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LA FRANC-MAÇONNERIE

En opposition à l’idéal chrétien se dresse l’idéal maçonnique. La conception philosophique dont il procède, exclut toute hypothèse supra-terrestre. La seule espérance qu’il offre aux hommes est la foi dans un avenir d’où seront bannies, grâce à la science, les douleurs présentes. Le devoir, d’après cette théorie, est de collaborer à l’effort universel avec toute l’énergie dont chacun est capable.

Une telle mentalité s’inspire à la fois du stoïcisme et du rationalisme du xviii* siècle. Rien d’étonnant donc à ce qu’elle ait été répandue en Italie par les armées françaises de la République et du Premier Empire. Ces conceptions convenaient à des hommes enivrés de gloire, insoucieux de la mort, et jugeant réalisables les ambitions les plus audacieuses.

Leur enthousiasme devait être contagieux, comme tout sentiment héroïque.

Avant eux, cependant, il y avait bien eu en Italie quelque initié à la foi nouvelle. Le plus lointain essai d’association maçonniquo remonte,

l’idéal moral

croyons-nous, à 1750. mais il avait misérablement échoué sous la risée publique.

Autour du noyau formé par les adhérents aux idées françaises vinrent successivement se grouper en se transformant, d’abord les Carbonari, puis la Giovane Italia de Mazzini. Ces sociétés filiales ajoutaient aux principes généraux communs à tous les Maçons, fidée patriotique de l’indépendance de l’Italie.

Ayant réussi dans cette œuvre, les Francs- Maçons se trouvèrent naturellement à la tête de l’Italie nouvelle. Parmi eux se recrutèrent exclusivement pendant de longues années les ministres du nouveau royaume. Le comte de Robilant, lorsqu’il fut nommé ministre, ne cachait pas son étonnement d’être parvenu à une dignité que seuls jusque-là des Francs-Maçons avaient pu conquérir.

Ces derniers ne lui pardonnèrent pas, d’ailleurs, une telle indépendance. Lors du guet-apens de Saati, trois compagnies s’étant fait imprudemment décimer, le .•. Grispi, profitant de l’incident, lui reprit le portefeuille indûment possédé.

Appuyé officieusement par la Franc-Maçonnerie, le socialisme fit de rapides progrès. Ce fut un déchaînement de folles espérances que dépassaient encore les plus imprudentes promesses.

Peu d’années après, les esprits réfléchis devaient atténuer Tidéal marxiste, tandis que les masses^

ouvrières et agricoles ne voyant pas se réaliser les rêves du début, s’embrigadaient dans le syndicalisme. X

Cependant, à mesure que le souvenir des efforts accomplis pour l’indépendance de la Patrie s’estompait dans la mémoire des générations nouvelles, la suprématie maçonnique s’affaiblissait. La participation toujours plus nombreuse du peuple dans la gestion de la chose publique menaçait également cette suprématie. La masse, exaltée par des avocats sans causes et par la misère, s'enflammait pour les théories socialistes.

Captivantes utopies, malgré leurs échecs renouvelés tant de fois, elles trouvent toujours des adhérents parmi les rêveurs en chambre et le peuple qui voudrait améliorer son sort. Le problème s’imposait à la Franc-Maçonnerie, ainsi d’ailleurs qu’à ses adversaires les catholiques, de s’assurer l’appui des masses électorales. Modifiant son attitude bourgeoise primitive, elle s’efforça de prendre la direction du mouvement populaire et y parvint en partie, spécialement avec les partisans du socialisme transformiste.

Actuellement, l’Italie comme la France, est cou- ' verte d’un réseau de syndicats, représentant chaque groupement d’intérêts particuliers et toujours prêts à utiliser la force du nombre pour imposer leur volonté et menacer l’ordre public. Cette transfor-

l’idéal moral

mation violente des théories maçonniques est très naturelle. Elles auraient eu besoin pour se réaliser d’être interprétées par des hommes fortement convaincus de la possibilité d’une humanité exempte de douleur et de tristesse et assez stoïques pour sacrifier leur personnalité à cette foi. Mais tombées entre les mains des foules encore réduites aux seuls instincts égoïstes et matériels, ces théories devaient inévitablement se déformer.

Les multitudes ne peuvent s’élever aux distinctions subtiles, à la portée peut-être de quelques individus d’exception. Quand le but qu’on leur propose est la satisfaction sur la terre, elles n’ont garde de se sacrifier, mais veulent cette satisfaction immédiate et à leur profit.

C’est là un problème capital que les hommes de bonne foi devraient s’efforcer de résoudre sans parti pris.

L’autre grand espoir de la Franc-Maçonnerie, d’arriver par l’école exclusivement laïque à former une jeunesse meilleure, grâce à une morale indépendante, ne nous paraît justifié ni par les enseignements de l’histoire ni par l’expérience présente.

Sur ce point pourtant se livre la bataille la plus acharnée. Nous avons trop nettement indiqué, pour avoir besoin de la redire, notre position en ce débat.

Un idéal religieux est indispensable à tout peuple.

Lui seul donne aux actes une valeur qui les projette dans l’infini. Cet idéal ne se transformant qu'avec une extrême lenteur, ne saurait êt|;e autre pour l’Italie que le catholicisme. Vingt fois séculaire, il représente le legs d’une longue série d’ancêtres.

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