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contre une armée. Toute cette ligne est gardée ou censée gardée par des sentinelles qui sont à portée de la voix les unes des autres, et qui doivent protéger les voyageurs contre les banditti, les véritables seigneurs de cette terre, que les sbires romains ni les carbonari napolitains ne seraient pas capables d’épouvanter.
De Terracina à Fondi, de Fondi à Itri, en un mot, des marais Pontins aux rochers de Scylla , on est sur la terre classique du brigandage; terre qui a vu naître le plus distingué des voleurs de grands chemins des temps modernes (1). Là, les jeunes mains de ce fameux chef de brigands Giuseppe Mastrillo , ont ap-> pris à se servir d’un fusil.
Nella bella città di Terracina ,
Nacque Mastrillo pieno di sottile ingegno ,
Bicco di bene et pieno di dottrina :
Fù stupore a Borna e pregiudizio al regno: (2)
Mais Mastrillo, ainsi que d autres héros ( comme nous l’apprend le poème dont il est
(1) Plusieurs inscriptions ont été trouvées sur la Via Appia , entre Rome et Brundisi , les unes à Mercure pi otecteur , les autres à Jupiter sauveur; ainsi il est probable que ce pays a toujours été infesté de voleurs.
(2) « Dans la belle cité de Terracine naquit le spirituel Mastrillo, riche de biens et plein de savoir; il devint la terreur de Rome et le fléau de Naples. »
A NAPLES
l’Énée) , a été la victime d’un crudel destino e sfortunato fato , et pour le léger crime d’avoir coupé une tête (et la tête d’un rival), il fut obligé de se cacher, ou, comme le dit son Virgile,
Fatto quest’ omicidio s’ è partito ,
E in campagna di Roma s’ è retirato, (1)
N’ayant aucun espoir de pardon , il devint le famoso banditto Peppo Mastrillo ; et quoique sa tête décore maintenant les portes de Terracina, sa mémoire est révérée, et ses faits sont chantés, depuis la porte San Giovanni à Rome, jusqu’au Borgo Santo-Antonio de Naples; car en Italie les légendes des saints et celles des voleurs obtiennent également la permission des censeurs , et sont également livrées à l’étude du peuple. La bonne fortune de Peppo Mastrillo , avant que son crudel destino l’eût conduit à l’échafaud, lui ai procuré beaucoup de successeurs , et la route entre Naples et Rome est infestée, depuis un siècle, des plus atroces bandits qui campaientdans les montagnes, sans crainte des. gouvernemens paternels de ces pays, qui ne les punissaient point, et qui sem-
(i) « Après cet homicide , il partit et se retira dans la Campagne de Rome. »
ROUTE DU ROME
blaient se contenter de partager avec eux les dépouilles des peuples.
Des chefs successifs prirent le commandement de ces bandes ; et à l’époque de la révolution française, l’un d'eux, dont la renommée surpassait même celle de Peppo Mastrillo, entra dans la carrière du pillage. Toute lltalie tremblait au seul nom de Fra Diabolo , le brigand d'Itri. Un fait singulier, c'est que les bandits de ce défilé périlleux ont été, ainsi que les lazzaroni de Naples, les gondoliers de Venise et la populace de Florence, les plus fermes opposans aux changemens effectués par les Français en Italie, et que les souverains sur leur trône n’avaient pas un éloignement plus invétéré pour les innovations révolutionnaires que le voleur italien dans sa caverne ( 1 }. En 1806, Fra Diavolo s'était rendu redoutable même à ceux auxquels les gardes pontificales et les troupes napolitaines n’osaient pas résister. Les meurtriers étaient presque aussi nombreux que les voyageurs sur
(1] Les riches de toutes les classes étaient accuses de jacobinisme par les bandits, et leurs propriétés et leur vie leur étaient enlevées sous ce prétexte de la plus audacieuse manière ; car les voleurs ne bornaient plus leurs déprédations aux grands chemins, mais ils pillaient des maisons de campagne et saccageaient des villages.
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le grand chemin de Rome à Xaples. Les hommes les plus braves de Tannée française périrent assassinés , et Ton croit que le vaillant colonel Brugniéres et plusieurs de ses officiers sont tombés sous les coups de Fra Diavolo luiméme. Les Français, quand ils furent maîtres de Rome et de Naples, commencèrent immédiatement une reforme dans cette ancienne branche de la législation du siège et du royaume il regno . Le jeune général Lamarque marcha contre les brigands, prit plusieurs villages ou ils maintenaient des forces considérables : tous ayant fait les plus horribles sermens d'exterminer les jacobins. Dans la seule ville de Marathea on trouva vingt- deux chefs qui s’y étaient enfermés avec une bande de mille hommes, et ils furent tous pris et les principaux exécutés. Tous les défilés furent battus et éclaircis , la police française distribuée dans tout le pays, des corps-de-garde établis dans les postes les plus dangereux; et en 1810, on voyageait aussi sûrement de Rome à Naples, et de Naples partout ailleurs , que dans toutes les autres parties de Tltalie T\ Les lois (ma-
> i) Lne cno=e étrange, c’est que rien ne pourrait persuader aux Napolitains que les brigands des Abruzzes et de la Calabre n’étaient pas à la solde de l’Angleterre.
ROUTE DE ROME
chines inconnues dans le Midi) étaient devenues si formidables , que ceux qui n’avaient pas craint la roue, tremblaient à l’idée du chef de police Spinelli ; son nom seul faisait tomber le poignard de l’assassin , et se non fosse Spi nelli (si ce n’était la crainte de Spinelli), est une expression qu’on a entendue échapper aux lèvres d’un meurtrier, en rengainant son stylet, convaincu que la mort qu’il méditait de donner (i) serait expiée par la sienne. « La révolution finie (dit le baron Bonstetten dans son admirable Latium), les assassinats recommencèrent, et les lois les plus barbares reprirent leur ancienne vigueur ». Le renversement de la domination française en Italie a été dans le fait la restauration des brigands ; les lois furent relâchées ou annulées; la justice détournée en faveur des privilèges , la police salutaire remplacée par les anciens sbirri (pires que les bandits avec lesquels ils sont généralement d’intelligence), et cette partie
(i) Pendant dix-huit mois de gouvernement révolutionnaire il n’y eut après les premiers châtimens pas un seul assassinat à Rome, et cette colère si terrible des Romains devint même dans le vin et dans la licence révolutionnaire , si douce et si prudente , que les bras armés du couteau restaient suspendus au souvenir de Spinelli, maître de police. Latium , p. 66.
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delà péninsulese trouva encore ravagée par des bandes armées, dont les chefs font leur trafic meurtrier jusqu’aux portes de Rome et de Naples. Si quelque traîneur est saisi et emprisonné, ce n’est que pour encourager les autres ; car la meilleure chambre de la prison lui est assignée; des mains inconnues lui font passer de l’argent; et des étrangers le mettant au nombre des curiosités à voir , le visitent dans sa cellule, en allant au Colisée ou à la grotte du Chien , et le payent comme le gardien d’un palais ou d’une collection, (i)
(i) Les bandits vinrent en grande force atta-quer la maison de Lucien Bonaparte à Frascati , dans le dessein de 1 enlever et de lui faire paver une rançon; mais ils prirent son secrétaire par méprise. Je n’ai pas entendu dire qu ils aient emmene aucun voyageur anglais dans leuis montagnes, mais ils sont sans miséricorde pour les Français et les Italiens. Notre manière de voyager de Terracina à Mola di Gaeta en 1820, était telle: les postes militaires places a chaque mille envoyaient un détachement quand ils entendaien t approcher la voiture , et le chef nous avertissait que nous devions avoir deux gardes et que nous avions le choix, soit de les prendre dans notre voiture, soit d’aller assez doucement pour qu’ils pussent nous suivre. Nous choisissions toujours le premier parti, et l’un d’eux montait sur le siège à côté de notre domestique, et l’autre se plaçait derrière la chaise sur un coffre ; mais avant de partir ils ôtaient leurs baïonnettes qu’ils remettaient à leurs officiers, et nous
ROUTE DE ROME
L’auberge de Terracine est au bas de la cote; c’est un bâiiment neuf et spacieux; et l’on voit de chaque côté de la route quelques petites maisons blanches. La montée de 1 ancienne ville est passablement rude pour des vôyageurs fatigués; mais nous ne pouvions pas négliger un lieu où Mecène se rencontra avec Horace après le fatigant voyage de celuici à Brundusium. Si telle était l’Anxurd Horace, si l’ancienne ville ressemblait a celle qu on voit maintenant ( et à en juger d’après Pompei, on peut le croire ), quels misérables taudis doivent avoir été ces antiques cités! le rues obscures et roides étaient d’étroits passages , dans le centre desquels la population semble vivre en commun. Les uns soupaient, les autres travaillaient; mais la plupart musaient assis sur le pavé, qui , quoique sale, était parsemé de branches de myrte en 1 honneur de quelque fête (i). Pendant que nous
nous sommes aperçus que leurs fusils étaient chargés de papier. Tout cela est , je crois , pure formalité , car si les bandits savent qu’une voiture vaut la peine d’être attaquée (et ils ont des intelligences qui les en informent), les gardes ne serviraient arien. Depuis Terracine la route est gardée par les troupes napolitaines qui paraissent presque aussi misérables que celles du pape.
(i) M. Euslace dit : «Cette ville de Terracina paiaît
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montions avec difficulté, et suffoqués par la mauvaise odeur , pour arriver au couvent de Saint-François ( maintenant un collège ) , une aimable créature qui paraissait prête à atteindre le commencement de la jeunesse , et en même temps le terme de sa vie, sortit d’un groupe de pauvres petits rachitiques; ses yeux de feu, ses dents blanches, et sa peau brune, profondément teintée des nuances de la malaria, formaient un contraste frappant : elle toucha mon bras avec une branche de myrte, et demanda, avec le sourire d’une jeune sibylle, à nous accompagner, en disant qu’elle était un bon cicerone per gli antiquità ; mais
avoir pris rapidement de la consistance par l’acèroissement de son commerce qui a été arrêté à l’invasion des Français, ce qui l’a rejetée dans l’insignifiance!!! » A l’égard de la vérité de cette assertion , il suffira de citer celle qu’il fait ensuite. « Peu de places semblent plus propres que Terracina pour y établir des bains publics et un lieu de rassemblement. » Terracina , infectée par la malaria, et infestée jDar les bandits, qu’on n’approche et qu’on ne quitte en tout temps qu’avec une escorte militaire, qui ne suffit pas toujours pour la sûreté!!! Une nécessité très-urgente peut seule induire les natifs à traverser la route en été; il serait mortel de s’y endormir, et la difficulté de surmonter l’espèce d’assoupissement qu’on éprouve est bien décrite dans Corinne , qui tremble pour la vie d’Oswald sans songer à la sienne.
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malheureusement nous avions déjà notre cicérone , pauvre créature , boiteuse et contrefaite , marchant à grand'peine , et qui nous disait que la mal-aria ( ce sont ses propres termes ) avait déjà fait son devoir.
En arrivant aü couvent qui couronne une colline fertile au-dessus de l’ancienne ville, et en entrant dans une cour entourée d’un cloître, et parfumée par un oranger couvert de fleurs et de fruits, le premier objet sur lequel mes yeux se fixèrent fut une inscription qui portait : Le donne non entrano qui ( les femmes n’entrent point ici ); et je me reculais à la vue de cette prohibition, quand une troupe d’écoliers (i), dans leurs habits de clercs, passa sous les cloîtres deux à deux, saluant tous fort civilement, et le moine qui les conduisait dit , après quelques mots de conversation : Quand
(1) Nous avons lu avec chagrin dans les papiers publics , que ce séminaire a été attaqué par les bandits , et plusieurs des jeunes gens emmenés dans les montagnes. L’on nous a dit depuis que ceux qui n’avaient pas été rançonnés avaient été tués. Ces pauvres jeunes garçons étaient de toutes les parties des états romains et napolitains, et plusieurs n’avaient pas plus de dix ou douze ans. La situation élevée du collège les mettait à l’abri de la mal-aria, et on paraissait prendre grand soin de leur santé , de leurs mœurs et de leurs manières.
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les dames viennent de si loin pour voir notre couvent , la défense perd sa force. Nous trouvâmes l’intérieur du monastère simple et propre. On préparait dans la cuisine un souper de végétaux pour les jeunes gens. Sur chaque petit dortoir était écrit viva Gesuy viva Maria.
Les antiquités de Terracine sont plutôt des sites que des ruines;et l’atmosphère renfermée nous en fit sortir avant d’avoir pu examiner quelques colonnes brisées qu’on dit être les restes du temple d’Apollon, qui était bâti sur 1’emplacement de la cathédrale.
La Torre dei confiai , masse en forme de château, gardant le passage de la frontière entre la mer et les montagnes, et séparant les états romains du royaume de Naples , est une des stations où la patience et la modération du voyageur sont mises à la plus rude épreuve par toutes les fraudes, les extorsions qui obstruent la marche des visiteurs étrangers en Italie. C’est la première douane napolitaine, et nous y fûmes retenus très - long- temps , parce que le chef de police ne pouvait pas venir à bout d’achever de lire le passeport d’un gentilhomme dont la voiture précédait la nôtre , et il ne voulut jamais nous permettre de passer avant lui. A notre arrivée à Fondi, nous fûmes encore arrêtés une heure à la do -
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gana , et l’on nous extorqua encore de l’argent. Là, le délai venait encore du passeport difficile du voyageur qui nous précédait ; l’officier municipal ayant déclaré qu’il pensait que c’était un faux , parce qu’un lieu y était mentionné dont il n’avait jamais entendu parler, et qu’il ne croyait pas qui existât. Ce lieu était Utrecht. Cet officier ne parlait que napolitain ; il pouvait à peine lire l’italien , et bien moins encore le français ou l’allemand.
Pendant que nous étions ainsi retenus, nous eûmes le temps d’observer la population demisauvage et entièrement dégradée. C’est un des chefs-lieux des bandits, et.nous vîmes plus d’une figure hagarde, enveloppée jusqu’aux yeux dans son long manteau , faire des signes d’intelligence aux gardes napolitains à mesure qu’ils passaient près de lui : ils retournaient probablement dans leurs stations des montagnes. C’est là que nous vîmes aussi les mendians napolitains, classe très-curieuse pour l’extrême malpropreté et la multiplicité de leurs gestes. Même les petits enfans imitent déjà toutes les grimaces et les contorsions de leurs aînés, pour obtenir la charité que personne n’a honte de demander en ce lieu , pas même un individu qui nous parut un officier subalterne de la garde, et qui demandait un carlino.
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En laissant la saleté, la misère et la démoralisation de Fondi (i) , qu’Horace quitta aussi sans regrets, nous continuâmes notre route jusqu’à Itri, à travers des paysages dignes d’un paradis. Le chemin longe la côte dans des bois d’orangers. A côté d’un de ces beaux arbres riches de fruits et de fleurs, on voit un gibet avec les membres d’un criminel récemment exécuté , qui contaminent un air chargé de tous les parfums de l’Arabie.
Devant les huttes des patroles brillaient leurs armes rangées en faisceaux. Des mendians , ou des créatures qui paraissent telles, se levaient de terre à la vue de la voiture, et proféraient leur cri retentissant de carilà cristiani, en courant tant qu’ils avaient d’haleine à côté des roues. Quand on passe les hauteurs escarpées et romantiques de Monte Santo- Andrea, on voit les stations militaires doublées ; mais les soldats dorment étendus sous leurs abris de paille. On rencontre de loin en loin
(i) L’air de Fondi est particulièrement insalubre à cause du grand lac qui sépare la ville de la mer , et qui abonde en belles anguilles. La voie Appienne traverse la ville, et le pavé de la rue est tel que les Romains l’ont construit j on peut supposer facilement que le temps et l’usure ne l’ont pas rendu meilleur , et il est de quelques degrés pis que s’il n’y en avait point du tout.
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un berger, vêtu dune peau de mouton, gardant son troupeau dans les vallées; et l'on découvre enfin I tri , la patrie de Fra Diavalo, le palladium du brigandage, reposant sous un ciel pur et brillant, au milieu de collines couvertes de vignes, d'oliviers et d'orangers, mêlés au riche feuillage des figuiers , à des
mvrtes et à des lauriers.
Itri, qu'on traverse avec peine et danger à cause de sa montée étroite et escarpée, laisse dans l'âme une impression ineffaçable. Que ceux qui se réjouissent du mauvais succès de l'entreprise des Napolitains, aillent visiter Itri ; ils verront là les effets du gouvernement dans la restauration duquel ils triomphent; ils verront les sources du bonheur humain empoisonnées par le despotisme qui a rendu inutiles les dons les plus précieux de la nature. Qu’ils voient seulement une fois ce nid de crimes et de maladies, qu'ils y contemplent le bandit bien connu pour tel , se glissant vers la porte de la maison noire et démantelée où il retrouve, quand il descend de la montagne , la nichée gémissante de petits misérables affamés que sa part des dépouilles suffit à peine pour nourrir, et pour lesquels il conserve le dernier sentiment humain qui existe encore dans son cœur endurci 1 Qu’ils voient cette race mi-
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sérable destinée à mendier ou à suivre la profession de leur pere , défigurée par les haillons et la malpropreté, sortant au bruit des roues d'une voiture, et se jetant sous les pieds des chevaux pour exciter la compassion, en faisant des hurlemens qui inspirent plutôt la terreur que la pitié. Qu ils voient cette mere indifferente sur sa dégradation, avec son regard fin que le besoin rend encore plus pénétrant, belle, malgré sa malpropreté , et d'autant plus effrayante quelle est plus belle, couchée à sa porte dans une complété inaction , ou peut-être nettoyant le couteau dont son mari s'est servi avec trop de succès , à côté du gibet des bois d'orangers de Fondi . ou près de l'image de la madone. C est la que se voient en somme les résultats de la tyrannie napolitaine qui existe depuis tant de siècles, et dont les lumières et l'indépendance avaient voulu délivrer ce pays. Telle est la ville d'Itri, la terreur de 1 étranger, la honte des natifs, l'asile des bandits. Le roi a passé dernièrement par cette cité dans son vovage somptueux à Rome. Son passage a dû être tres-difficile. et tous ses sens étaient sans doute révoltés à chaque pas. Cependant on n'a rien fait pour cette misérable place, quoique les sujets de la bonne ville d'Itri aient lavé leurs mains teintes de
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sang pour jeter des fleurs sur les pas de leur souverain. Ils ont bien senti que le mauvais gouvernement était la cause du refus qu’on avait fait à leurs demandes; mais ils ne savent pas que c’est le même mauvais gouvernement qui les a faits ce qu’ils sont : des esclaves, ltri a cependant été anciennement une des plus belles cités de la voie Appienne ; c’était le Urbs Mamurrarum (i) d’Horace, dont le pavé a été foulé par Varus et Virgile ,
. Aime piu candide
La terra unqua non diè. (2)
dans le voisinage de laquelle se trouvait la villa de Cicéron , et dans le voisinage de laquelle existe encore son tombeau.
D’Itri à Mola di Gaeta , un paradis s’ouvre dans le désert. Les montagnes à gauche se retirent graduellement, élevant leurs sommets escarpés et grisâtres jusqu’aux cieux, tandis que leurs collines , couvertes d’orangers et de citronniers, et bordées par des haies de myrtes naturelles, viennent se terminer sur le rivage
(1) Dans l’itinéraire d’Italie, on appelle Jtri Mamurra. Près de cette ville on voit un ancien temple ou mausolée ; les antiquaires n’ont pas encore décidé lequel des deux.
(2) Horace, satire 5. Traduction italienne, édition DeVonsliire.
A NAPLES
de la mer, et que la voie Appienrie suit leurs détours romantiques. La beauté de la scène augmente à mesure qu’on approche de Mola di Gaeta. Une villa (maintenant une auberge) à demi cachée par des bosquets d’orangers, marque ( du moins on le dit) le site de la maison de campagne de Cicéron (i). Près d’elle , on voit cette tour pittoresque et ruinée que son affranchi éleva pour marquer la place où le dernier des Romains fut assassiné : même le petit chemin mentionné par Plutarque , qui conduisait de la voie Âppienne à la côte , où il fut rencontré dans sa litière par les centurions , comme il se hâtait d’aller s’embarquer , est indiqué par les gens du peuple ; et les excavations et les fragmens de marbre qu’on trouve sous les bosquets de la villa-auberge sont appelés bains de Cicéron ou villa inferiore , et cela peut avoir été ainsi. A une petite distance de la baie, on aperçoit les tours, les dômes, les clochers de l’ancienne ville de Gaéte, se dessinant visiblement sur l’horizon et parais-
(i) Son formianum. Je cite les traditions locales , et je laisse les antiquaires décider du fait. Sur la porte de cette auberge classique, dont la situation est la plus belle du monde , Cicéron figure en enseigne , avec un manteau pourpre et une paire de pantalons jaune citron , entouré d’inscriptions convenables au sujet.