n’avoir pas su combattre le mal à ses débuts.
Quant aux collines et aux montagnes, nul ne songe à les administrer rationnellement ; malgré des lois négligées et de beaux discours prononcés sur la question, on ne fait rien pour en assurer le reboisement. Aussi se dégarnissent-elles des terres végétales, entraînées par les eaux des pluies que ne retient plus la végétation. Ces eaux coulent en torrents dans la plaine qu’elles inondent et ravagent.
A tous les points de vue, de sérieux efforts seraient donc nécessaires pour améliorer Tagriculture. Mais on peut douter que le Parlement suffise jamais à cette tâche. Elle implique, en effet, un souci de Tintérêt général du pays auquel ses législateurs ne semblent guère capables de s’élever.
Les représentants des villes se préoccupent fort peu des questions agricoles; les députés ruraux ne veulent les concevoir que sous l’aspect qu’elles revêtent dans les limites de leur circonscription.
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Une seule solution leur tient à cœur : celle qui satisfera le mieux les intérêts immédiats, souvent mal compris, des électeurs. C’est presque la solution contraire qui importerait à la prospérité nationale, à l’avenir même de ces masses rurales dont il faudrait savoir, pour leur bien, braver les récriminations momentanées.
Rien ne démontre mieux l’effet de cette ignorance technique du Parlement que la situation actuelle de la « province romaine » qui est, ' du reste, à peu près celle de toute l’Italie méridionale.
Deux questions essentielles se présentent au sujet de cette province : l’amélioration de la culture de la grande plaine qui entoure immédiatement Rome et le règlement des droits des communes sur les terres dites féodales.
Jusqu’ici, on n’a su résoudre ni l’une, ni l’autre. La « Campagne de Rome » représente pour l’observateur superficiel une sorte de désert inculte où rien ne germe, sinon l’inspiration qui fait chanter aux poètes les constrastes de l’antique gloire avec l’actuel dénuement de cette terre. Et, comme conclusion, les bardes se lamentent sur l’abandon dans lequel la laissent les grands seigneurs égoïstes et ignorants qui la possèdent.
Les députés, si souvent réfractaires aux envolées de la poésie et aux sentiments qu’elle exalte^
se sont mis, cette fois, d’accord avec elle. Ils acceptent sa version, la plus commode pour eux et, l’ayant adoptée, l’amalgament à trois considérations qui leur sont personnelles : crainte de se montrer moins actifs que les papes, leurs devaneiers dans l’administration de ce territoire ; certitude de pouvoir légiférer en maîtres, même quand la nature du sol se refuserait à leurs prescriptions; enfin, cette idée banale, importée de leurs cités respectives, qu’il faut aux grandes villes une ceinture de potagers.
Voilà quelles considérations les ont fait se prononcer. Ils en ont négligé d’autres qui ont bien leur importance. Les terrains des environs de Rome, par exemple, sont pour une bonne moitié formés de tuf, pierre très spongieuse, ayant la propriété de faire remonter, par capillarité, l’humidité des profondeurs à la mince couche d’humus dont elle est recouverte.
Grâce à cette humidité, la prairie naturelle prospère à merveille sur le sol ainsi constitué, tandis que le soc de la charrue s’émousse ou se brise sur la pierre du sous-sol lorsqu’on veut tenter les cultures qui demandent un travail profond de la terre.
Telle quelle, cette plaine est très recherchée des propriétaires de troupeaux, qui y trouvent de précieux pâturages d’hiver et les louent jusqu’à
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75 francs Thectare. Au printemps, les brebis retournent à la montagne. La légère fumure laissée par les troupeaux permet de retirer encore de ces terres de riches coupes de foin et de leur faire rapporter, dans leur état actuel, une centaine de francs par hectare, résultat estimable étant donné ce que nous avons dit de leur constitution.
MM. les parlementaires ont prétendu changer tout cela, comme les grands médecins de Molière, en se guidant sur les mobiles que nous avons indiqués.
Ils ont inventé une loi d'après laquelle cette périphérie va se couvrir, dans un rayon de 10 kilomètres, de fermes établies sur le modèle de celles de Toscane. Le premier résultat de cette combinaison est de grever la propriété d'une charge de 1.000 à 2.000 francs par hectare pour les constructions et les travaux nécessités par la transformation.
Quant à la main-d'œuvre, indispensable à la culture de ces fermes, elle n'existe pas sur place. Il faut l'attirer par des concessions que le voisinage de la grande ville rend très onéreuses.
Le résultat que nous prévoyons est une diminution sensible de la richesse collective, caries capitaux engloutis dans l'application de cette réforme ne pourront pas rapporter plus de 2 à 2,50 ®/o, alors qu'ils trouvent aisément une rémunération plus forte.
Il eût peut-être mieux valu encourager la culture là où elle se développait déjà naturellement, autour des villages des monts Albains, de la Sabine et des monts Lépins, en facilitant l’introduction de leurs produits à Rome. L’augmentation des habitants dans la ville, en accroissant la valeur des terrains du voisinage, aurait contraint l’industrie maraîchère à s’éloigner un peu. La grande plaine n’eût pas tardé à se transformer. Le libre jeu des intérêts et des expériences aurait ainsi résolu d’une façon naturelle et économique un problème auquel on veut imposer une solution artificielle.
Le législateur italien se trouve en face d’une autre difficulté avec les usi civici. On désigne ainsi des droits que prétendent avoir les habitants des villages, non pas sur les terres de la commune, ce qui se comprendrait, mais sur toutes les propriétés comprises dans le territoire communal.
Là, les conditions sont l’inverse de celles des terrains de la banlieue romaine, où le sol est parfois peu fertile et la population clairsemée. Ici, au contraire, la main-d’œuvre est surabondante sur un terrain qui, bien cultivé, serait productif.
Aussi, la situation est plus grave. La réforme tentée dans la Campagne romaine ne risque qu’un échec; là, on peut provoquer de sérieux désordres, en laissant s’accréditer chez les paysans ignares
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et besogneux une doctrine favorable à leurs appétits et que des avocats de mauvaise foi travaillent à propager parmi eux.
De plus en plus, et dans des régions de plus en plus étendues, le propriétaire se voit en butte à des persécutions, à des hostilités qui entravent toute la bonne volonté dont il pourrait être animé. On le considère comme un usurpateur, en dépit des titres d'achats les plus réguliers et d’une possession séculaire.
Le gouvernement, loin de réprimer ces troubles et de protéger les propriétaires, se montre plutôt favorable aux paysans. Ne sont-ils pas les plus nombreux? Ne représentent-ils point cette masse électorale dont on veut avant tout capter la faveur et s’assurer la clientèle? Aussi, les propriétaires seraient-ils constamment et complètement sacrifiés si parfois l’action du magistrat ne s’élevait pour les défendre contre les pressions gouvernementales.
Pourtant, des mesures s’inspirant de la justice et de l’expérience auraient pu trancher la question en assurant à la population un peu du bien-être dont elle ale légitime désir et en procurant au pays un surcroît de richesse.
Mais pour concevoir, pour décider et réaliser de pareilles mesures, il faudrait s’élever au-dessus des petites intrigues, des contingences immédiates etm esquines, au-dessus de ce niveau électoral qui
rabaisse toute chose. Il faudrait étudier le problème, et dans ses données historiques pour en apprécier la justice, et dans ses données sociales pour en tirer la solution conforme aux intérêts du plus grand nombre.
L’histoire montre que dès les débuts de l’époque romaine, cette propriété collective, réclamée par les agitateurs socialistes, avait cessé d’exister : Tacite écrit à propos des Germains ces lignes significatives :
« Ces barbares tiennent toutes leurs terres en commun. Une partie, ils la cultivent en la tirant au sort chaque année; l’autre ils la laissent en jachère pour les troupeaux. Vous vous imaginez ce que deviendraient, avec de tels procédés, les riches potagers, les splendides jardins d’Italie. » Comment Tacite se serait-il exprimé de la sorte, si la culture de Rome eût ressemblé à celle des Germains?
Or, c’est à ce mode d’exploitation, tourné en ridicule il y a deux mille ans, que les palinodies électorales voudraient ramener la contrée voisine de la capitale.
Les invasions des barbares et les perturbations du Moyen Age ont bouleversé les conditions de la propriété. Les perpétuelles invasions des pillards avaient dépeuplé les campagnes et l’herbe poussait devant les maisons des villes.
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Il est probable qu’en ces époques troublées les plus vaillants organisaient la résistance en se fortifiant sur des points escarpés d’où ils dominaient la plaine. Peut-être alors recevaient-ils, en cas de danger, dans l’enceinte protectrice de la forteresse, les manants qui leur fournissaient du travail en temps de paix et des hommes armés pour la guerre.
Mais on ne saurait dire qu’il y eut de contrat passé entre les uns et les autres. « Les féodaux » ne connaissaient que le droit du plus fort.
A partir du xvi® siècle, l’ordre s’établit, et la propriété s’achemine vers sa forme actuelle : on vend ou on achète la terre en raison du rapport qu’elle peut représenter. Pour augmenter ce rapport, les propriétaires du sol s’entendent avec certains travailleurs et leur concèdent la faculté de cultiver moyennant une redevance en nature. Ils encouragent par des concessions l’élevage des bœufs de labour. Ils tolèrent le ramassage du bois mort qui, à cette époque, n’a pour ainsi dire aucune valeur.
Pareil état de choses subsista sans grandes difficultés jusqu’à l’unification de l’Italie.
Alors, le régime de la propriété subit le contrecoup de la transformation du pays. Les majorats sont supprimés, les impôts s’appesantissent sur la propriété. Le coût de la vie augmente sensible-
ment. Les propriétaires sont amenés à exercer une vigilance plus sévère sur leurs biens. D’un autre côté, les paysans poussés par les fauteurs de désordre s’efforcent de tirer le plus de profit possible de la situation.
Propriétaires et paysans, au lieu de chercher l’amélioration dont ils ont besoin les uns et les autres, dans un surcroît de production, la demandent, par une erreur réciproque, les premiers à un redoublement d'exigences, les seconds au pillage.
Des conflits qui ne laissèrent pas d’ètre sanglants à diverses reprises, naissent de cette opposition et soulignent furgence d’une réglementation légale des points en litige.
C’était donc au parlementarisme qu’il appartenait d’intervenir. L’incohérence du système se révèle ici d’une façon inquiétante.
Les premières mesures législatives tiennent peu compte des intérêts des travailleurs. Elles accordent aux propriétaires la faculté de se libérer de toute prétention des communes par le payement d’une indemnité en espèces ou la cession d’une partie des terrains contestés.
Pareil procédé aurait été acceptable si les cultivateurs s’étaient trouvés en mesure d’exploiter avec fruit les terres livrées à la communauté. Mais ils en restaient loin, ces paysans encore réduits
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à leur charrue de bois et aux antiques méthodes chantées par Virgile. Ne disposant pas du moindre capital, ils ne pouvaient tirer aucun avantage d’une telle solution.
Cette première législation est restée lettre morte. On cherche actuellement celle qui devra lui être substituée.
Les indices de la période préparatoire et les tendances actuelles de la Chambre font prévoir qu’elle tombera cette fois dans l’abus contraire, et que l’on ne reculera pas devant l’injustice pour satisfaire la masse. Le but électoral fascine tellement le regard des parlementaires qu’ils ne sauraient en viser un autre.
Encore, cette partialité pourrait-elle être supportable s’il devait en résulter un soulagement pour les misères dont souffrent les populations des campagnes. Mais le système de la propriété collective ne permet guère de le présager.
Laissons de côté les ravages causés par le libre pâturage encore imposé. Eii dehors de cet inconvénient, la propriété collective porte en elle le germe de l’infériorité et de la stérilité parce qu’elle ne stimule pas l’effort. Le père de famille qui travaille sur son champ, pour sa femme et ses enfants, est soutenu par des joies et des espérances que ne peut ressentir le coïntéressé dans une association d’indifférents.
L’erreur fondamentale des idéologues du passé, ressuscitée par les collectivistes et les syndicalistes, consiste à ne pas voir l’humanité telle qu’elle est, avec ses qualités et ses défauts, mais à vouloir la faire entrer de force dans le cadre rigide de leur conception mathématique.
La pratique oblige tôt ou tard à reconnaître l’aberration de pareilles utopies. Tous ces systèmes s’écrouleront comme se sont évanouies les nobles folies de Lycurgue et tes tentatives de socialisme religieux des Jésuites au Paraguay. Mais combien de souffrances seraient évitées, combien l’évolution humaine pourrait conquérir d’avance, si tous s’efforçaient de mettre à profit les leçons de l’expérience pour marcher d’accord vers la réalisation du meilleur avenir.
Pour préparer un tel avenir, en ce qui concerne la province de Rome dont l’exemple peut s’étendre à une grande partie de l’Italie méridionale, il faut d’abord préciser le but à. atteindre et observer les obstacles qui s’y opposent.
Sur les terres disponibles, il s’agit d’assurer au plus grand nombre possible d’hommes une existence de vivifiant labeur et de perfectionnement moral. Contre ce programme, se dressent à ta fois l’égoïsme ou l’insouciance des propriétaires, l’ignorance et la routine des paysans, auxquels cependant on doit reconnaître une admirable énergie pour le travail.
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Nous ne pouvons entrer dans Texamen et la discussion des deux termes de cette exposition, il y faudrait consacrer un volume. Bornons-nous à indiquer quelques mesures suggérées par des esprits indépendants.
Un des inconvénients de la propriété autour des villages romains est son extrême morcellemenl. Pour y remédier, il conviendrait d’obliger par échanges et expertises les petits propriétaires à réunir les parcelles que possède chacun d’eux. D’excellents résultats ont été obtenus de cette façon en Allemagne par la législation et en France par l’initiative privée. On conçoit, en elîet, les difficultés de travail que rencontre le paysan possédant un ou deux hectares en huit ou dix lambeaux dispersés à travers la commune.
Lorsque l’on se heurterait à l’inconvénient opposé, c’est-à-dire à la trop grande propriété, on la morcellerait graduellement en fermes d’étendue restreinte, mises à la disposition des paysans qui pourraient en devenir propriétaires par des amortissements annuels.
Le gouvernement devrait provoquer de la part des sociétés d’assurances l’extension, à ces petites fermes, du contrat qu’elles pratiquent pour les maisons ouvrières.
Ainsi, les jeunes ménages entreraient bientôt en jouissance de leur home familial, garanti grâce
au homestead. Afin de parer à son fractionnement par le fait des successions, une autre forme d’assurance, actuellement à l’étude en France, permettrait au père de famille, quel que soit le nombre de ses enfants, de laisser à l’un d’eux le foyer intangible, les autres recevant leur part en argent.
Des chiffres, que nous avons tout lieu de croire exacts, donnent à penser que ces petites fermes laisseraient aux mains des cultivateurs, toutes assurances payées, un millier de francs de bénéfices. Il faut naturellement ajouter à cet avantage le logement, les produits du jardin, du verger, du poulailler et les diverses facilités que procure la plus modeste exploitation rurale.
Ces moyens n’ont rien de compliqué. Pourquoi ne les met-on pas en pratique? C’est qu’il faudrait les imposer aux propriétaires et aux agriculteurs. On n’hésiterait guère à violenter un peu les premiers, mais on s’arrête, respectueux, devant l’inintelligence des seconds.
En attendant que nos législateurs trouvent l’énergie de braver leur mécontentement, les environs de Rome, ainsi que les provinces de l’Italie méridionale, sont dans des conditions matérielles et morales analogues à celles des populations sauvages du centre de l’Afrique.
La vivacité même avec laquelle nous signalons
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certains côtés dé la question agricole qui nous paraissent sacrifiés, nous fait un devoir de rendre justice aux quelques efforts réalisés pour répandre l’instruction agricole. Le roi d’Italie a prouvé par son initiative dans la création d’un Institut international, l’intérêt qu’il porte à l’agriculture. Le gouvernement a institué des écoles spéciales et même des facultés consacrées à l’enseignement agricole.
Tout cela est bon, mais plane un peu dans la théorie et, en matière d’agriculture, c’est l’application pratique qu’il fcut surtout regarder.