‹ L'Italie moderneChapitre 7 sur 60 · FAILLITE DE L’OLIGARCHIE POLITIQUE · texte numérisé non relu

FAILLITE DE L’OLIGARCHIE POLITIQUE

§ 1. — Malaise du vieux monde romain.

Tous les facteurs de désagrégation que nous venons d’étudier : relâchement de l’autorité paternelle, abandon presque complet de la vie militaire, scepticisme importé par les Grecs, perversion venue de l’excès des richesses, ne sont que les facteurs immédiats de l’ébranlement et de la ruine du monde romain.

Ces phénomènes dérivent eux-mêmes d’une cause profonde dont ils sont la manifestation partielle, limitée à un ordre spécial de faits ou d’idées.

Rome devait disparaître, parce que son idéal était arrivé à un degré d’épanouissement tel qu’il ne pouvait plus progresser. Un idéal meurt de sa réalisation et avec lui la civilisation qui l’animaii.

Aucune préoccupation matérielle ne se présen-

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tait plus, dorénavant, à Tesprit des Romains qui, pour assurer la tranquillité de leur existence, avaient été entraînés à conquérir et asservir le monde.

Tout paraissait merveilleusement réglé. Le temple de Janus fermé, symbolisait Torgueilleuse quiétude des vainqueurs.

Mais cette quiétude même livrait les natures affinées à des suggestions nouvelles. Au milieu de la prospérité matérielle générale, rien n’existait plus que ruines ou vide obscur dans le domaine sentimental. Les antiques superstitions qui avaient suffi aux Romains, alors que les luttes incessantes ne laissaient ni le goût ni le temps des études spéculatives et des méditations, ne pouvaient combler les aspirations des esprits affinés et insatisfaits. La philosophie qui avait ébranlé les divinités de la Grèce, s’attaquait maintenant à celles du Capitole.

L’Olympe romain s’étant montré trop accueillant pour garder beaucoup de majesté à ses dieux primitifs, on s’orienta vers de nouveaux mystères révélés par l’étranger. Lorsque le culte iranien de Mythra fut rapporté de l’Orient par les soldats de Pompée, il recruta rapidement de nombreux adeptes.

Soixante ans plus tard, ceux-ci seraient probablement allés au christianisme naissant, qui trouva en

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leur ferveur récente, une résistance plus tenace que dans le séculaire paganisme officiel.

A mesure que Tancienne religion s'affaiblissait la mentalité romaine se modifiait profondément. La perte de l’orgueil national l’avait déjà fortement ébranlée. Le scepticisme religieux lui enlevait son second soutien. L’idéal de puissance matérielle poursuivi depuis des siècles se trouvant atteint, Rome n’entrevoyait plus l’indispensable phare directeur de la pensée des peuples que représente cet idéal. La multitude, troublée, était dominée par un état d’âme qui se constate toujours au déclin des civilisations : l’humanité se sentait prise d’une sorte de découragement de vivre. Les suicides semblaient épidémiques; ceux qui n’allaient point jusqu’à cette solution extrême recherchaient la solitude. Des personnages connus, brillants, fuyaient soudain les villes pour chercher l’oubli dans l’isolement. Des privilégiés, des riches, e découragement descendait aux misérables, aux esclaves.

§ 2. — Le Dieu inconnu.

Ce malaise moral qui revient à certains tournants de l’histoire, présage souvent une révolution mentale que notre époque n’est pas sans connaître.

Le penseur a pu observer bien des fois que ces

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agonies apparentes du monde ne sont que des incubations d'une vie plus complète et plus large.

A Rome inquiète, déçue, attirée inconsciemment vers un idéal nouveau, le sentiment religieux se faisait d’autant plus violemment sentir que les aspirations de morale et de justice qui en sont l’essence, avaient été plus longtemps négligées. Dans beaucoup d’àmes cherchant l’apaisement, l’autel était déjà dressé pour le « Dieu inconnu ».

L’idéal de force et de bien-être matériel, qui avait surtout préoccupé le monde romain et qu’il avait réalisé supérieurement par sa discipline et ses lois, faisait donc banqueroute. On avait eu la prétention qu’il suffirait à tout : de nouvelles exigences s’éveillaient qui allaient en réclamer un autre.

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