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CHAPITRE III

LA MUSIQUE

I 1. — Origines.

Quand Alfred de Musset chantait :

Fille de la douleur, harmonie, harmonie,

Langue, que pour l’amour inventa le génie Qui nous vint d’Italie et qui lui vient des deux,

il commettait plusieurs inexactitudes, fort excusables d’ailleurs pour un poète. Car la musique italienne, telle que nous la révèle son évolution historique, semble lui venir du doux pays de Provence. De plus, le trait caractéristique de cette musique, d’aussi loin que nous pouvons Fétudier, consiste dans la mélodie et non dans Pharmonie; enfin, si elle a été, dans cette contrée ensoleillée. Tinter prête de Tamour, cet amour se montre généralement sentimental et joyeux, plutôt que douloureux ou mélancolique.

C’est encore Dante qui fournira la preuve de nos affirmations.

On connaît ses rapports avec les troubadours de la Gaie science^ dont le souvenir se retrouve dans quelques-unes des poésies mineures du divin poète. Suivant leur exemple, il aima faire mettre en musique ses chansons d’amour. Lorsque, au Purgatoire, il rencontre le célèbre chanteur et musicien Gasella, son fidèle ami, il le supplie, « s’il n’a pas « perdu la mémoire ou l’usage des chants amou- « reux qui apaisaient tous ses désirs, de consoler i< un peu son âme, oppressée d’être venue jusqu’ici « avec son corps ».

• Et Gasella chanta sans hésiter une des plus belles « canzoni » de l’Alighieri, Amor che nella mente mi ragiona et le fit si « dolcemente » que la « douceur vibre encore en dedans de moi », continue le poète, et que Virgile et les autres en oublièrent ou ils étaient. Heureusement, Galon se trouve là pour les rappeler au devoir.

Le charme pénétrant de la musique résidait donc aux yeux de Dante, ce prototype de Tltalien, dans la mélodie amoureuse, telle que la chantaient les troubadours.

§ 2. — A travers les rues d’Allemagne et d’Italie.

Le voyageur attentif peut facilement constater ce goût permanent chez le peuple, surtout dans

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ritalie péninsulaire. Depuis Florence jusqu’au fond de la Sicile, pendant les moissons ou les vendanges et particulièrement à travers les villes, petites ou grandes, les chants qui frapperont son oreille seront presquetoujoursdesimples mélodies, à peine accompagnées de faibles guitares ou de mandolines.

Tout au contraire, en Allemagne, les chansons des rues consistent habituellement en chœurs assez compliqués, révélant un entraînement spécial et une préférence marquée pour l’harmonie.

En Italie, la mélodie un peu sensuelle envahit tout le chant musical, non seulement dans les réunions profanes, mais encore dans les églises, en faisant négliger le sévère chant grégorien.

Cette confusion entre des émotions si différentes apparut tellement grave, que le Concile de Trente dut s’en occuper et proscrire des cérémonies religieuses, comme on s’y efforce aujourd’hui encore,, les chants trop profanes.

Fier Luigi, de Palestrina, « le prince de la musique », rendit cette transformation possible em puisant dans son génie les formes d’un art captivant et nouveau, où l’harmonie vocale et instrumentale remplaçait la mélodie facilement sensuelle.

Mais cet art était si peu conforme au goût italien que ses imitateurs devinrent bien vite des pédants

du contrepoint, ne sachant composer que des acrobatismes sonores, répudiés avec ennui, aussi bien par la mélodie que par Tharmonie.

Ceci pour le chant d’église.

Le chant profane n’étant pas soumis à la liturgie, ses représentants purent se laisser aller à leur tempérament.

Le grand Lulli, l’inspirateur peu connu de la Marseillaise^ profita d’autant mieux de cette liberté qu’écrivant en France, sous la protection du roi, il n’avait d’autre souci que de le satisfaire.

Un danger différent guettait la musique de théâtre, influencée par les artistes désireux de montrer la souplesse de leur voix. Les fugues et les contrefugues faisaient perdre le sens de la pure mélodie.

Scarlatti réagit avec succès contre cette nouvelle erreur, et, quoique vaincu par son rival Hændel, il eut la gloire d’avoir, comme élèves, Pergolèse, Piccini et l’émule de Gluck, Paisiello.

§ 3. — L’œuvre de Rossini.

Ce dernier mourut en 1816, après avoir écrit un Barbiere di Siviglia, Gioachino Rossini, né en 1792, en écrivait un autre qui devait effacer le souvenir du premier.

Rossini a influencé l’Italie musicale du xix® siècle, parce que son inspiration répondait au goût

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du public et favorisait également lajoyeuse paresse du maître.

Ayant trouvé une mesure capable de susciter rémotion qu’il voulait éveiller dans l’auditoire, il la tournait et retournait indéfiniment en l’accompagnant d’accords aussi pauvres que bruyants. Une fois trouvée, « sa mesure », la romance, la cantate étaient faites.

Ce procédé flattait la vanité du public qui sou tait du théâtre en sifflotant tout un acte d’opéra qu’il venait d’entendre pour la première fois. Il se supposait ainsi des dispositions remarquables à la musique, sans se douter qu’il répétait toujours la même phrase.

Certes, on trouve dans l’œuvre de Rossini, comme chez ses successeurs immédiats, des pages de prenante mélodie; mais le défaut général des compositeurs de l’époque, c’est la répétition de la phrase musicale et son accompagnement mécanique.

Cette erreur dépassa les Alpes, elle contamina l’Europe entière et, pour ne citer qu’un exemple, Beethoven lui-même s’y laissa prendre.

Qu’on relise sa Gondola Neva et on verra avec quel mépris de l’auditoire il redit impitoyablement la même chose.

Tout cela est si connu, d’ailleurs, qu’il est inutile d’insister*

Quand, au milieu de cette stagnation, faite de sensualité et de petits intérêts, éclata la révélation wagnérienne. Verdi, ébloui, transforma à soixante-dix ans sa manière et tous les jeunes rimitèrent avec enthousiasme.

Aujourd’hui, le génie mélodique des Italiens s’allonge en cadences qui s’efforcent de rendre en la serrant de près l’émotion toujours changeante. L’orchestration y participe par la création d’une atmosphère musicale appropriée.

Le succès est possible aux maîtres contemporains, pourvu qu’ils sachent harmoniser la grande œuvre de Bayreuth avec le génie national.

Cette espérance devient presque une certitude quand on pense aux Perosi, Leoncavallo, Boito, Puccini et à Mascagni, l’heureux compositeur de la Cavalleria Rusticana.

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